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INTERVIEW CONFINEMENT
Paris, le 22 avril 2020

Confiné avec... Hervé Poncharal, team manager de Tech3 Racing

Confiné avec... Hervé Poncharal, team manager de Tech3 Racing

Que font les principaux acteurs du monde de la moto pendant le confinement lié à la pandémie de Covid-19 ? Hervé Poncharal, team manager de l'équipe Tech3 Racing, s'est confié au Journal moto du Net.

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MNC : Où êtes-vous confiné ?

Hervé Poncharal : Je suis confiné chez moi à Bormes-les-Mimosas, dans ma maison qui est tout près du bureau de Tech3. J’y vais régulièrement, au moins trois fois par semaine, pour travailler quand je ne peux pas le faire de chez moi, récupérer le courrier et les documents qui sont là-bas. Je suis confiné tout seul entre maison et bureau, ce qui me permet de faire le point sur moi-même et sur le futur qu’on veut essayer de donner au championnat du monde MotoGP et à la vie en général...

MNC : Comment se déroulent vos journées ?

H. P. : De 9h à 19h je passe la plupart de mon temps au téléphone, que ce soit avec mes pilotes ou avec les membres de mon équipe confinés chez eux, nos sponsors et notre constructeur KTM. Je passe aussi énormément de temps avec Carmelo Ezpeleta, le boss de la Dorna (promoteur du MotoGP) et son fils Carlos Ezpeleta, qui est le directeur sportif. Tous les trois on essaye d’envisager au mieux comment faire en sorte que les équipes Moto3, Moto2 et MotoGP puissent continuer à faire face à leurs engagements financiers et qu’elles puissent rester des sociétés en vie. L'objectif est que tout le monde soit prêt à partir le jour où on pourra recommencer le championnat. Visio-conférences, téléphone, emails et pas beaucoup d’autres choses, malheureusement... C’est pas très gai, mais on essaye de faire avancer la situation. Parfois on l’impression d’avoir bien avancé, puis deux jours plus tard la situation sanitaire et les décisions des autorités font tout tomber à l’eau et il faut recommencer à réfléchir par rapport à une donne qui a évolué...

MNC : Qu’est-ce qui vous manque le plus ?

H. P. : Ce qui me manque le plus - et c’est peut-être aussi ce qui me manque le moins, on a parfois des contradictions ! - c’est de pouvoir bouger, sortir... J’ai l’habitude d’être excessivement actif, j’adore les gens, j’aime faire des rencontres, discuter, boire un café avec des amis, manger au restaurant, faire un tour de moto ou de vélo, piquer une tête dans la mer et nager puisque j’ai la chance d’habiter au bord de la Méditerranée et à cette époque on commence à en profiter… Ca me manque beaucoup mais ce qui me manque peut-être encore plus c’est le paddock, que j’arpente depuis 40 ans. C’est tous mes amis, c’est toute ma vie, c’est ma seconde famille ou même ma famille tout court puisque j’ai la chance de travailler avec un de mes frères et avec ma fille. L’adrénaline des séances d’essais, les dîners le soir avec l’équipe où on échange les bons - ou moins bons - souvenirs de la journée et où on essaye d’analyser et de disséquer les performances. C’est ma vie et ça me manque beaucoup... Peut-être que ce qui me manque le moins ce sont les aéroports, les vols, les avions, le décalage horaire, la difficulté à dormir et cette espèce de stress permanent qui fait qu’on n’a jamais le temps de se poser et de s’arrêter pour réfléchir dans un brouhaha perpétuel... Là on est dans une espèce d’oasis, sans bruit. On peut lire tout ce qu’on n’avait pas le temps de lire, écouter toute la musique qu’on n’avait pas le temps d’écouter et puis surtout on a le temps de réfléchir ! C’est vrai que c’est une crise très spéciale, elle est choquante pour beaucoup de gens car elle est puissante et dangereuse. L’activité humaine est paralysée et on peut réfléchir à la façon dont la société humaine est organisée. Est-ce que c’est un bon système qu’on a envie de faire perdurer, ou est-ce qu’on a envie de le faire évoluer vers un système un peu meilleur ?

MNC : Avez-vous peur ?

H. P. : Oui évidemment, je ne suis pas Superman ! On a tous des peurs... Les Gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête, mais j’ai aussi comme tout le monde peur de tomber malade, peur de la mort, peur de me retrouver sans ressources, sans toit, sans avoir de quoi me nourrir. Aujourd’hui grâce à Dieu je ne suis pas dans ce type de situation, mais ce qui me fait peur c’est que j’ai quand même une quarantaine d’employés que je considère un peu comme ma famille. Or on a un engagement quand on est chef d’entreprise, c’est de continuer à leur payer un salaire pour qu’ils puissent continuer à vivre décemment. On travaille là-dessus, entre autres avec Carmelo Ezpeleta. On se pose aussi des questions sur la pérennité de la société telle qu’elle est... Jusqu’à cette crise, le MotoGP était un championnat en bonne santé qui marchait très bien : on croulait sous les demandes puisqu’on envisageait de faire 22 courses à partir de 2022 ! Ce n’est pas vraiment une peur, mais je me sens concerné par le fait que même quand le virus aura disparu, les saisons 2021 et 2022 risquent d’être compliquées. C’est à nous de réfléchir - et c’est peut-être quelque chose d’excitant - pour voir comment faire évoluer le championnat MotoGP afin qu’il soit plus en phase avec une époque, une économie et des conditions de vie qui vont évoluer par rapport à ce qu’on a connu jusqu’à début 2020…

MNC : Un livre, un film, une série, un disque à recommander ?

