Si Ducati enregistre une baisse des ventes en 2024, ses résultats financiers, eux, sont au beau fixe : son chiffre d'affaires dépasse le milliard d'euros (!) pour la troisième année consécutive. Résultats d'une stratégie toujours plus haut de gamme, à l'image de sa dernière Panigale V4 Tricolore Italia à 85 000 roros !
"Ducati termine l'année 2024 avec des résultats financiers qui témoignent de la solidité de son positionnement concurrentiel dans le secteur des deux-roues et de l'efficacité des choix stratégiques entrepris ces dernières années", annonce le constructeur de Bologne, pour rappel absorbé par le groupe Volkswagen via la marque Audi depuis 2012.
Dans le détail, le bilan 2024 affiche un confortable chiffre d'affaires de "1,003 milliards d'euros" (1,065 milliards en 2023) et un résultat d'exploitation de "91 millions d'euros". Soit un taux de rentabilité de "9,1%", en léger repli par rapport à 2023 (10,5%). Des résultats financiers plus que satisfaisants et même très enviables pour certains concurrents !
Pour autant, tout n'est pas motif à satisfaction de l'autre côté des Alpes… A commencer par le volume de ventes, en sensible recul : Ducati a vendu 54 495 motos dans le monde en 2024 contre 58 224 l'année précédente, soit un fléchissement de 3729 unités (-6,4%). Comme expliqué par MNC, ce recul s'exprime particulièrement en Chine (-26%), en Australie (-25%) et aux États-Unis (-14%).
"2024 a été une année compliquée en raison des conditions de marché particulièrement difficiles auxquelles l'ensemble de l'entreprise a dû faire face", admet le directeur financier de Ducati, ci-dessus, avant de livrer la stratégie mise en place pour compenser la baisse des volumes.
"Dans ce contexte, nous avons choisi de nous concentrer sur la protection de la rentabilité globale, en donnant la priorité à la durabilité à long terme plutôt que de simplement viser à augmenter les volumes de ventes", explique Henning Jens. Comprendre : les ventes reculent ? Valorisons nos marges, donc les prix !
"Cette approche, combinée à de nouvelles améliorations de notre efficacité, est conforme à notre stratégie premium", se justifie le responsable des finances chez les Rouges. Le big boss, Claudio Domenicali, n'hésite pas de son côté à évoquer des notions de "prestige" et de "produit d'excellence" pour décrire la gamme et son positionnement.
En France, cette politique ne rencontre pas son public puisque la marque ne cesse de reculer au classement constructeur, passant de la 9ème place en 2022 à la 12ème en 2024. Rappelons que 4157 Ducati sont sorties de concessions françaises l'an dernier : pratiquement dix fois moins que le leader Honda (38 988 immats), trois fois inférieur à Kawasaki (15 390) et deux fois moins que Triumph (10 925), constructeur comparable en termes d'envergure et de gamme.
La raison ? Pour MNC, il manque à Ducati des produits d'appel à des tarifs abordables : son modèle le plus accessible, le nouveau Scrambler Icon Dark ci-dessus, est à 9990 euros. Quant à la gamme Monster - segment clé en France -, elle démarre à 12 590 euros et se heurte à de solides concurrentes avec son bicylindre de 111 ch. Même constat pour la nouvelle Hypermotard 698 Mono : certes, son mono de 77,5 ch fait "vibrer". Mais à 12 990 euros, est-ce bien raisonnable ?!
Bien sûr, les motos bolognaises sont aussi admirablement finies que correctement équipées : freinage, suspensions et électronique sont résolument haut de gamme. Par ailleurs, les Ducati tiennent fermement la côte sur le marché de l'occasion, ce qui doit être pris en compte dans leur prix d'achat. Mais cette politique tarifaire limite néanmoins leur accessibilité…
Dans ce contexte de baisse de ventes, comment s'y prend Ducati pour maintenir son chiffre d'affaires au-dessus d'un milliard d'euros pour la troisième année consécutive ? En améliorant ses marges, comme expliqué ci-dessus, mais aussi par le biais de séries limitées toujours plus rutilantes, exclusives… et onéreuses !
Ducati applique une recette dont use (et abuse ?!) son compatriote MV Agusta : la production de toutes petites séries - pour titiller les collectionneurs - à des tarifs spectaculaires. Dernier exemple en date : la Panigale V4 Tricolore Italia, dévoilée en grandes pompes au siège du ministère des Entreprises et du Made In Italy (MIMIT) au Palazzo Piacentini à Rome (Italie).
Ce bijou dérivé de la Panigale V4S s'en distingue notamment par ses jantes en carbone (- 0,950 kg) et son freinage porté à un niveau jamais atteint sur une moto de série : disques de 338,5 mm et 6,2 mm d'épaisseur que pincent des étriers Brembo GP4 Sport Production, en partie dissimulés derrière des "becs" de refroidissement. Son maître-cylindre radial (MCS 19.21) offre un réglage de position déporté comme en MotoGP et en WSBK.
Cette Panigale V4 Tricolore Italia reçoit par ailleurs le "traditionnel" embrayage à sec sur son quatre-cylindres en V de 216 ch (!) et 120,9 Nm. Suspensions Öhlins pilotées par électronique, pièces en carbone, repose-pieds taillés dans la masse, bulle racing, selle en alcantara et plaque numérotée en alu sont aussi à admirer sur cette moto facturée la modique somme de… 85 000 euros !
Si ce montant ne vous rebute pas - bien qu'elle se hisse parmi les motos plus chères du monde ! -, sachez toutefois que les 163 exemplaires prévus par Ducati sont d'ores et déjà réservés. Pourquoi 163 ? En référence au numéro "1" venu remplacer le n°63 de son pilote de MotoGP Francesco Bagnaia, titré en 2022 et 2023. Chacun des 163 exemplaires porte par ailleurs la signature de "Pecco".
La moto reprend par ailleurs la décoration "Azzurro" adoptée sur les Desmosedici de Bagnaia et son ancien coéquipier Bastianini lors de leur doublé historique au Grand Prix d'Italie 2024 au Mugello, le jour même où l'Italie célèbrait sa traditionnelle Festa della Repubblica (fête de la République).
Ducati se prépare-t-il à construire "193" exemplaires de Panigale V4 Tricolore à 93 000 euros si sa nouvelle recrue Marc Marquez valide son tonitruant début de saison par le titre MotoGP 2025 ?! Affaire(s) à suivre sur Moto-Net.Com : restez connectés !
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