
Rouler à moto coûte de plus en plus cher à assurer : +6% en moyenne (2026 Vs 2025) et jusqu'à +8,5% pour les 125cc en ville. Vol, accrochages, pièces plus chères : Paul, cofondateur de jemassuremoinscher.fr, décortique pour MNC les raisons de ces hausses et les leviers (antivol, traceur, box) pour faire baisser la facture. Interview.
Un an après le passage à la norme Euro5+, qui avait - mécaniquement - plombé les ventes de 125cc en 2025, le marché français des petites cylindrées redémarre : +14,5% sur le premier semestre 2026, il frôle ainsi les 28 000 immatriculations. Honda garde la tête, Peugeot bondit de +78,5% grâce à son Pulsion Evo, Zontes détrône Piaggio du podium, et le duo Forza/Xmax continue de dominer les ventes des scooters citadins les plus prisés...
Ce rebond profite aussi aux petites motos : les "mini" CB-R et CB-F, XSR et MT, et autres modèles néo-rétros sont la porte d'entrée vers le monde de la moto. Mais ce succès a un revers : plus de 125cc en circulation en ville, c'est aussi plus de sinistres, de vols et donc... plus de pression sur les primes d'assurance.
Selon le baromètre LeLynx.fr, la prime moto moyenne grimpe de +6% en un an, à 634 euros, poussant près d'un tiers des motards vers la formule minimaliste au tiers (394 euros), quand le tous-risques (800 euros) recule. Les écarts se creusent aussi selon l'âge (996 euros sous 25 ans contre 331 euros après 66 ans) et la région : jusqu'à +66% en Île-de-France qu'en Bourgogne-Franche-Comté. Et en ville, les 125cc n'échappent pas à la règle.
Autre fléau : le vol. Scooters et 125cc trustent le haut des classements des deux-roues les plus dérobés en France, avec le PCX, le Forza ou le Xmax en tête de liste chaque année. Face à cette exposition, antivols homologués, traceurs GPS et stationnement sécurisé deviennent des réflexes... et des arguments tarifaires. Paul, cofondateur de jemassuremoinscher.fr, détaille tout ça à Moto-Net.Com et ses Moto-Nautes !
Moto-Net.Com : Pouvez-vous chiffrer la hausse moyenne des primes en 2026 , plus spectaculaire chez les 125cc en ville ?
Paul, cofondateur de jemassuremoinscher.fr : Sur la ville et le segment 125cc, on tourne entre +6% et +8,5% cette année. On est légèrement au-dessus du reste du marché deux-roues (+6,2%).
MNC : Est-elle soudaine, ou s'inscrit-elle sur une tendance de long terme ?
P. : Ce n'est pas un coup de bambou soudain, mais plutôt la suite d'une dynamique globale qu'on subit depuis un moment avec la hausse du coût des pièces et des indemnités corporelles.
MNC : Cette hausse est-elle uniforme en France, ou plus sensible dans certaines zones ?
P. : Pas du tout, ça augmente surtout dans les grandes métropoles. À la campagne, ça monte beaucoup plus lentement. Pour un même conducteur, l'écart de tarif entre un village et une grande ville dépasse facilement les 50%.

MNC : Les primes des 125cc en zones rurales augmentent dans quelle mesure ?
P. : En zone rurale, la hausse tourne plutôt autour de +3% à +4%. C'est logique car il y a beaucoup moins de trafic, beaucoup moins d'accrochages au kilomètre et le risque de vol y est nettement plus faible.
MNC : Qu'en est-il des primes pour les motos de plus grosses cylindrées, les maxiscooters, les autos ? Les 125cc sont-elles devenues un segment à risque particulier ?
P. : Oui, clairement. Les autos ou les grosses motos augmentent un peu moins vite, autour de +5%. Le 125 urbain cumule deux gros points noirs : des petits accrochages très fréquents en ville et un niveau de vol qui reste totalement disproportionné par rapport aux gros cubes.
MNC : Quels sont les principaux motifs de sinistres pour les 125cc en ville ? Leur fréquence a-t-elle explosé ?
P. : Le vol reste la hantise numéro un sur les best-sellers (PCX, Forza, Xmax, et scooters électriques maintenant), combiné aux accrochages classiques du quotidien (refus de priorité, changements de file, etc). Ce qui fait mal aujourd'hui, c'est le prix des réparations : la moindre optique LED, les écrans TFT ou les capteurs font grimper l'addition dès qu'il y a un choc à l'avant.
MNC : Les accidents impliquant des 125cc sont-ils plus fréquents, ou plus coûteux (ex. blessures graves, dommages à tiers) ?
