
Au guidon de l'exemplaire GP de France et des 8H de Spa, Claude Michy partage aussi les commandes de l’EWC. Pour Moto-Net.Com, il confie sa vision de l’endurance moto : entre innovation technique, engagement des marques et défis logistiques, le championnat du monde Endurance moto mise sur le spectacle et l’accessibilité pour séduire fans et pilotes. Et sur les 8H de Donington ?
Chef d'orchestre magistral de 32 Grand Prix de France MotoGP (!), Claude Michy est également promoteur depuis 2022 de l'épreuve belge d'Endurance moto, les 8 Heures de Spa dont l'édition 2026 est programmée dans 10 jours. Il y a six mois, l'entrepreneur auvergnat a accepté de relever un nouveau défi : la promotion du championnat du monde EWC.
En collaboration avec les organisateurs des 24 Heures du mans, ceux des 8 Heures de Suzuka et ceux du Bol d'Or, le patron de la société PHA explique comment leur nouvelle structure commune et dédiée Endurance Moto Promoter (EMP) entend dynamiser une discipline en pleine mutation, entre attentes des fans et contraintes économiques.
L’EWC mise sur l’innovation pour séduire : nouvelle catégorie Production, technologies de suivi en temps réel, implication croissante des constructeurs comme Honda ou Ducati, création d'une nouvelle épreuve de 8 Heures à Donington Park (GB)... Autant d’initiatives pour rendre l’Endurance plus accessible et spectaculaire, tout en préservant son ADN… Et en relevant de nombreux défis !

Entre la gestion des coûts pour les équipes, l’adaptation aux enjeux écologiques et la nécessité de fidéliser un public exigeant, Claude Michy défend une approche pragmatique. Pour lui, l’Endurance moto reste avant tout un grand spectacle, où la passion des pilotes et la ferveur des fans doit primer sur les contraintes, sans les ignorer toutefois.
Moto-Net.Com : Bonjour Claude Michy ! Votre GP de France est le rendez-vous le plus populaire du calendrier MotoGP, qui compte tout de même 22 étapes. Quels sont vos secrets ?
Claude Michy, co-promoteur du championnat moto EWC : Oh, on n'a pas de secret. On travaille depuis plus de 30 ans sur le Grand Prix de France. En réalité, on a toujours essayé d'être le plus proche des fans pour qu'ils puissent apprécier, être installés le mieux possible, avoir un billet "tout compris", sans aucun supplément nulle part, avec toutes les animations comme le show mécanique, les concerts ou autre. Alors, ce n'est pas toujours simple vu le nombre de spectateurs, mais tous les efforts sont fait pour que tout le monde puisse apprécier le week-end. Car on arrive de plus en plus tôt : c'est un vrai week-end, c'est presqu'un festival.

MNC : Il y a six mois, vous avez annoncé prendre la promotion du championnat du monde d'endurance. Pourquoi avoir accepté cette mission ?
C. M. : Tout d'abord, Warner Discovery, qui était le promoteur du championnat du monde, avait un accord avec la Fédération internationale jusqu'en 2029, comme avec tous les organisateurs d'épreuves. Mais WD a décidé de modifier son approche : il fallait reprendre la partie opérationnelle, tandis qu'il se concentraient sur leur métier de diffuseur.
À la demande du président de la Fédération Internationale de Motocyclisme (FIM), Jorge Viegas, j'ai échangé avec Pierre Fillon pour les 24 Heures du Mans, avec Sophie Casanovas pour le Bol d'Or, avec les Japonais de Suzuka, pour voir quelle était la solution. Les organisateurs, qui prennent déjà des risques en organisant les épreuves, ont doublé la mise en créant une société qui s'appelle EWC Moto Promoter (EMP) et qui est chargée de la promotion du championnat du monde, de trouver les moyens techniques pour produire les images et les vendre, et Warner restant le diffuseur. Ensuite, il nous faut trouver des partenaires et chapeauter un peu tout. Nous avons notamment accompli du bon travail sur le chronométrage, d'un point de vue qualitatif, avec des GPS qui suivent en continu la position des motos, etc.
Tout a été fait pour essayer de redonner un peu de dynamisme et une vision à plus long terme. Or il y a déjà des bonnes nouvelles puisque les 24 Heures du Mans sont parties complet à 60 engagés. Il y a même eu un comité pour sélectionner les dossiers. La nouvelle catégorie Production a beaucoup de succès, avec 14 engagés. Chacun apporte sa pierre à l'édifice. Je ne suis pas le Messie ni l'Évangile : c'est un travail commun, de tous les organisateurs.
MNC : En septembre, vous annonciez chercher à répondre aux attentes des passionnés. Quelles sont-elles ?
C. M. : Je pense qu'il y a plusieurs sujets. D'abord, retrouver des grilles plus importantes, ce qui est le cas : il y a deux ans, on comptait 35 teams permanents, il sont 46 aujourd'hui, donc il y a une évolution de ce côté-là. Après, chaque organisateur, que ce soit le Bol d'Or, Le Mans, Spa ou Suzuka, a la charge de faire évoluer sa structure et son épreuve. L'EMP est là pour les y aider, coordonner un peu tous ces éléments-là, mais chaque organisateur doit faire son job !

