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CAS D'ÉTUDES
Paris, le 29 janvier 2021

Nouveaux bouchons sur la légalisation de la circulation interfiles à moto et scooter

Nouveaux bouchons sur la légalisation de la circulation interfiles à moto et scooter

La circulation inter-files (CIF) ne sera pas autorisée dans le code la route en 2021, a tranché la Délégation à la sécurité routière (DSR) qui reste dubitative devant les résultats de sa vaste expérimentation sur cette pratique pourtant vieille comme le deux-roues... Explications.

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Alors que circuler entre les files de véhicules à moto ou en scooter est presque inévitable sur les axes urbains, cette pratique démocratisée reste interdite... Aux yeux du code de la route, s'y adonner expose à une amende de 135 euros et un retrait de 3 points pour, au choix : "dépassement par la droite", "changement de voie sans avertissement préalable" ou "non-respect de la distance de sécurité".

Si l'agent verbalisateur fait du zèle, l'infortuné "commuter" peut même écoper d'une sanction pour "vitesse excessive eu égard aux circonstances" (135 €)... voire un panachage du tout : "Je vous appelle un taxi, maintenant que votre permis est suspendu ?!". Un véritable non-sens au regard des avantages de l'interfile sur la régulation du trafic et la diminution de la pollution.

Le législateur, régulièrement interpellé sur ce sujet, avait accepté d'envisager de - peut-être, pourquoi pas, on verra - légaliser l'interfile à condition de se livrer au préalable à une étude dans onze départements "particulièrement embouteillés". C'est bien, ça, une étude : une avalanche d'éclairages obscurs, de statistiques contredites par d'autres statistiques, de graphiques pleins de graphismes et le tout servi par des experts en expertises. Tableurs et décadence, façon administration française...

Annoncée en 2012, cette étude a finalement débuté le 1er février 2016 pour une durée de quatre ans dans les huit départements d'Île-de-France, les Bouches-du-Rhône, la Gironde et le Rhône. La DSR assurait alors que si "les règles de bonne conduite" édictées avec la Fédération des motards en colère (FFMC) et le Conseil national des professions de l'automobile (CNPA) "font leurs preuves, la circulation interfiles pourra être généralisée dès 2020".

Pour mémoire, ces règles consistaient notamment à circuler uniquement entre l'avant-dernière et la dernière file, respecter un différentiel de vitesse avec les autres véhicules, ne pratiquer l'interfiles qu'en cas de circulation fortement congestionnée, circuler à 50 km/h maximum entre les files ou encore ne pas dépasser un autre deux-roues déjà en interfiles (les c...s osent tout, c'est à ça qu'on les reconnaît). Soit des règles globalement respectées par la plupart des motards et même des scootéristes depuis que les bouchons existent.

La DSR reste sur sa file...

Quatre ans plus tard, sans grande surprise, la conclusion de cette vaste étude de 81 pages aboutit à... une absence de prise de positions de la nouvelle déléguée interministérielle à la sécurité routière. Non, la circulation interfiles ne sortira pas de la clandestinité pour s'inscrire légalement dans le code de la route, en tout cas pas avant... qu'une autre étude ne soit menée ! Oui, une autre étude pleine de chiffres, etc.

Motifs ? Les zones "d'incertitudes quant aux données analysées" pendant ces quatre ans par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA), établissement public sous double tutelle du ministère de la transition écologique et du ministère de la cohésion des territoires.

"L'objectif de cette expérimentation était de diminuer l'accidentalité des deux-roues motorisés en encadrant la pratique de la circulation inter-files dans les départements concernés", rappelle Marie Gautier-Melleray. "Or, le résultat n'est pas à la hauteur de nos espérances puisque le ratio d'accidents sur les réseaux CIF par rapport aux autres réseaux a significativement augmenté dans une zone et est en légère hausse ailleurs", retient la déléguée interministérielle à la sécurité routière.

L'augmentation "significative" de la zone en question - la Gironde - est pourtant à prendre avec des pincettes comme le souligne le CEREMA puisque le "triplement des accidents corporels reliés à cette circulation spécifique des 2RM s’inscrit dans une tendance d’augmentation de l’accidentalité 2RM (+54% entre 2015 et 2018)".

