Après la forte mobilisation contre la circulaire Olin et l'arrêt du Conseil d'Etat, le temps est venu des négociations dans les départements. Et malgré les bonnes volontés de part et d'autre, le terrain peut s'avérer miné. Exemple en Seine-et-Marne (77).
Après la forte mobilisation contre la circulaire Olin et l'arrêt du Conseil d'Etat, voici venu le temps des négociations dans les départements. Proche de Paris, la Seine-et-Marne (77) fait partie des quatre départements ayant entamé la mise en place des Plans départementaux, sites et itinéraires relatifs aux sports de nature (PDESI), avec en point de mire les très controversés PDIRM. Et malgré les bonnes volontés de part et d'autre, le terrain peut s'avérer miné...
Si la notion de "carrossabilité", apparue dans la circulaire d'application Olin, a bien été mise à mal par l'arrêté du Conseil d'Etat de janvier 2007 (lire Moto-Net.Com du 12 janvier 2007), les motards verts, quadeurs ou autres randonneurs en 4x4 sont pourtant loin de pouvoir crier victoire. Le processus engagé pour contrôler la pratique des sports motorisés en milieu naturel suit son cours et s'organise.
De la "carrossabilité" au "parcage"... |
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Quatre départements ont mis en place leur Commission départementale des espaces, sites et itinéraires (CDESI) relatifs aux sports de nature : le Bas-Rhin (67), l'Aube (10), la Drôme (26) et la Seine-et-Marne (77).
Ces CDESI ont pour mission l'établissement de "Plans départementaux, sites et itinéraires relatifs aux sports de nature" (PDESI) afin de permettre - en théorie - la pratique des activités de nature, dans une logique de pérennité pour l'activité, de respect de l'environnement et de développement durable.
Représentants de l'Etat, collectivités locales, fédérations sportives, professionnels, comité olympique et associations de protection de l'environnement se réunissent ainsi autour de la table. Avec un objectif : créer des PDIPR (itinéraires de promenade et de randonnée) et des PDIRM (itinéraires de randonnée motorisée), dont le but est de régler les conflits d'usage.
La Seine-et-Marne, en région parisienne, représente un enjeu particulier de par ses caractéristiques : il s'agit d'un département très rural mais avec des secteurs à forte urbanisation, touristique et proche de Paris, qui fait partie des poumons verts de la région parisienne. Immanquablement, l'avancement des travaux et les résultats obtenus par la CDESI susciteront donc une attention particulière de la part des autres régions et des pouvoirs publics.
Les pratiquants de sports motorisés sont représentés par Stéphane Courvoisier (délégué du Collectif de défense des loisirs verts Codever), Jacques Bolle (numéro 2 de la Fédération française de motocyclisme et président de la Ligue motocycliste d'Ile de France), de professionnels du quad et d'associations de randonneurs en 4x4.
Les différents défenseurs des pratiques motorisées ont donc accepté de participer au CDESI dans un esprit positif et constructif. Ainsi, interrogé par Moto-Net.Com, Jacques Bolle nous a indiqué qu'il avait constaté de la part de l'institution une volonté "de dialogue et d'ouverture".
Le Conseil général de Seine-et-Marne a par ailleurs confié à Julien Girinon la tâche d'assister la commission dans ses travaux. "Cette commission a pour but trouver des solutions pour préserver les sites naturels et respecter la propriété, tout en considérant la demande sociale de pratique sportive", explique-t-il à Moto-Net.Com.
Pourtant, la deuxième réunion du CDESI a mis en évidence une importante divergence dans la façon de concevoir les PDIRM (Plans départementaux des itinéraires de randonnées motorisées) et les PDIPR (Plans départementaux de promenades et de randonnées). Plus grave, le président de la commission Jean Dey, élu "Vert" et vice président du Conseil général, s'est montré particulièrement agressif et irrespectueux envers le représentant de la FFM, Jacques Bolle, qui a carrément préféré quitter la réunion !
