
Disputée sur le mouillé, voire sous des trombes d'eau, la 47e édition des 8 Heures de Suzuka a été dominée par Honda et son inoxydable Takumi Takahashi. Entre absence forcée de Zarco, podium historique pour BMW et mésaventures tricolores, ce compte-rendu revient sur une course où la météo a eu, comme souvent au Japon, le dernier mot.
La troisième manche du championnat du monde d'Endurance FIM EWC et seule épreuve du calendrier disputée hors d'Europe s'est disputée hier (dimanche 5 juillet 2026) sur l'ondoyant tracé de 5,8 km dessiné en forme de huit : tout un symbole, pour les prestigieuses 8 Heures de Suzuka !
Cette année, l'élite de l'Endurance moto s'est réuni un mois plus tôt au Japon, dans le but de limiter les désagréments météo : pour rappel ou information, l'édition 2025 avait frôlé les 40°C dans un air chargé à 90% d'humidité (!) et les 65°C au sol. Les organisateurs ont évité le sauna... mais pas l'orage, car la pluie s'est invitée dès les essais et n'a plus vraiment lâché le paddock.
Le HRC (Honda Racing Corporation) visait en 2026 un cinquième sacre consécutif à domicile, lui permettant d'égaler sa série de 2010-2014. Mais l'équipe s'est présentée diminuée : Johann Zarco, artisan des deux dernières victoires de la Fireblade n°30, a dû déclarer forfait après sa lourde chute au GP de Catalogne 2026 et de lourdes blessures à la jambe qui ne nécessiteront finalement pas d'opérations, youpi !

Pour pallier cette absence, Honda a convoqué Somkiat Chantra, formant un inédit trio aux côtés de Takumi Takahashi (alors 7x vainqueur à Suzuka) et de Jonathan Rea (7x champion du monde Superbike et 2x victorieux à Suzuka). Attention, "spoiler" : le pilote thaïlandais, ancien pilote Moto2 et MotoGP reconverti en WorldSBK chez Honda, aura eu l'insigne honneur de monter tout en haut du podium... sans avoir bouclé un seul tour en course !
Comme l'an dernier avec notre "Jojo la MotoGP" en effet - et sans Iker Lecuona malheureusement blessé, ni son remplaçant Xavi Vierge privé de compétition pour de mystérieuses raisons procédurales -, Taka' et "Johnny" se sont relayés dimanche à deux sur la CBR1000RR-R d'usine… et sur le mouillé !

Les essais avaient déjà été perturbés par la pluie : en tête de la première phase des qualifs grâce à un excellent chrono de Jonathan Rea (2'04,422, à 132 millièmes de secondes du record absolu de Zarco) enregistré vendredi sur le sec, la Honda d'usine n'a pas eu à se battre pour remporter la pole position !
Le Top 10 Trial du samedi, censé départager les dix équipes les plus rapides, a du être annulé quelques minutes avant son lancement à cause d'une averse, figeant la grille sur les temps de la veille. La BMW Motorrad n°37 héritait ainsi de la deuxième place, devant, autre surprise, la Yamaha privée de l'écurie belge Elf Marc VDS Racing Team/KM99.

Notre ancien "Playboy" des Grand Prix et son équipier - notre compatriote aussi - Florian Marino portaient leur R1 n°99 à une prometteuse troisième place sur la ligne de départ, et se fixaient pour objectif de rallier l'arrivée dans le Top 5 ou 6, le podium semblant hors de portée face au rythme annoncé des équipes officielles, la n°1 championne du monde et la n°21 d'usine en tête, chez Yamaha...

Donné sur piste mouillée, le départ de cette course d'Endurance a de nouveau été marqué par le brillant "holeshot" de Gregg Black, pourtant parti de la huitième position sur la Suzuki Yoshimura SERT Motul ! À l'inverse, la BMW n°37 ratait son envol et se retrouvait quinzième à la fin du premier tour.
Très vite, le local Naomichi Uramoto prenait les commandes de la course à bord de sa BMW n°76 de l'AutoRace Ube Racing Team, et ne cédait les rennes qu'au bout d'une demi-heure au patron de l'épreuve, Takahashi San, sur la Fireblade n°30 du propriétaire du circuit… Honda, oui !

