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REPORTAGE A L'USINE
Paris, le 18 juillet 2008

Reportage à l'usine de Saint-Quentin : de Motobécane à MBK

Reportage à l'usine de Saint-Quentin : de Motobécane à MBK

Les anciens se souviennent de Motobécane et les djeunz roulent en MBK. Leur point commun ? Il s'agit de la même marque, rachetée par Yamaha en 1984 suite à son dépôt de bilan. Qu'en est-il aujourd'hui ? Reportage à l'usine MBK de Saint-Quentin (Aisne).

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De Motobécane à MBK :
repères historiques

A l'origine, en 1923, Motobécane est basée en banlieue parisienne (à Bobigny notamment), mais les locaux deviennent trop petits pour faire face à la demande croissante de mobylettes. La marque connaît son heure de gloire dans les années 60, avec plus d'un million de véhicules par an, 5000 employés sur le site et plus de 1000 concessions en France !

Une nouvelle usine est donc construite à Saint-Quentin (02) entre 1963 et 1968 pour la production de vélos et de mobylettes. La célèbre "Bleue" de Motobécane, dont le dernier exemplaire sortira des chaînes en 2004, devient un best seller, puis l'activité vélo est reprise par deux anciens cadres de MBK qui l'externalisent.

Dans les années 80, Motobécane ne peut faire face à la concurrence italienne et japonaise : les produits deviennent obsolètes, tant techniquement qu'esthétiquement, et l'entreprise dépose le bilan en 1984. Yamaha prend alors des participations en 1985, devient actionnaire principal en 1986 puis rachète entièrement l'entreprise. Motobécane devient "MBK", la contraction de "Motobécane" dans les télex utilisés à cette époque qui paraît soudain lointaine...

MBK devient donc une filiale à 100% de Yamaha Motor Group et les Japonais, "après avoir lancé une étude sur l'image de Motobécane, constatent qu'il s'agissait d'une marque fiable mais vieillotte", résume Michel Pagès, un ancien de Voxan devenu responsable des relations publiques MBK. Un nouveau produit est donc repris en 1990 par MBK avec le Booster, un petit scooter de 50 cc qui cartonne !

C'est triste, mais c'est comme ça : malgré l'explosion des ventes de deux-roues ces dernières années (lire nos Dossiers spéciaux), et après avoir connu son heure de gloire en France jusque dans les années 60, le deux-roues motorisé peine aujourd'hui à s'imposer en France comme une véritable solution de transport individuel, face à une opinion publique aveuglée par le tout sécuritaire...

"Dans les années 60, la Mobylette c'était la Clio d'aujourd'hui", rappelle à juste titre Michel Pagès, responsable de la communication chez MBK. Mais aujourd'hui, quand ce n'est pas une "tribune" nauséabonde dans un "grand" quotidien du soir, c'est une stigmatisation officielle des dangers du deux-roues, et quand ce n'est pas une verbalisation abusive pour stationnement non gênant dans les grandes villes, c'est un refus obstiné de considérer la moto ou le scooter comme d'excellentes alternatives à la circulation urbaine...

Du garde-champêtre aux jeunes urbains...

Il existe pourtant, à deux heures de Paris, un important bassin d'emplois liés directement aux deux-roues motorisés : la ville de Saint-Quentin, dans l'Aisne, où se situe le siège de l'usine MBK (ex-Motobécane, aujourd'hui détenue par Yamaha).

Alors que Voxan n'a pas vendu une seule moto le mois dernier (lire notre Bilan semestriel Moto-Net.Com du 16 juillet 2008), que Peugeot Motocycles, dans le Doubs, peine à arbitrer entre l'augmentation du temps de travail et la délocalisation de certaines activités en Asie, est-il encore possible - et rentable ! - de produire des deux-roues motorisés en France ? Rencontre avec Philippe Bézière, responsable de MBK, lors de notre visite de l'usine de Saint-Quentin.

