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INTERVIEW MNC - PONCHARAL (TECH3)
Paris, le 3 août 2017

Interview Hervé Poncharal : "Tech3 n'a pas peur de Valentino Rossi !"

Interview Hervé Poncharal : "Tech3 n'a pas peur de Valentino Rossi !"

Moto-Net.Com a profité de la pause estivale des Grands Prix pour longuement s'entretenir avec Hervé Poncharal, manager du team français Tech3. L'occasion de revenir sur les fantastiques résultats de ses deux pilotes débutants en MotoGP, Johann Zarco et Jonas Folger. Mais aussi d'évoquer l'arrivée du moteur Triumph en Moto2 et l'hypothétique création d'un team VR46 par Valentino Rossi en catégorie reine... Interview.

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Moto-Net.Com : Hervé, nous abordons le cap de la mi-saison et tes pilotes Johann Zarco et Jonas Folger sont respectivement 6ème et 7ème au championnat, derrière cinq motos d’usine et devant des pilotes officiels comme Jorge Lorenzo (Ducati), Aleix Espargaro (Aprilia) ou encore Andrea Ianonne (Suzuki). Le tout après avoir chacun mené leur GP national puis terminé 2ème (au Mans pour Zarco, au Sachsenring pour Folger). Tu dois être ravi ? Surpris aussi, peut-être ?! 

Hervé Poncharal, team manager de Yamaha Tech3 : Effectivement, nous sommes hyper surpris de cette première partie de saison, agréablement bien sûr ! Même dans nos rêves les plus fous, nous n'osions pas imaginer voir nos pilotes sur le podium de leur Grand Prix national, ni même qu'ils réalisent des courses dans le Top 5. Notre objectif en début d'année était d'être dans le Top 10, et ce n'était pas un but fixé par prudence ou humilité, mais dicté par un constat objectif : sur la grille, il y a deux Honda officielles, deux Yamaha officielles, deux Ducati officielles mais aussi deux Suzuki d'usine qui - jusqu'à l'année dernière - étaient très performantes. Sans oublier des pilotes comme Crutchlow, Redding ou encore Petrucci qui ont "de la bouteille" sur leur moto respective (la Honda-LCR et les Ducati-Pramac, NDLR).

Par conséquent, nous sommes très heureux de ces performances, mais aussi très fiers car nos deux pilotes y contribuent. Depuis le début de la saison, Johann s'était en effet positionné comme le leader de chez Tech3, mais avec sa deuxième place en Allemagne, Jonas s'est à son tour mis en avant. Sa superbe course montre que le team repose sur deux jambes solides, et a mis un coup de boost à son équipe technique comme à lui-même. De plus, la décision spontanée de Johann de venir le prendre dans ses bras après la course en Allemagne nous a fait chaud au cœur. C'est une belle image sportive, qui m'a réellement beaucoup touché. Tout le monde a pu mesurer à quel point il existe un vrai esprit de "famille Tech3" au sein du team, une "gentleman attitude" devenue rare dans le sport.

M.-N.C. : Depuis le titre d’Olivier Jacque en 2000, jamais Tech3 n’avait été autant sous les feux de la rampe. Et encore à l’époque s’agissait-t-il de la catégorie intermédiaire (alors des 250cc 2-temps) ! De tels succès en catégorie reine t’ouvrent-t-ils d’intéressantes perspectives, notamment en ce qui concerne les partenariats avec les sponsors ?

H. P. : Cette situation survient à un moment crucial et n'aurait pas pu mieux tomber en termes de timing puisque le contrat avec nos deux partenaires majeurs, Monster Energy et le groupe Dewalt (Facom, Stanley, Black&Decker, etc.), arrive à échéance en 2017. Je suis actuellement en discussions avec eux pour savoir s'ils restent à nos côtés et dans quelles conditions, et ma position est évidemment plus favorable grâce à nos bons résultats car ils génèrent des retombées médiatiques et une visibilité à l'avenant.

M.-N.C. : Justement, Moto-Net.Com avait cru comprendre en début de saison que Monster Energy était plutôt en partance ?