La première heure a été particulièrement cruelle pour les français. Florian Marino a chuté dès les premières minutes dans les Esses, endommageant sérieusement la Yamaha n°99. Randy De Puniet ne repartait qu'après quarante minutes d'arrêt, ruinant tout espoir de - bon - résultat.
Dans le même temps, Mike Di Meglio, au guidon de la Tati Team AVAS Racing, a perdu de l'huile dans le dernier secteur, provoquant une série de chutes chez ses adversaires, notamment les machines n°36 (la R1 pilotée par Lucas Mahias, Loic Arbel et Robin Mulhauser) et n°17 (Fireblade du team Astemo Pro Honda).

À la mi-course, la Honda n°30 demeurait constamment menacée par la BMW n°76 puis par la Yamaha n°21. Sylvain Guintoli, champion du monde Superbike 2014 (sur Aprilia) et d'Endurance 2021 (sur Suzuki), cependant moins véloce que son coéquipier Naomichi Uramoto, cédait la deuxième place à la Yamaha officielle n°21, portée par Jack Miller, Andrea Locatelli et un Katsuyuki Nakasuga qui disputait ses dernières 8Heures de Suzuka !

Chaussées de pneus pluie Bridgestone imbattables sur leurs terres - trop arrosées, ne faudrait-il pas décaler l'épreuve de quelques semaines, hohoho ?! - et moins sollicitées mécaniquement sur le circuit détrempé, les motos de pointe ont livré un balai d'essuie-glace ballet efficace, impressionnant, mais un soupçon ennuyant. D'autant que les cieux ont clos le suspense prématurément...

Une pluie battante tombée dans la dernière demi-heure de course a contraint la direction de course à neutraliser l'épreuve jusqu'au drapeau à damier, figeant définitivement la hiérarchie. Avant cela, la BMW n°76 venait d'être sanctionnée d'un "stop-and-go" de dix secondes pour une infraction au stand, la faisant glisser du podium virtuel jusqu'à la cinquième place finale : une double peine, sportive et météorologique donc, pour notre "Silvan Gunthers" !

Ce rebondissement a bénéficié à une autre BMW, l'officielle n°37 de Marcus Reiterberger, Sheridan Odendaal et Michael van der Mark qui monte sur le tout premier podium de la marque allemande à Suzuka, et plus largement, le tout premier podium d'un constructeur européen sur cette épreuve pourtant disputée depuis 1978 !

Derrière, la YART n°1 s'octroyait la quatrième place et de précieux points pour le championnat du monde qu'elle mène encore ce lundi matin, tandis que la Yoshimura SERT Motul n°12 décrochait une sixième place et 15 points qui lui permettent de pointer à la troisième place du classement provisoire EWC 2026.
Une seconde GSX-R1000R s'est illustré lors de ces 8Heures de Suzuki... Honda, pardon, de Suzuka (!) : la n°0 du Team Suzuki CN Challenge, seule engagée en catégorie Experimental avec un carburant 100% renouvelable, termine à une encourageante septième place.

A contrario, cette 47ème édition s'achève de manière très amère pour l'écurie franco-japonaise FCC TSR Honda France, dont la Fireblade n°5 a connu une mystérieuse panne à mi-parcours, Alan Techer devant pousser la moto jusqu'à son box dont elle n'est ressortie qu'en 39ème position avec 12 tours de retard. Elle se classe à une anonyme 266ème place, au lieu du Top 5 espéré.

Autre déception doublement tricolore (bleu, blanc, rouge, mais aussi noir, jaune, rouge) : les espoirs de l'écurie franco-belge Elf Marc VDS/KM99 ? fondés en qualifications mais littéralement douchés par sa chute matinale. L'équipe "féline", partenaire titre du championnat EWC et tout récemment orpheline, termine 30ème.
L'équipage de la Honda n°30 est le plus heureux de tous : Takahashi San s'offre une huitième victoire à Suzuka, améliorant son record en individuel, un triomphe que le modeste pilote a lui-même relativisé en saluant notamment la vitesse de Rea sur le mouillé. Les deux coéquipiers offrent aussi le cinquième succès de rang à leur employeur : le 32ème pour Honda en tout, en 47 éditions !
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