P. : Les deux se cumulent. La fréquence reste élevée à cause du trafic urbain dense et des refus de priorité. Mais c'est surtout le coût des indemnités corporelles qui pèse lourd dans la balance : le conducteur d'un deux-roues n'a pas de carrosserie, donc le moindre choc avec un tiers se traduit rapidement par des soins lourds et des arrêts de travail coûteux.
MNC : Est-ce aussi leur coût de remplacement (pièces, main d'œuvre) qui a grimpé ?
P. : Absolument. Les prix des pièces détachées et le taux horaire de main-d'œuvre en atelier ont pris une vraie claque avec l'inflation (encore plus en zone urbaine). Sur les 125cc récents (thermiques ou électriques), la technologie embarquée fait qu'un simple choc avant qui semblait anodin coûte aujourd'hui très cher à réparer.
MNC : Observez-vous une corrélation entre la hausse des primes et l'âge moyen des assurés 125cc (ex. rajeunissement = plus de risques) ? Le kilométrage annuel (ex. livraisons rapides = usure accélérée) ? Le type d'usage (loisir vs. professionnel) ?
P. : Côté profils, la passerelle permis B avec la formation de 7h amène beaucoup de conducteurs qui manquent de "métier" au début, d'où une sinistralité plus forte les deux premières années. Concernant la livraison rapide, le risque est tel que ça ne passe pas dans les contrats classiques : ça demande des offres pro dédiées ou c'est carrément exclu.
MNC : Avez-vous constaté une baisse du nombre d'assurés 125cc en ville depuis 2026 ? Si oui, de quel ordre ?
P. : On observe un léger effritement du parc assuré en centre-ville, de l'ordre de -2% à -4%. C'est le résultat combiné de la hausse des coûts, des contraintes de circulation en ville et du report d'une partie des usagers vers d'autres moyens de locomotion.

MNC : Certains assurés se tournent-ils vers les alternatives vélos, trottinettes, 2-roues électriques, auto, transports en commun ?
P. : Il y a une vraie bascule vers l'électrique, que ce soit le vélo (VAE) ou les équivalents 125cc électriques, perçus comme plus rentables à l'usage. En revanche, la tension sur les budgets pousse aussi certains usagers à basculer sur des garanties minimales au Tiers, voire à rouler sans assurance, ce qui pose un vrai problème (légal et financiers pour eux en cas d'accident).
MNC : La hausse des primes a-t-elle entraîné une augmentation des non-assurés ?
P. : C'est un vrai sujet de préoccupation. Plus que le roulage totalement sans assurance, on voit surtout des assurés qui "dégradent" leur contrat pour faire baisser la note : ils passent d'un Tout Risques à un Tiers simple en supprimant la garantie vol. Résultat, ils se retrouvent très mal couverts au moindre sujet.
MNC : Quelle sont les réductions moyennes de prime pour un assuré 125cc qui installe un antivol homologué ? Un traceur GPS ? Un stationnement en box fermé ?
P. : Mettre sa moto dans un garage fermé fait baisser la cotisation vol de 15% à 30%. Un antivol SRA baisse généralement 5% à 10%, et un traceur GPS homologué fait gagner 10% à 20% tout en divisant la franchise vol par deux.
MNC : Ces réductions compensent-elles la hausse de 2026, ou ne font-elles que limiter la casse ?
P. : Largement. En cumulant les bons réflexes, on neutralise complètement l'augmentation 2026. Un bon antivol SRA est amorti en moins d'un an, et le traceur GPS se rentabilise en 12 à 18 mois. D'autant plus qu'un deux-roues tracé est retrouvé dans 80% des cas sous 48h.
MNC : Avez-vous des données prouvant que ces leviers réduisent effectivement la sinistralité ?
P. : Oui, les chiffres du secteur le prouvent très bien. Par exemple, pour le vol, un véhicule équipé d'un traceur GPS est souvent retrouvé, ce qui évite le remboursement complet du véhicule. De même, l'usage d'un box fermé réduit le risque de vol nocturne de près de 70% par rapport à un stationnement sur la voie publique.
MNC : En combien de temps le coût d'un antivol homologué et/ou traceur est-il rentabilisé grâce aux économies sur la prime ?
P. : Pour un antivol homologué SRA (qui coûte entre 60 et 100 euros), c'est rentabilisé dès la première année grâce à la remise sur la cotisation. Pour un traceur GPS (comptez environ 150 euros plus l'abonnement), le calcul est amorti en 12 à 18 mois, d'autant que certains contrats divisent la franchise par deux en cas de vol si le boîtier était actif.
MNC : Certains leviers sont-ils obligatoires pour souscrire chez vous en ville ?
P. : En métropole, l'antivol certifié SRA est quasiment devenu la norme minimale pour être couvert contre le vol. Et dans des zones très chaudes comme Paris ou Marseille, la souscription Tous Risques sur les modèles les plus prisés peut être conditionnée à la possession d'un parking fermé.
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