
Le passage des motos et scooters à la norme Euro5+ avait chamboulé fin 2024 ? Il a doublement affecté l'an 2025 qui clôture à -14,5% malgré tout. Malgré Euro5 donc, malgré la crise budgétaire, le réchauffement planétaire, la menace nucléaire, malgré la concurrence du vélo qui a lui aussi profité d'une météo salutaire ? Bilan global.
Euro4 en 2016, Covid-19 en 2020, Euro5+ en 2024… C'est un pur hasard mais à chaque olympiade, le marché français du motocycle semble condamné à devoir affronter de grands bouleversements qui se traduisent par des résultats "remarquables" : rassurants l'année des JO de Rio, décevants l'année des JO de Tokyo (décalés en 2021, d'ailleurs) et éblouissants l'année des JO de Paris.
Les Moto-Nautes - qui, comme chacun sait, on un peu plus de chance que les autres - ne se sont toutefois pas laissés aveugler par les immatriculations record de gros cubes l'an dernier : 145 862 en 2024, c'était effectivement du jamais vu sur MNC en 20 ans de Bilans Marché (!), mais c'était surtout un peu trop "haut" pour être vrai…
Pour mémoire ou information, l'hiver 2024-2025 avait été Marquez... pardon, marqué par l'entrée en vigueur de la norme antipollution et antibruit Euro5+. Celle-ci avait précipité l'immatriculation dans les réseaux de milliers (six, à la louche MNC) de deux-roues motorisés de la précédente génération "Euro5," mis en vente cette année sous l'étiquette "occasion zéro km".
Après avoir artificiellement gonflé les statistiques de ventes de motos et scooters de plus de 50cc en France (hors cyclomoteurs que le Journal moto du Net n'étudie pas chaque mois), cette transition de norme - et énorme ! - a conduit à une exceptionnelle, prévisible car inévitable chute des ventes au premier trimestre.
Les six mois suivants de l'an 2025 se sont révélés plus satisfaisants pour les concessionnaires... qui commercialisaient principalement des grosses cylindrées, car l'évolution des ventes de 125 cc est restée relativement alarmante, fluctuant entre -10 et -20% au printemps et durant l'été. Puis les ventes sont reparties à la baisse, une seconde fois en raison des scores dopés en fin de saison 2024.
Et quel gadin en décembre 2025 ! "Quels gadins" au pluriel d'ailleurs, puisque les immatriculations de gros cubes, de 125cc et de 3-roues ont toutes copieusement chuté : -48,4%, -55,4% et -81,4% respectivement par rapport à un douzième mois 2024 qui avait été exceptionnellement chargé de cadeaux motos, estampillées Euro5 "tout court".

En comparant décembre 2025 à novembre 2025 en revanche, les chiffres du marché sont moins inquiétants : avec 7169 immatriculations, les grosses cylindrées ne comptent que 6 immats de moins que le mois précédent. Le secteur a passé de joyeuses fêtes grâce au bon Père Noël… enfin, aux grosses mémères Guéesses surtout (396 R1300GS et 339 Adventure) !
Chez les 125cc, la fin d'année a été un soupçon moins festive : les 2468 immatriculations de petites motos et scooters accessibles aux détenteurs du permis A1 (dès 16 ans) et du permis B (depuis deux ans et après 7h de formation) ne représentent qu'une légère "glissouille" de -4% Vs Novembre (2578 pour rappel).
Chez les 50cc et sur l'ensemble de l'année 2025, l'observatoire de l'assureur Solly Azar et du fournisseur officiel de statistiques AAA Data signale que les ventes sur le marché du neuf ont dévissé de -28% avec 47 078 unités, tandis que l'occasion limitait son recul à -13% avec 164 376 unités.
"Le déséquilibre de ce segment est causé par plusieurs facteurs, allant de l'arrêt progressif de la production de modèles thermiques, à une offre électrique qui peine à convaincre et encore trop chère, ainsi qu'à l'arrivée d'alternatives plus accessibles à la mobilité telles que les trottinettes électriques", analyse l'observatoire.