En quittant l'autoroute en direction de la zone industrielle de Saint-Quentin (02), à deux heures au nord de Paris, le visiteur se retrouve rapidement autour d'un rond-point orné de "statues" pour le moins originales : une mamy qui revient du marché à vélo, un couple de djeunz sur un Booster et un garde-champêtre sur la célébrissime mobylette "Bleue"... Leur point commun ? Motobécane, la marque française devenue MBK suite à son rachat par Yamaha en 1984.

De Motobécane à MBK : le deux-roues a encore un avenir en France !

Au beau milieu des champs de maïs et des éoliennes, le site MBK s'étend sur 340 000 m2 avec quatre bâtiments couvrant au total 141 000 m2. Et le panneau à l'entrée affiche clairement la couleur : "MBK Yamaha Motor Group".

 De Motobécane à MBK : le deux-roues a encore un avenir en France !

Une fois passés les services de sécurité, la visite de l'usine se déroule en compagnie de Michel Pagès et Laurent Duez (relations publiques), Pascal Tivol (vice président manufacturing) et Philippe Bézière (vice-président commercial et responsable de MBK).

Le Bâtiment A - sur les quatre que compte le site de Saint-Quentin - est entièrement consacré à la transformation de la matière première. Pour faire simple : d'un côté on rentre d'immenses rouleaux de métal et autres lingots d'aluminium, et de l'autre il en ressort des cadres, des carters moteurs, des pots ou des guidons... Impressionnant !

Des hommes, des femmes et des robots

Dans le bâtiment consacré à l'assemblage, l'usine de Saint-Quentin compte une ligne de montage pour les scooters 50cc, une pour les gros scooters (125 et 250cc) et une pour les motos (YZX 125R et XT660).

De Motobécane à MBK : le deux-roues a encore un avenir en France !

Dans le bruit et la chaleur, les ouvriers occupent des postes de travail "quasi autonomes", ce qui signifie qu'ils sont directement responsables de leur production.

Et si le "gros oeuvre" est effectué par des robots, les ouvriers - et ouvrières, car l'usine de Saint-Quentin compte aussi pas mal de femmes - doivent en permanence alimenter la machine, effectuer manuellement les points de soudure difficiles d'accès, coller les stickers sur les pièces plastiques, etc.

De Motobécane à MBK : le deux-roues a encore un avenir en France !

Une fois les cadres soudés et montés, ils passent par l'étape impressionnante de la cataphorèse, un procédé proche de l'électrolyse : pendus à une chaîne comme des carcasses de boeufs mécaniques, dans un espace hermétique chauffé à plus de 180°C, ils sont immergés dans une solution de peinture traversée par un courant électrique qui leur donne leur finition noire inoxydable.

MBK : l'anti délocalisation ?


De Motobécane à MBK : le deux-roues a encore un avenir en France !

On n'est pas une usine "tournevis" qui ne ferait que de l'assemblage", précise Philipe Bézière en pointant les dangers des délocalisations : "aujourd'hui, la main d'oeuvre n'est pas le poste le plus important dans le coût d'un produit. La force actuelle de l’euro (taux de change) pousse de nombreuses entreprises à délocaliser mais ce gain, réel aujourd’hui, est un peu artificiel et expose les entreprises qui font ce choix à un risque de retournement de situation (outre la difficulté du contrôle qualité). Une délocalisation de la production en Chine n'est donc pas si intéressante que ça, sauf si on accepte un niveau de qualité inférieur avec des pièces moins bonnes... En outre, notre marché se situe principalement en Europe et je trouve qu'il vaut mieux produire en Europe pour éviter les risques liés aux taux de change, même si la décision de délocaliser ou non appartient au groupe Yamaha".

Ensuite, dans le secteur peinture proprement dite, les conditions de propreté font presque penser à un bloc chirurgical ! Vêtus d'une combinaison blanche de la tête aux pieds, les peintres traquent la moindre particule de poussière... et nous demandent pour cette raison de bien vouloir rester à l'écart !

Au total, près de 200 unités de chaque modèle peuvent être produites chaque jour, mais le rythme varie en fonction des saisons (d'où le recours à des salariés intérimaires). Ainsi, l'usine de Saint-Quentin peut sortir chaque jour jusqu'à 230 YZF125R (lire Essai Moto-Net.Com du 28 février 2008) et autant de XT660 (lire Essai Moto-Net.Com du 21 février 2005).

