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REPORTAGE
Saint-George, le 15 novembre 2003

Motards au Paradis

Motards au Paradis

20 ans après le débarquement des troupes US à la Grenade, dans les Caraïbes, Moto-Net est allé découvrir cette île de 100 000 habitants qui compte environ 600 motos...

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Alors qu'alentour, la végétation luxuriante laisse au spectateur abasourdi la possibilité d'apercevoir fugitivement la mer des Caraïbes, un iguane d'un bon mètre de long, lancé à fond de train et empruntant une route connue de lui seul, nous coupe la priorité, un oiseau mouche perché sur son casque argenté. C'est à croire que le wheeling a été inventé dans l'île...

Indépendante de l'Angleterre depuis 1974, l'île de la Grenade a elle aussi en son temps fait l'objet de l'attention des troupes américaines qui y ont débarqué en 1983 pour mettre fin à l'expérience de type socialiste qu'y conduisait Maurice Bishop depuis 1979.

Aujourd'hui administrée par un régime de type parlementaire et peuplée de 100 000 habitants, elle compte environ 600 propriétaires de moto. Et encore est-ce un phénomène relativement récent qui remonterait à une dizaine d'année tout au plus.

Cela n'a pas empêché certains passionnés de créer en 1999 le Grenada Bikers Club (GBC) présidé par Cyril Phillip. Jean Michel Rousset, le directeur de l'Alliance française de l'île, a organisé pour Moto-Net une rencontre avec son président et deux de ses membres.

Comptant une soixantaine de membres dont 25 sont propriétaires d'une moto, le GBC organise un rendez-vous bi-annuel, à Pâques et le 1er août, visant à effectuer un tour de l'île. Le parcours, qui n'est jamais le même - ce qui, compte tenu de la superficie de l'île (344 km²), demande un beau travail d'imagination -, n'est dévoilé qu'à la dernière minute. Avant de partir, les participants - au nombre de 35 lors de la dernière édition - font une prière collective afin de se protéger de tout accident de parcours. L'efficacité de cette mesure semble prouvée parmi les participants, puisque la seule fois où il n'a pas été sacrifié au rite, un accident est survenu. Peu nombreux mais dynamiques, les membres du GBC ont également accueilli lors de l'avant-dernière édition trois bikers venus all the way long du Venezuela avec leurs motos.

Mais l'activité du GBC n'est pas seulement ludique. Ainsi intervient-il auprès des autorités compétentes pour l'amélioration du réseau routier en général et l'élimination des gravillons en particulier, trop souvent source d'accident pour les motards de l'île. Son action passe également par l'organisation de manifestations destinées à collecter des fonds pour des oeuvres de charité.

Pour autant, si moins d'un pour cent de la population de l'île possède une moto, c'est qu'il n'est pas aisé d'assouvir sa passion. En effet, on n'y trouve aucun concessionnaire. Chacun se débrouille donc par ses propres moyens pour se procurer l'engin de ses rêves. Les amateurs préfèrent se tourner vers le Canada ou les Etats-Unis plutôt que d'en commander une à la Martinique où à la Guadeloupe, géographiquement plus proches mais où les prix sont plus élevés. En outre, les deux îles ne bénéficient pas des mêmes facilités de communications pour les échanges commerciaux, et surtout la diaspora Grenadine y est insignifiante.

Il faut dire que financer l'achat d'une moto reste pour ces passionnés un investissement très lourd. Le PIB par habitant est cinq fois moins élevé qu'en France (5 000 dollars US contre 27 500 pour la France). De plus, toute moto importée dans l'île, qu'elle soit neuve ou d'occasion, se voit appliquer des droits de douanes équivalents à 55% de sa valeur. La base retenue pour ce calcul comprend, outre le prix d'achat, celui du transport et de l'assurance.

La solution un temps envisagée par Uwe, installé sur l'île depuis 1998 où il a monté un hôtel restaurant dénommé "Almost Paradise", consistait à importer des pièces détachées de différentes marques dont la taxation est moindre (environ 40%) et de les assembler une fois dédouanées. Mais les difficultés rencontrées avec les autorités douanières l'en ont finalement dissuadé...

A cela s'ajoutent différents frais tels que l'assurance, la vignette ou le permis de conduire. Seules deux compagnies sur l'île acceptent d'assurer les motards. Et encore : uniquement au tiers ! Il en coûte 300 dollars caribéens (1 EC $ = 3,2 €) par an. Par ailleurs, il existe une vignette moto qui coûte 100 EC $ par an. Enfin pour être valable, le permis de conduire doit être présenté chaque année aux autorités compétentes, qui réclament alors à son heureux possesseur 100 autres EC $ pour son renouvellement.

Comble de malchance, une récente loi (2002) a rendu le port du casque obligatoire. Le respect de la nouvelle mesure ne fait toutefois pas l'objet d'une stricte application, puisqu'il n'est pas rare de croiser certains des trente motards de la Royal Police Force of Grenada qui continuent de circuler tête nue...

De manière plus générale, si les motards ne contestent pas l'utilité de la mesure, ils estiment être suffisamment responsables pour eux-mêmes et pour autrui. Ils considèrent donc qu'une loi dans ce domaine n'est pas nécessaire, d'autant que cette règle vient renchérir le coût global d'achat de la moto... Sans compter que porter le casque par une température de 35° C ne procure pas que des bonnes vibes...