Un constat similaire est établi au sujet des motocycles dont le marché est "également en baisse (-4% avec 778 946 unités). Malgré un début d'année agité (-8% sur le 1er semestre), le marché des motos semble trouver une certaine forme de stabilité", souligne l'observatoire avant de distinguer les VO des VN…
Les véhicules d'occasions (à deux roues et aux moteurs cubant entre 110cc pour le petit Honda Vision et 2,3 litres pour la colossale Triumph Rocket III !) sont remarquables de stabilité, avec un repli de "-0,1% à 598 993 unités", contre une chute de "-16% (179 953 unités)" pour les véhicules neufs.
"Dans ce contexte morose, la résilience du marché de l'occasion est le véritable signal positif de l'année", retient Maëlle Faure, cheffe produits auto et moto chez Solly Azar. "Pour 2026, l'enjeu sera d'accompagner cette tendance de fond : les Français gardent leurs véhicules plus longtemps et soignent leur budget". Ils roulent aussi "différent" !
À l'instar des mobylettes (de MBK bien sûr, mais aussi des 103 Peugeot ou BW's Yamaha d'antan à moteurs thermiques) qui ne font plus recette face aux trottinettes électriques et autres engins de déplacement personnel motorisés (EDPM), les motocycles sont concurrencés par des vélocipèdes, moyen de transport le plus vendu en France car le plus accessible. Quoique.
Les scooters 125 et maxiscooters en particulier, mais les roadsters de moyennes cylindrées, les petits trails et routières légères utilisés pour le "moto-boulot-dodo" également, sont défiés par des vélos de plus en plus équipés et valorisants, sophistiqués et onéreux. Durant l'année 2025, la transition des "scootéristes" ou "commuters" en cyclistes ou "cargoïstes" s'est clairement poursuivie...
Non, les cargoïstes ne sont pas ici des fidèles du culte du cargo, ni des amateurs de voyages en porte-conteneurs. Il s'agit bien des utilisateurs de grosses bicyclettes dont les ventes ont explosé depuis la pandémie de Covid-19 : "selon les dernières données (CycloLogistics Europe, Union Sport & Cycle), 33 000 vélos cargos ont été vendus en France en 2024, tous types confondus. Une belle envolée quand on se souvient qu’en 2021, ce chiffre tournait autour de 14 000", relaie Rutile Bike sur son site Internet.
Cette société française qui vise à "accompagner le plus grand nombre d'entre vous à troquer le volant contre le guidon" (le guidon d'un vélo reconditionné, plutôt que celui d'un scooter flambant neuf, nuances !), précise que ces chiffres de vente incluent les "longtails très prisés pour les déplacements quotidiens, les biporteurs à deux roues donc plus maniables, et les triporteurs à trois roues, avec une capacité de chargement maximale, surtout en version électrique".
Bien différents des simples et enfantins BMX, des simples et exigeants - musculairement ! - VTT, ou des simples et indémodables hollandais, ces nouveaux engins à pédales - et à assistance - rivalisent aujourd'hui clairement avec "nos" motocycles et participent sans nul doute à la progressive érosion des ventes de 125cc et au tassement de certains segments de gros cubes… Sans oublier bien sûr, les interdictions de circuler dans certaines villes et les stationnements payants dans d'autres, la prolifération des radars, les sanctions de plus en plus brutales !

"Contrairement aux idées reçues, les vélos cargo ne sont pas réservés aux baristas barbus et aux livreurs pressés", analyse (non sans autodérision, bravo !) Rutile Bike. "En 2025, 60% des acheteurs sont des particuliers, souvent des familles qui cherchent un mode de transport alternatif et 40% sont des pros, dans la livraison, le bâtiment, ou même le soin à domicile", nous informe-t-il.
En termes de services rendus, les consommateurs peuvent véritablement hésiter entre un cargo ou un scoot'. Et question budget, beaucoup doivent trancher car "soyons clairs : ça pique un peu côté tarif", reconnaît le spécialiste du vélo électrique. "Comptez entre 3000 euros et 6000 euros pour un vélo cargo électrique neuf, sans les options". Soit le prix d'une 125cc, très exactement !