MNC : Vous l'avez évoqué, une nouvelle catégorie est apparue l'an dernier : la Production, avec des motos extrêmement proches de la série. Avec l'EWC, le Superstock et l'Experimental, cela fait 4 catégories… et pas un peu trop ? Le public ne va pas s'y perdre, les pilotes peuvent-ils cohabiter ?
C. M. : Il faut que tout le monde puisse participer. L'avantage de la Production, c'est que ça permet aux concessionnaires de pouvoir se réengager dans la compétition, à des coûts économiques raisonnables. Il y a beaucoup d'amateurs, beaucoup de bénévoles en Endurance. Il faut penser à tous ces gens-là ! C'est effectivement assez atypique, il faut faire cohabiter tous ces amateurs avec des teams professionnels comme le SERT, BMW, Honda ou d'autres. Mais c'est important. On voit d'ailleurs qu'il y a beaucoup de marques. Et Ducati, je pense, risque de revenir l'année prochaine. Tout ça est en train d'évoluer. Il faut tenter d'apporter du plaisir aux fans, pour qu'ils puissent s'identifier à différentes marques ou à différentes catégories, et que tout le monde y trouve son compte. Ce qui prime, c'est l'émotion, le plaisir.
MNC : Certains spectateurs sont exaspérés par les rupteurs en pleine nuit. Faut assagir une infime partie du public ?
C. M. : Oui, mais si vous voulez, le problème, ce n'est pas la moto mais la société qui est comme ça, qui est aussi un peu délicate à gérer. C'est un travail de fond, de faire comprendre à ces gens-là qu'ils peuvent s'amuser pendant un certain moment, et qu'il faut peut-être arrêter à minuit pour que tout le monde puisse dormir : les spectateurs, mais aussi les commissaires, les pilotes. Il y a des nuisances pour les riverains et autres, mais aussi pour le monde de la course !

MNC : Vous en parliez brièvement, les constructeurs sont très intéressés par ce championnat puisqu'ils font courir leurs motos de série. MNC est d'ailleurs convaincu que la catégorie Production a du sens puisque les motos qui y roulent sont celles que les spectateurs peuvent s'acheter en concession. Est-ce une piste à développer selon vous ? Est-ce que vous parliez d'évolution du championnat ?
C. M. : Oui, c'est une première étape. Ce qu'il faut savoir, c'est que parmi les actionnaires de EWC Promoter (EMP), il y a le circuit de Suzuka, donc Honda. Cela peut paraître peu important pour les gans, mais c'est essentiel : ces dirigeants veulent développer l'endurance. Nous avions déjà le soutien aussi de Suzuki. Je pense que les constructeurs ont une vision de quelque chose qui est en train de bouger, d'évoluer, et ont donc la volonté de s'inscrire dans ce cadre-là.
MNC : Il y a en revanche un paradoxe au sujet des pneus, quand on sait qu'à chaque épreuve, des milliers de trains de pneus sont utilisés pour une discipline qui se veut "endurante". Cette question aussi mériterait d'être étudiée, non ?
C. M. : La catégorie EWC est multi-marques. Mais aujourd'hui, les motos de Production et Superstock sont chaussées par Dunlop uniquement. Compte-tenu de la la mouvance écologique globale, je pense que tout le monde fait des efforts pour diminuer son impact. Oui, il faut être aussi raisonnable. Mais attention, ce qui impacte le plus l'environnement lors de manifestations comme les nôtres, ce n'est pas la course…

MNC : … ce sont les spectateurs !
C. M. : Oui. Cela veut-il dire qu'un jour, il n'y aura plus de théâtre, plus de football, plus rien ? On ne va pas voir Céline Dion, car c'est fini, le carbone n'est pas bon. À un moment, il faut remettre l'église au milieu du village : dans le sport mécanique (car il y a eu une enquête très sérieuse menée par les fédérations auto et moto là-dessus), la compétition représente environ 5% de la valeur de l'événement. Donc c'est un autre sujet.
MNC : Vous devancez une de nos questions : sachant que le public représentent à peu près 80% des émissions carbone, faut-il s'inspirer de l'épreuve de Berck-sur-Mer, récompensée cet hiver par la Fédération Française de Motocyclisme, parce qu'elle réduisait le coût de la participation aux personnes qui covoituraient par exemple ?
C. M. : ... Mais, je pense que les Français ne sont pas des idiots : quand les gens veulent faire des économies, ils sont capables de s'organiser entre eux. On n'est pas toujours obligé de les inciter. Dans la moto et au-delà, les gens sont responsables. Il faut les considérer comme tel ! Il faut les respecter et ne pas toujours leur tenir la main en disant : "Ah ben oui, baissez votre chauffage parce que vous allez faire des économies" ! Ils savent, en ce moment par exemple, que le carburant est cher. Donc ils lèvent le pied ou n'utilisent pas leur voiture. Je trouve malheureusement, que c'est un manque de respect pour l'être humain.

MNC : Concluons sur le calendrier EWC qui compte quatre épreuves avec les 24 Heures du Mans, les 8 heures de Spa, les 8 Heures de Suzuka et le Bol d'Or. Cherchez-vous à étoffer le championnat, à l'internationaliser comme en 2019 avec l'épreuve de Sepang ?
C. M. : Oui, et non ! Nous allons essayer d'organiser une autre épreuve européenne, car il faut tenir compte de l'économie du plateau. Nous travaillons sur une épreuve européenne, dans un premier temps, de 8 heures d'ailleurs. En effet, il existe un mythe autour des épreuves de 24 heures, mais elles ont aussi un coût . Donc, il faut trouver les bonnes solutions, pour que tout le monde puisse participer.
MNC : Très bien, nous suivrons ça de près. Merci beaucoup !
C. M. : C'est moi qui vous remercie !
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