Malgré tous ces obstacles, de valeureux passionnés persistent. N'hésitez pas à aller les rejoindre (vous trouverez une agence de location de scooters sur l'île), le temps de découvrir les routes de la Grenade qui offrent de superbes possibilités de balades à travers des montagnes aux reflets vert émeraude, des plages plantées de cocotiers et des eaux dont la magie des verts turquoises n'a d'égale que la température.

Et si vos yeux éblouis ont besoin d'un peu de repos, vos oreilles de reggae ou de calypso et votre palais de nourritures plus substantielles, les bords de route regorgent de petits "rum shops" et de restaurants comme "The Cove", tenu par Kenrick et Francesca (thecove@caribsurf.com), où le meilleur accueil vous sera réservé - et en français, s'il vous plaît ! Très basique, mais drôlement vrai...

English version : Bikers in Paradise

While the luxuriant vegetation all around allows the bewildered looker-on a fugitive glance over to the Caribbean Sea, an iguana - a good meter long- rushing full speed along a route of its own, with a humming bird poised on its silver helmet, overlooks our right of way. You'd almost think that this is the place where wheeling was invented.

The island of Grenada gained its independence from Britain in 1974. It also was, in its time, the focus of attention for American troops who landed there in 1983 in order to terminate the socialist experiment that was being carried out by Maurice Bishop since 1979.

Today, the 100,000 inhabitants of the island live under a parliamentary administration. Among them are 600 bike owners. But this is quite a recent phenomenon - going back ten years at the utmost.

This was no impediment to the creation of the Grenada Bikers Club (GBC) in 1999. The Director of the Alliance française on the island, Jean-Michel Rousset, has organized for Moto-Net.Com to meet its president Cyril Phillip and two of its members.

The GBC claims a membership of 60 people, with 25 bike owners among them. The club organizes a bi-annual gathering, at Easter and on August 1st, consisting of a tour of the island. The route is different each time - which, given the surface of the island (344 km²), requires quite a bit of working out - and is only disclosed at the last minute. Before starting out, the bikers - there were 35 of them for the last edition - say a collective prayer intended to protect them from accidents. The measure seems to have proved effective since an accident occurred on the one time when the ritual had not taken place. Although little in number, the members of the GBC are active: they welcomed three bikers come all the way from Venezuela with their bikes in the one before last edition. But there is more to the club than merely entertainment. It also appeals to responsible officials to improve the road network in general and more particularly to keep the roads clear of chippings, a frequent source of accidents for the island's bikers. It is also involved in fund raising for charity.

However, the reason why less than 1% of the island's population owns a bike is that it certainly is no easy matter to satisfy your passion. Indeed, not a single bike dealer is to be found on the island. So you are left quite to your own resources to come by the machine of your dreams. Bike lovers had rather turn to Canada or the U.S than order a machine in Martinique or Guadeloupe which are closer to Grenada but where prices can be higher, which do not offer the same communication facilities for trading, and above all, where the Grenadian diaspora is almost null.

And there's no denying that buying a machine is, for these bike lovers, a heavy investment. The Gross Domestic Product is almost five times lower than in France (US$ 5,000 to US$ 27,500 for France). Moreover, a bike imported into the island, new or second-hand, is taxed 55% worth of its value in custom duties. The basis reckoned with for this calculation includes, in addition to the price of purchase, the cost of transport and insurance. The solution once considered by Uwe - a resident on the island since 1998, he has opened a hotel named "Almost Paradise" - consisted in importing spare parts of different makes on account of the lower taxation imposed on them (about 40%) and assembling them once they were cleared through customs. But the difficulties he encountered with custom officials finally persuaded him to give up the enterprise.

On top of this, various expenses such as insurance, tax disc, and driving license have to be reckoned with. There are only two insurance companies on the island that will insure bikers, although only on a third party basis . The cost is EC$300 (1 EC$= 3.2 Euros) a year. Furthermore, there is a tax disc for bikes on the island of Grenada that costs EC$100 a year. Finally, you are required to present your driving license yearly to competent officials who will claim from you another EC$100 for its renewal.

And to crown it all, it has recently become compulsory to wear a helmet, under a law passed in 2002. Yet this new measure is not strictly enforced, since you will not seldom come by some of the 30 bikers of the Royal Police Force of Grenada riding bare-headed.

More generally speaking, although the island's bikers do not dispute the measure its validity, they believe they are sufficiently responsible for themselves and for others, and that a law on this particular issue is not necessary , all the more so as this rule still adds up to the global cost of purchase of a bike... To say nothing of the fact that you don't just pick up good vibes riding with a helmet on when the temperature averages 35° Celcius.

In spite of all these obstacles, some valorous enthusiasts still persist. Go ahead and join them (you'll find a scooter rental agency on the island) and discover the roads of Grenada : You will ride through superb landscape, mountains tinted with subtle emerald-green reflections, coconut tree planted beaches and waters whose magic lies both in their turquoise-green waters and in their temperature. And when your dazzled eyes need a bit of rest, your ears some reggae or calypso music and your palate some more substantial foods, you can stop at one of the little "rum shops"and restaurants teeming along the roads, like "The Cove", run by Kenrick and Francesca (thecove@caribsurf.com), where you'll receive a warm welcome, en français s'il vous plaît ! This is all very basic, but also terribly true.

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