L'entreprise a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 320 millions d'euros et le compte d'exploitation est "positif depuis 2005", précise Philippe Bézière, vice-président commercial en charge de MBK après avoir débuté chez Sonauto (le premier importateur Yamaha en France) avant d'intégrer Yamaha Motor France comme directeur des ventes, puis Yamaha Europe pendant huit ans.

L'entreprise MBK Industries est dirigée par un président japonais, M. Akira Nishiyama, et cinq vice-présidents français. Elle emploie sur son site de Saint-Quentin près de 800 employés "qui sont aux 35 heures depuis de nombreuses années", note au passage Philippe Bézière.

L'usine fabrique notamment pour Yamaha la XT 660 (versions Trail et Supermotard) et la dernière petite sportive YZF 125 R, ainsi que des moteurs de hors-bord et bien sûr l'intégralité de la gamme MBK : à l'exception des moteurs Minarelli qui proviennent directement d'Italie, tout est donc fabriqué à Saint-Quentin.

Aujourd'hui, MBK réalise l'essentiel de son chiffre d'affaires avec les scooters 50cc (35,4%), les scooters 125 et 250cc (27,4%), les XT660 (12,5%) et les moteurs hors-bord (11,8%).

De Motobécane à MBK : le deux-roues a encore un avenir en France !

La capacité de production de l'usine MBK se répartit de la manière suivante :

  • Entre 50 et 60000 unités pour les scooters 50cc (2007)
  • 17 000 unités pour la Yamaha YZF125R, dont c'est la première année de production mais qui rencontre déjà un excellent succès commercial (lire Moto-Net.Com du 10 juin 2008)
  • 11 000 unités pour la Yamaha XT660 (versions Trail et Supermotard)
  • Plus de 20 000 unités pour les scooters Cityliner et X City 125 et 250cc (2007)
  • Entre 7 et 8000 unités pour les quads (2007) : les machines arrivent du Japon et sont homologuées CE pour la route, avec l'ajout des éléments de sécurité (phares, clignotants, klaxon, etc.)
  • 45 à 60000 unités selon les années pour les moteurs hors-bord

    MBK emploie dans son usine de Saint-Quentin 790 employés en CDI et une centaine d'intérimaires selon les saisons, ce qui en fait le plus gros employeur privé du département de l'Aisne.

    Standards de qualité japonais

    L'activité de MBK est principalement tournée vers l'export, puisque les Yamaha fabriquées à Saint-Quentin sont livrées à Yamaha Motor Europe (export) qui les revend ensuite à ses distributeurs nationaux, dont Yamaha Motor France (import). "On pourrait s'appeler Yamaha, car nous sommes une filiale à 100% de Yamaha Motor Group, mais culturellement les gens sont très attachés à MBK, anciennement Motobécane", rappelle Michel Pagès.

     De Motobécane à MBK : le deux-roues a encore un avenir en France !

    Pour garantir les impératifs de qualité, des inspections régulières de responsables japonais ont lieu à Saint-Quentin, comme dans toutes les usines Yamaha du monde : parmi les onze japonais salariés à plein temps dans l'usine de Saint-Quentin, la plupart sont affectés au contrôle qualité.

    L'usine MBK de Saint-Quentin a ainsi bénéficié d'une notation de 4,5 (sur 5) par rapport aux standards de qualité japonais Yamaha, particulièrement sévères. Autant dire qu'on est tout proche de la perfection si chère à l'Empire du Soleil levant !

    "Cette notation prouve que l'usine est pérenne, elle nous enlève des freins en termes de développement", indiquent les responsables. L'usine de Saint-Quentin ayant désormais prouvé qu'elle pouvait parfaitement assurer la fabrication de la XT660 et de la YZF125R aux standards de qualité japonais, d'autres modèles emblématiques pourraient être prévus prochainement... mais il est encore trop tôt pour révéler lesquels. Restez connectés !

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