A l'origine de l'incident, une divergence d'opinion à propos de la méthode d'attribution de ces itinéraires entre randonnée pédestre et randonnée motorisée, le président souhaitant "affecter" d'office tous les chemins "labellisés" à la randonnée pédestre (reconnaissance d'itinéraires par des conventions passées entre les Conseils généraux et les Comités départementaux de randonnée pédestre). Concevoir les PDESI comme un "gâteau à se partager" aboutirait à l'inverse des objectifs officiels des CDESI et au "parcage" des randonneurs motorisés. Ainsi, le risque devient grand de voir interdire toute activité motorisée sur les parcours non prévus en PDIRM, et donc de perdre l'accès aux chemins ruraux (dits chemins communaux) sur lesquels s'exerce pourtant le droit de circuler pour tous.
La position du Codever est claire : "nous ne pouvons pas accepter que la mise en place de PDIRM soit un argument pour fermer les autres chemins", explique ainsi Charles Péot, son porte-parole. Pourtant, l'idée "chacun son chemin" exprimée par Nelly Olin fait échos chez les détracteurs des pratiques sportives tout terrain (voir encadré)...
En Seine-et-Marne, les représentants des sports motorisés, qui ne veulent pas rentrer dans un schéma conflictuel, ont besoin d'éléments objectifs d'évaluation des pratiques motorisés pour étayer leurs arguments. Un questionnaire, réalisé par le groupe de travail "sports motorisés" du CDESI a donc été diffusé à l'attention de tous les pratiquants locaux.
Le questionnaire est disponible sur le site du Conseil général de Seine-et-Marne : www.seine-et-marne.fr) à la rubrique loisirs actualité. Car les amateurs de TT ont tout intérêt à montrer leur implication et leur sens des responsabilités dans leur pratique, qu'ils soient adhérents à une fédération ou pratiquants "libres".
Parallèlement à l'activation de la CDESI qui est un outil de concertation, une opération de répression d'envergure a été menée le 24 juin sur la commune de Thorigny-sur-Marne, dans la forêt des Vallières. Si l'interdiction du site classé Natura 2000 est indiscutable, ce type d'opération intitulée "Opération anti-quads dans la forêt des Vallières" par nos confrères du Parisien peut susciter quelques interrogations quant à la position exacte du Conseil général et à l'influence des représentants des partis écologistes...
Selon Le Parisien, parmi les jeunes gens verbalisés, la plupart ne comprenaient pas vraiment pourquoi. Cet événement met le doigt sur l'autre problématique de la pratique de sports motorisés : l'information et l'éducation. Le Codever, qui fut le premier à éditer une charte de comportements envers les autres usagers, a publié un guide expliquant ce qui est autorisé ou non. Il considère que "les PDIRM ne seront jamais une réponse aux problèmes de voisinage ou de comportement".
En réponse aux écarts de comportements qui n'ont pour effet que d'exacerber l'agressivité de ses détracteurs, le Collectif de défense des loisirs verts veut développer sa politique du "maillage" : sur le principe du volontariat, une personne reconnue par le Codever est présentée aux élus locaux en tant que médiateur en cas de problème de cohabitation rencontré entre les habitants et les randonneurs motorisés.
Déjà expérimentée en Auvergne, cette méthode a l'avantage de créer le dialogue et d'éviter les débordements qui ont parfois des conséquences dramatiques, comme le fait de piéger les chemins avec des barbelés entravant le passage à hauteur d'homme...
Après l'effervescence des manifestations de 2005 et de 2006, puis l'arrêt du Conseil d'Etat, la mobilisation des pratiquants est retombée. Pourtant, le droit de circuler pour les motos, les 4x4, les quads, les VTT et les chevaux peut encore être remis en question...
L'avenir des pratiques tout-terrain se joue désormais dans les départements, par la voie de la négociation. Mais la décentralisation a un effet démobilisateur des énergies et peut favoriser les décisions arbitraires. Le Codever et les fédérations sportives ont donc besoin de garder leurs troupes en état de veille...
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