
C'est en 2012 qu'Audi, filiale de Volkswagen, est passé au guidon de Ducati. Quatorze ans plus tard, la marque de Borgo Panigale est à nouveau au cœur des spéculations : sur fond de restructuration financière, le géant allemand envisage de se séparer de sa pépite italienne. Explications.
Le 18 avril 2012, Audi scellait l’acquisition de Ducati Motor Holding S.p.A. pour un montant estimé à 860 millions d’euros, incluant la reprise de dettes à hauteur de 200 millions. Cette opération, finalisée le 19 juillet 2012 après l’aval des autorités de concurrence, marquait l’entrée de la marque italienne dans le giron du colossal groupe Volkswagen.
Les allemands voyaient alors en Ducati un laboratoire d’innovations technologiques, capable d’enrichir leur ADN sportif et premium grâce au savoir-faire transalpin en matière de moteurs performants et de construction légère. À l’époque, les syndicats d’Audi avaient soutenu cette acquisition, y voyant une opportunité de croissance durable.

Sous l’ère Volkswagen, Ducati a connu une métamorphose radicale, tant technologique que commerciale. La marque, réputée pour ses bicylindres en V, son charme à l'italienne - capricieuse, dites-vous ? - et son palmarès en compétition, a non seulement préservé son identité, mais l’a aussi révolutionnée en recevant une savante dose de rigueur toute germanique.
L’arrivée du V4 Desmosedici Stradale en 2018 a marqué un tournant. Ducati a même osé abandonner, sur certains modèles comme le V4 Granturismo, la distribution desmodromique - une signature historique de la marque depuis 1956 - au profit de ressorts conventionnels, moins coûteux mais très efficaces. Autres modifications marquantes : l'arrêt du bon vieux cadre treillis en tubes d'acier et la disparition du monobras oscillant. "Mamma mia !"

Ces évolutions, couplées à une gamme élargie (Monster et Panigale bien sûr, trails Multistrada et DesertX, customs Diavel, petits Scrambler, motos électriques de GP, et même tout-terrain tout récemment), ont permis à Ducati de dépasser le milliard d’euros de chiffre d’affaires pendant trois exercices consécutifs, avant de stabiliser ses ventes autour de 925 millions en 2025, tout en restant l’un des constructeurs motocyclistes les plus rentables au monde.
Claudio Domenicali, son charismatique président directeur général, martèle fréquemment que "sa" compagnie centenaire n’a nul besoin du soutien de la maison mère car elle est intégralement autosuffisante. Un argument de poids dans le débat actuel : VW pourrait céder sa branche deux-roues…

Dès 2017, les premières rumeurs de cession avaient émergé. À l’époque, plusieurs noms avaient circulé pour reprendre Ducati, dont Harley-Davidson et KTM. Ironie de l’histoire : ces deux constructeurs, qui semblaient les plus sérieux, traversent aujourd’hui des crises financières majeures.
Harley-Davidson, avec un chiffre d’affaires en chute de -28% et des pertes de 279 millions de dollars au dernier trimestre 2025, s'est éloigné de son unité électrique LiveWire et annonce une "année de transition" en 2026. Quant à au groupe autrichien KTM, il ne doit son salut qu'à son partenaire indien Bajaj qui finance généreusement son plan de sauvetage.

Volkswagen, notamment confronté au "dieselgate", avait alors sérieusement étudié la possibilité de se séparer de Ducati, avant de faire marche arrière sous la pression des syndicats et face à l’absence de repreneur idéal. Ces spéculations, relancées l'été suivant comme une saga récurrente, avaient alimenté les colonnes de MNC.
En 2026, le contexte est bien plus tendu. La restructuration du groupe allemand s’accélère, avec jusqu’à 100 000 suppressions d’emplois annoncées et une chute de -33% des bénéfices au deuxième trimestre 2025. Porsche, autre fleuron du pôle premium, est lui-même dans la tourmente : chute libre de sa rentabilité opérationnelle, effondrement des marges, et suppression prévue de 5000 postes d'ici 2025. Gloups.

Les coûts - et mauvais coups - de l’électrification, la guerre commerciale sino-américaine et la concurrence acharnée des constructeurs automobile pèsent lourd dans la balance. Dans ce contexte, Ducati, bien que florissante, pourrait devenir un levier financier pour Volkswagen. Selon le Financial Times, des conseillers du groupe poussent pour une cession, non par manque de performance de la marque, mais pour dégager des liquidités, jusqu’à 10 milliards d’euros, selon certaines estimations.
Ducati reste néanmoins un actif stratégique dans le portefeuille du groupe, aux côtés de Lamborghini et de Porsche qui demeure malgré ses récentes difficultés, un pilier historique qui vient d'établir un nombre record de ventes de 911 en 2025. Conserver la firme de Bologne au sein de cette entité permettrait de maintenir une cohérence et des synergies entre marques haut de gamme VW.

Le 9 juillet 2026, le conseil de surveillance de Volkswagen a examiné la question sans donner son aval : aucune décision officielle n’a été validée, les familles Porsche et Piëch (majoritaires) ainsi que les représentants du personnel y étant opposés. La décision a été reportée à l’automne, le temps que les dirigeants finalisent leur arbitrage.
Une chose est sûre : Ducati n’a plus besoin de Volkswagen pour vivre. Et inversement ? La marque italienne, avec ses V4 - et V2 ! -, ses audacieuses innovations, sa domination insolente (en WorldSBK et MotoGP) et sa rentabilité attrayante, représente un atout majeur dans le jeu de VW. Elle reste aussi une variable d’ajustement dans l’équation financière du colosse allemand aux quatre-roues... d'argile ?
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