H. P. : C'est exact. Ils nous avaient informé après la finale 2016 à Valence (Espagne) que les retombées n'étaient pas au niveau de leurs attentes et qu'ils souhaitaient essayer de trouver un "deal" avec une écurie d'usine. A l'heure actuelle, même si le contrat n'est pas encore signé et qu'il faut se garder de vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, Monster a radicalement changé de discours, d'attitude et de position concernant Tech3 ! Et ça, c'est bien entendu grâce aux résultats de Johann et Jonas.

Par ailleurs, au-delà des résultats, il faut aussi prendre en compte la disponibilité du team et de ses pilotes. Aujourd'hui, nous sommes à Alès (30) pour réaliser une opération promotionnelle pour Dewalt en pleine trêve estivale, et ce alors que l'équipe aspire à prendre un repos bien mérité (interview réalisée pendant le Yamaha Blu Cru Camp où Tech3 était présent à la fois pour s'adresser aux stagiaires et tourner une vidéo pour Dewalt, NDLR). Cela fait partie des retours sur investissements importants et nécessaires pour un sponsor. Je pense que beaucoup se rendent compte que chez Tech3, nous sommes flexibles et ouverts à ce genre d'opérations marketing, qui ne sont pourtant pas toujours très agréables. Je ne pense pas qu'un Valentino Rossi, pour ne citer que lui, se livre à ce genre d'activités...

M.-N.C.: Un pilote français qui réalise des prouesses sur la moto d’un team privé français, ça doit attirer les sponsors tricolores, non ?

H. P. : J'aimerais que ce soit le cas. Mais force est de reconnaître que nous avons qu'un seul partenaire français de longue date, Motul, ainsi qu'un petit partenariat avec Bihr. Et c'est tout… Le pétrolier espagnol Repsol est pourtant partenaire-titre d'une écurie d'usine depuis des décennies (Honda-HRC, NDLR) et exploite en termes publicitaires ses énormes investissements en Grands Prix. Or, nous aussi en France, nous avons un grand groupe pétrolier (Total, NDLR), peut-être même encore plus gros que Repsol ! Mais ils n'ont jamais montré d'envie pour une écurie française... De plus, si Total est présent en Grand Prix avec Marc VDS, ils ne mettent pas les moyens pour devenir sponsor-titre comme le fait Repsol. 

Même constat si l'on se penche sur le cas du géant des communications Movistar (sponsor-titre du team officiel Yamaha, NDLR) : le groupe Orange est son équivalent en France et n'a jamais manifesté d'envie. J'espère que cela va évoluer car aujourd'hui, nous avons un leader français avec Johann Zarco. Même si ça va prendre du temps, on a pu voir au Grand Prix de France à quel point cela fédérait le public. Les médias aussi ont répondu présents au Mans, certes de façon très ponctuelle. Cependant que les choses soient claires : Tech3 est une boîte internationale et si ce manque d'investissements de la part de gros sponsors français est regrettable, cela ne nous empêche pas d'avancer. 

M.-N.C. : Carmelo Ezpeleta, boss du promoteur Dorna, a fait savoir à Valentino Rossi qu’une place lui serait réservée s’il désirait engager son équipe VR46 Sky Racing en MotoGP… Pour l’instant, Rossi dit ne pas être intéressé, mais si la situation changeait, cela pourrait-il mettre en péril la collaboration entre Yamaha et Tech3 ?

H. P. : (sourire un peu agacé) Carmelo Ezpeleta, je le connais très bien et j'échange avec lui fréquemment de par ma position le président de l'IRTA, l'association des teams en MotoGP. Toutes les équipes sont actuellement engagées dans un accord qui court de 2017 à 2021 avec la Dorna, les teams - officiels et privés -, les constructeurs et la FIM (Fédération internationale de motocyclisme, NDLR). Ce contrat lie toutes ces parties jusqu'à la fin de la saison 2021. Ce qui signifie qu'aucune personne supplémentaire ne peut intégrer le MotoGP avant cette échéance, qu'elle s'appelle Valentino Rossi ou Mr Dupont.