H. P. : Alors ça c’est compliqué, il y en a tellement ! J’adore des centaines de films… Ah si, puisque j’habite à côté de la Méditerranée et que j’adore plonger, j’avais beaucoup aimé le Grand Bleu… En toute humilité, le petit Jacques Mayol au début du film me faisait un peu penser à moi enfant. Ces paysages, ces sensations dans l’eau, les cigales, le soleil qui vous brûle la peau, et puis ces défis et cette franche camaraderie… Ce sont des choses qui me parlent et qui ressemblent un peu à ce qu’a été ma vie d’enfant et d’adolescent ici, au bord de la Méditerranée. En livre c’est pareil il y en a beaucoup, mais peut-être "Tamata et l’alliance" de Bernard Moitessier. C’est une très belle histoire qui marque un peu le tout début d’une certaine conscience écologique : un navigateur, à quelques minutes de remporter la plus grande course à la voile autour du monde dans les années 60 ou 70, fait demi-tour et repart car l’idée de retrouver la civilisation après avoir navigué en solitaire aussi longtemps lui semble insupportable... J’ai beaucoup d’admiration pour les navigateurs. On parle de confinement en ce moment, mais eux sont face à cette solitude sur leur bateau, au milieu d’éléments qui sont parfois super mais parfois déchaînés. C’est très beau ! J’avais aussi beaucoup aimé "L’insoutenable légèreté de l’être" de Milan Kundera, qui retrace ce qui s’est passé à Prague en 1968. C’était un moment d’insoutenable légèreté, jusqu’à l'arrivee des chars russes... J’ai beaucoup aimé. En séries, désolé je n’en regarde pas. Ce que j’aime en ce moment ce sont les reportages animaliers ! La vraie vie sauvage dans la nature, l’ingéniosité, la beauté et le fragile équilibre de cette vie, la magie de cette organisation dans la nature... C’est proprement incroyable et ça doit nous faire réfléchir.

MNC : Votre vidéo de moto préférée ?

H. P. : En vidéo ce que j’aime revoir, même si maintenant je connais le dénouement, c’est la course du championnat du monde 250, la finale à Phillip Island (en 2000, NDLR), où mes deux pilotes Olivier Jacque et Shinya Nakano se battaient pour le titre... Ils font toute la course roue dans roue et Olivier bat Shinya pour 14 millièmes de seconde : il devient champion du monde ! C’était un moment magique et comme bien souvent un moment de bonheur absolu pour Olivier, avec qui on avait fait quasiment notre vie en commun depuis 1995. On avait commencé comme des petits rookies qui débarquaient en Mondial et on est arrivé au titre de champion du monde, ce qui nous a permis de passer en catégorie reine 500. Et de l’autre côté il y avait quelqu’un de fantastique qui n’avait pas démérité, Shinya Nakano, qui voyait son rêve de titre s’envoler… C’était un grand moment de vie où il ne fallait pas non plus en rajouter dans la célébration, par respect pour Shinya. Quand j’ai envie de regarder une course de moto, celle-là est particulièrement importante pour moi !

MNC : La première chose que vous ferez à la fin du confinement ?

H. P. : Malheureusement la fin du confinement va être progressive et on ne pourra pas faire tout ce qu’on aimerait faire... Mais si je pouvais revivre ma vie habituelle ce serait prendre ma moto, téléphoner à tous mes très bons copains et se retrouver sur le port à boire une bonne bière, blaguer jusqu’à tard le soir, puis peut-être aller manger une salade ou une pizza tous ensemble en faisant les plans du lendemain... Je ferais certainement aussi un tour avec mon VTT dans la colline qui est très belle... Au printemps c’est le moment génial : il y a des fleurs, des petits oiseaux et encore un peu d’eau qui coule dans les petits ruisseaux... Tout ça me manque beaucoup. J'ai hâte !

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Commentaires

Bestof: 
1
d'accord avec lui !!! sur la course de olivier jacques-nakano que j'&ai revu des dizaines de fois, pour le reste personne ne connaît de quoi demain sera fait.
Bestof: 
1
Un mec bien, je me retrouve dans ces choix (sauf peut être le Grand Bleu, la Méditerranée beurk (je suis breton)? ce film m'a fait chié, c'est chié non ?), pour le reste, VTT, Moitessier, Kundera, etc , j'adore...merci.

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