Dans son dernier bilan marché (celui de 2024), l'observatoire du cycle annonçait "un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros, en baisse de -5,9% par rapport à 2023" et "1 956 000 vélos vendus, soit une diminution de -12 % sur un an". Preuve que tous les secteurs de la mobilité (automobile en tête) sont actuellement touchés...
Pour les professionnels du vélo "cette contraction s’explique en grande partie par un contexte économique incertain, qui incite les consommateurs à reporter leurs achats, notamment de vélos neufs". Cependant et "malgré ce recul, la comparaison avec l’année 2019 révèle une croissance de +33% du chiffre d’affaires du secteur". Jaloux, MNC aimerait disposer des mêmes statistiques dans le domaine de la moto...
Selon l'observatoire du cycle toujours, cette hausse du CA confirmerait "une montée en gamme et une valorisation du marché" à travers le "le succès croissant des vélos de route et des modèles Gravel, seules catégories à afficher une progression" d'une part, et de l'autre, de "la part grandissante des VAE, qui représentent désormais près d’un vélo vendu sur trois, avec un prix moyen de 2045 euros". CQFD.
Un autre facteur a sans doute facilité la transition vers des deux-roues plus légers et moins contraignant en termes d'accoutrement : la météo ! "2025 a été marquée par plusieurs épisodes de températures anormalement élevées (mai, juin, août ou encore novembre et début décembre)" rapporte Météo France, soulignant que "les records de chaleur ont été 10 fois plus nombreux que les records de froid". Cela peut faire suer les motards...
A contrario, après "2022, l’une des années les moins arrosées (déficit de -24% par rapport à 1991-2020), puis 2023 proche de la normale mais très contrastée, et 2024 l’une des les plus pluvieuses (excédent de l’ordre de +15%)", la plus "normale" 2025 a peut-être réconcilié certains français avec la moto. Ou avec le vélo, aussi oui.
"La saison printanière a été beaucoup plus contrastée avec des précipitations largement déficitaires sur la moitié nord du pays", précise Météo France. Les franciliens ont ainsi pu davantage rouler, user, abîmer (aïe) leur bonne mais trop vieille monture… et en acheter une toute neuve à la place !
"À l’inverse, la moitié sud a connu des précipitations excédentaires : sur la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, il s’agit du 8e printemps le plus arrosé depuis les années 1960", signalent les experts Manhattan météo au sujet du deuxième plus grand bassin national de motards et scootéristes, après l'Ile-de-France .
Enfin, "alors que l’année 2024 avait été l’une des moins ensoleillées des 30 dernières années (-10%), 2025 termine avec un excédent moyen proche de 5%, avec un soleil particulièrement généreux sur la moitié nord (+10 à 15%)", observe Météo France.
Bien meilleure qu'en 2024 donc, la météo de 2025 n'a pu inverser la courbe du marché du motocycle. Mais il se peut qu'elle ait motivé quelques achats coups de coeur ou d'opportunité : quand il fait beau et que de jolies motos (même Euro5, bah !) sont en promo, le motard signe-t-il plus facilement son chèquot ? Ou vide-t-il plus volontiers son Livret A ?

D'un point de vue économique justement, l'année 2025 a été… un peu juste ? Selon les dernières projections de l'INSEE publiées fin novembre, après le +2,3% enregistré en 2024, l’inflation en France atteindrait +0,9% en 2025, soit une valeur plancher en raison du recul des prix de l’énergie (tarifs réglementés de l’électricité et du prix du pétrole)… mais qui pourrait repartir à la hausse, attention !
"Après deux années de très forte inflation, des prix stabilisés sont une bonne nouvelle", estime notre consoeur de France Info, Sophie Auvigne. "C'est même idéal pour les consommateurs, et la situation doit perdurer au moins jusqu'à l'été, selon l'INSEE, qui prévoit une petite reprise de l'inflation aux alentours de +1,5% dans les mois qui viennent".