Autrement dit : impossible de relier directement la hausse des accidents de moto et de scooter à la seule circulation interfiles ! Par ailleurs, si le CEREMA observe effectivement "une tendance à une légère hausse des accidents corporels liés à la circulation inter-files" (notez la prudence des termes choisis !), le centre d'études invite à "tempérer" cette hausse car les données "tendent à se stabiliser au cours des années d'expérimentations".

En clair, rien de concret ne ressort de l'étude de l'accidentologie en interfiles, si ce n'est que tous les accidents mortels étudiés sont survenus en infraction avec les règles de bonne conduite ci-dessus : "aucun ne respectait les règles de l’expérimentation de circulation inter-files (vitesse ou positionnement) : le plus souvent la vitesse était très supérieure à la limitation à 50 km/h", pointe le CEREMA.

Autre enseignement qui ne constitue pas non plus une surprise : la circulation interfiles "est bien acceptée par les conducteurs de véhicules légers (voitures, NDLR)" à partir du moment où ces mêmes règles de bon sens sont respectées.  

Fallait-il vraiment une étude pour prouver que les automobilistes sont enclins à sécuriser un passage pour les deux-roues si ces derniers évitent de slalomer à 150 km/h, de balancer des coups de poings dans les rétros ou de ponctuer chaque ralentissement d'un coup de gaz rageur ? Apparemment, oui !

On retourne à l'étude ?

Pour Marie Gautier-Melleray, mieux vaut même relancer une deuxième étude pour s'en assurer : "une nouvelle expérimentation, avec des règles adaptées, pourrait donc être envisagée afin de pérenniser cette pratique en toute sécurité", prévoit la déléguée interministérielle à la sécurité routière.

Cette temporisation intervient alors même que le CEREMA constate de son côté "que les usagers de 2RM ont pour habitude de contrôler leurs angles morts, de faire des contrôles rétroviseurs et d’être attentifs au comportement des autres conducteurs dans leur habitacle (usage du téléphone notamment)". 

Pour résumer : ces quatre ans d'étude confirment que la pratique de l'interfiles n'est pas spécialement dangereuse à condition d'être réalisée avec bon sens. Et pourtant, la Délégation à la sécurité routière persiste à botter en touche en relançant une expérimentation !

"Les règles n’ayant majoritairement pas été respectées et l’accidentalité ayant augmenté, on ne pouvait pas s’attendre à ce que la DSCR applaudisse", réagit la FFMC en admetttant que la conclusion du rapport du CEREMA sur l'interfiles ne présente "pas assez d’éléments pour trancher en faveur ou en défaveur de cette pratique".

L'association de défense des motards se veut cependant rassurante : la pratique de l'interfiles ne sera pas davantage réprimée par les forces de l'ordre dans les onze départements concernés par cette première étude, comme l'ont assuré plusieurs médias en relayant la fin de cette expérimentation prévue le 31 janvier. L'interfiles redevient donc "illégalement autorisée", notamment en région parisienne !

"Il y aura probablement des opérations de verbalisations coup de poing pour ceux qui roulent en dépit du bon sens en interfile, mais certainement pas des verbalisations massives, qui n’ont d’ailleurs jamais été pratiquées alors même que la pratique a toujours été interdite !", estime la FFMC.

Et ailleurs en Europe ? 

La Belgique est à ce jour le seul pays d'Europe où la circulation des motos et des scooters en interfiles est légale, depuis 2011. Une étude réalisée en 2015 indique "d’une part que les accidents en circulation inter-files représentaient une faible partie des accidents 2RM (2,6%) et d’autre part que la légalisation n’avait pas eu d’effet sur cette proportion", rappelle le CEREMA.

Plusieurs pays font preuve de tolérance envers cette pratique, à l'image des Pays-Bas, de la Norvège, du Royaume-Uni et du Luxembourg. Même chose en Autriche, à condition toutefois que le flot de circulation soit à l'arrêt : interdiction de doubler des voitures en mouvement pour arriver plus vite au circuit du Red Bull Ring, théâtre du GP d'Autriche !

Enfin, la circulation interfiles est interdite en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Suède, en Suisse... et en France, donc, jusqu'à nouvel ordre !

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