Si d'aventure quelqu'un veut s'aligner en MotoGP avant 2021, il n'existe qu'un seul moyen : que cette personne achète la licence ou trouve un accord avec une des six équipes satellites existantes, à savoir Aspar, Avintia, LCR, Marc VDS, Pramac et Tech3. Si le VR46 Team souhaitait avoir sa propre équipe en MotoGP, il devra donc patienter jusqu'en 2022. A condition qu'il en ait réellement envie, ce dont je ne suis pas certain aujourd'hui… Pour ma part, 2022, c'est un horizon relativement lointain : je n'ai par conséquent pas de peurs particulières pour l'avenir proche.

Par ailleurs, le contrat entre Tech3 et Yamaha court jusqu'à 2018, qui marquera notre 20ème année consécutive de partenariat. Pendant cette période, nous leur avons amené un titre en 250cc (avec Olivier Jacque en 2000, NDLR) et avons toujours été la meilleure équipe indépendante en MotoGP, à l'exception d'une année je crois. Tout à l'heure, nous avons aussi évoqué les excellents résultats de nos deux Rookies : Yamaha n'a pas grand-chose à nous reprocher, non ?

A l'inverse, le VR46 Team fait rouler des KTM en Moto3 et des Kalex à moteur Honda en Moto2, avec le projet de passer sur KTM en Moto2 l'an prochain d'après ce que j'ai pu entendre. Je ne pense pas qu'il s'agisse - dans l'état actuel des choses - de l'ambassadeur le plus systématiquement "badgé" Yamaha… Toujours est-il que je n'ai pas peur, même de Valentino Rossi ! D'ailleurs, Johann et Jonas l'ont taxé plusieurs fois sur la piste et si demain Valentino a sa propre équipe en MotoGP, nous ferons en sorte de le battre.

M.-N.C. : Le Moto2 passe en motorisation Triumph à partir de 2019, qui plus est avec l’introduction d’une ECU plus sophistiquée. Cela va-t-il rebattre les cartes pour votre Mistral 610 avec laquelle peinent à jouer aux avant-postes Xavi Vierge (actuellement 13ème à 134 pts du leader Morbidelli, NDLR) et Remy Gardner (24ème à 168 pts du leader, NDLR) ?

H. P. : Je n'en suis pas sûr… Regarde notre situation en MotoGP : qu'est-ce qui fait que nos résultats sont bien meilleurs que l'année dernière ? Ce n'est pas grâce à la moto : nous avons toujours une M1, avec le même support de Yamaha. Le changement vient de nos pilotes. De même, pourquoi Suzuki galère aujourd'hui alors que l'année dernière la GSX-RR était devant ? On peut dire et en penser ce qu'on veut, la différence vient des pilotes. Enfin, qu'est-ce qui fait que l'équipe Sito Pons se battait pour le titre Moto2 l'an passé et les saisons précédentes, alors que cette année avec le même matériel et les mêmes moyens, cette écurie est nulle part, derrière nous au classement ? C'est aussi une histoire de pilotes (le team Pons HP40 fait courir Edgar Pons, 30ème au provisoire et un certain… Fabio Quartararo, 16ème, NDLR).

En Moto3, en Moto2 et en MotoGP, c'est le pilote qui fait la différence, lui qui obtient les bons résultats. Evidemment, le pilote a besoin d'une bonne moto pour y parvenir. Mais, sincèrement, il n'y a plus de mauvaises machines aujourd'hui en championnat du monde. De plus en Moto2, nous utilisons le même moteur, la même boîte à air, la même ECU. Seul le châssis change, mais nous sommes tous dans un mouchoir en termes de performances à ce niveau, qu'il s'agisse des Suter, des Tech3, des Kalex et des Speed Up. 

L'arrivée de Triumph va selon moi donner un gros coup de fouet sur un plan médiatique au Moto2. Sur la piste, passer du 4-cylindres (de feue la CBR600RR, NDLR) au 3-cylindres (de la nouvelle Street Triple, NDLR) sera sympa parce qu'il s'agit d'un moteur moderne, plus puissant, avec un son génial. Et c'est vrai que l'arrivée d'une ECU plus évoluée - incluant un anti-patinage - va aussi favoriser les performances, qui seront plus proches des MotoGP. Mais globalement, ça ne changera pas grand-chose : le team qui aura le meilleur pilote sera devant, que ce soit avec une Kalex, une Suter ou une Tech3.

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