Les prix à la consommation eux, auraient augmenté de +0,8% sur un an, au mois de décembre. Soit loin, très loin même, des progressions constatées au coeur de la pandémie de coronavirus (entre +4% et +5%)… lorsque le marché de la moto et du scooter résistait vaillamment, porté par la nécessité qu'avaient les français de se déplacer quotidiennement et/ou par leur désir de s'évader le week-end ou en vacances.
Autre phénomène plus récent qui a conduit à la fébrilité des consommateurs en France : l'absence totale de stabilité gouvernementale, débouchant sur l'impossibilité de voter un budget. Les entreprises, leurs patrons et salariés préfèrent temporiser avant de planifier de nouveaux investissements, évoquer de petites augmentations ou engager de grosses dépenses.
Chez les "consomotards", la dichotomie s'accentue entre les passionnés et/ou fortunés qui flambent de rondelettes sommes pour s'offrir une belle sportive italienne ou un statutaire maxitrail allemand (par exemple) et les plus raisonnables et/ou désargentés pour qui ne lâchent leurs sous qu'après mure réflexion en comparant soigneusement les rapports prestations/prix de machines japonaises ou chinoises (au hasard). MNC y reviendra dans un deuxième temps avec l'analyse du Top 20 des marques, puis un troisième temps avec le Top 300 des modèles !
Et pour 2026 ? "La légère reprise de l’inflation et du chômage montre que la confiance des grands acteurs économiques n’est pas totalement revenue depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024", considère notre confrère de Radio France, Emmanuel Cugny. Comment pourrait-il en être autrement, alors que notre état peine encore et toujours à adopter un budget ?
Selon Dorian Roucher, responsable du département de la conjoncture à l'Insee, "il faut rester prudent sur la consommation, on s'est trompés plusieurs fois", avouait-il la semaine dernière au micro de France Info, ajoutant que "globalement, le moral des ménages reste mal orienté avec ce pessimisme marqué". Le moral des motards lui, paraît toujours un peu meilleur...
Alors que bon nombre de leurs concitoyens sombraient dans la sinistrose durant la pandémie de Covid-19, les amateurs de deux-roues motorisés pensaient déjà à leur prochaine virée aux commandes de leur - nouvelle ! - machine. L'INSEE déclare par ailleurs que "les ménages sont plus inquiets de la situation économique du pays que pour leurs finances personnelles".
Le taux d'épargne des français qui culminait déjà à 18,2% en 2024, devrait augmenter de quelques dixièmes sur 2025. D'après France Info, ce seraient ainsi "70 milliards d'euros que les Français ne dépensent pas"… Or cette tendance lourde s'est confirmée en décembre 2025 où l'opportunité d'épargner a atteint de nouveaux sommets.
Dans son propre rapport de décembre 2025, la Banque de France soulignait que dans notre pays "l’activité a notamment été tirée par la production de matériels de transport (aéronautique), avec un mouvement de restockage au premier semestre en anticipation d’exportations très dynamiques au second semestre".
L'usine Yamaha Motor de St-Quentin et celle de Peugeot Motocycles de Beaulieu-Mandeure turbinent-elles aussi fort ? Non. Bien qu'en 2024, les 637 employés français de la firme aux trois diapasons auraient produit dans l'Aisne pas moins de 35 854 motos et 39 274 scooters (plus 1302 quads/SSV) ! Cocorico. Ou "Kokekokkô" en japonais...
Dans le Doubs, la situation est plus dure (hum) pour les ouvriers : un collectif "Debout PTMC" dénonçait en octobre dernier des renvois abusifs de la part de la marque d'origine française (pilotée par le fonds d'investissement allemand Mutares et le groupe indian Mahindra) qui parie notamment sur la transition électrique de sa légendaire 103 pour rebondir...
Et du côté des vélos ? Selon l'Union Sport & Cycle, 73% des importations de bicyclette proviendraient d'Europe, et "à la faveur des droits anti-dumping instaurés par l’Union Européenne, les vélos en provenance de Chine représentent 9% des importations en France", seulement. Enfin, le nombre de vélos cargo produits en France resterait stable, à plus de 11 000 unités. Ce qui correspond à la perte en volume des 125cc cette année en France ! Tiens, tiens.


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