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DEBAT
Paris, le 1er mars 2004

Lettre ouverte aux ministres concernés...

Lettre ouverte aux ministres concernés...

Pierre, 53 ans, nous envoie une lettre ouverte aux ministres concernés par la sécurité des motards : l'occasion d'ouvrir un débat - qu'on espère constructif - sur les spécificités de la conduite moto, basée principalement sur la sécurité active.

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Pierre, 53 ans, roule par tous les temps sur sa BMW K 1200 LT. Dans une "lettre ouverte aux ministres concernés", cet imprimeur lyonnais nous fait part de son "coup de blues" face au récent durcissement de la répression à l'encontre de la vitesse, qu'il estime inadapté à la conduite d'une moto.

Parallèlement à son courrier, Moto-Net a recueilli l'avis de plusieurs personnalités sur le délicat sujet des limitations de vitesse : compte tenu des spécificités de la conduite moto, ne pourrait-on pas imaginer une limitation de vitesse supérieure à celle des voitures ? Et vous, qu'en pensez-vous ?

Bonjour,

Vieux motard de la région lyonnaise, je roule été comme hiver, tous les jours ou presque depuis plus de trente ans, moitié ville, moitié campagne, sans aucun accident en tort.

Vu mon âge et mon antériorité, vous comprendrez qu'en vieux moustachu devenu madré par la force des choses, j'ai passé l'âge de la poignée dans le coin. Je ne suis pas pour les très hautes vitesses et suis favorable à la limitation à 50 km/h en ville.

Ceci étant posé, comme tous les motards, je déplore l'ineptie rigide de la chasse à la vitesse auprès des deux roues. Toutefois, en allant au fond de ma réflexion, je ne partage qu'à moitié les bonnes raisons invoquées pour mieux dénigrer les radars. Tout simplement parce que si le motard ressent instinctivement la perversité de la chose, il la dénonce souvent avec maladresse. Atteinte à la liberté et autres fadaises laissent de marbre le politique persuadé de l'omnipotence de son savoir naturellement pluridisciplinaire.

Alors, appuyons plutôt là où çà fait mal, messieurs les ministres concernés !

Cas n°1 : vous circulez tous les jours sur une 3 voies à sens unique (autoroute, périphérique, etc.) limitée à 90 km/h.

  • Que se passe-t-il en poids lourd ?
    Rien de neuf sous le soleil, ça fait belle lurette que de nombreux poids lourds sont limités à 80 ou 90 km/h.
  • Que se passe-t-il en voiture ?
    Respectueux de la loi, vous vous retrouvez à 90 km/h sur la voie de droite, au milieu des semi-remorques qui vous talonnent. Pas très agréable, on se sent petit, mais en avalant sa salive on positive.
  • Que se passe-t-il à moto ?
    Comme en voiture, vous vous retrouvez sur la voie de droite. Vous êtes obligés de baisser très souvent le nez dans vos compteurs (plus bas qu'en voiture par rapport aux yeux). Durant ce laps de temps, votre visibilité vers l'avant se réduit à quelques mètres : génial pour un véhicule qui n'a pas de sécurité passive, mais seulement une sécurité active... En outre, vous êtes presque tout le temps talonné par les 38 tonnes. Pas plus tard que le 25 février, un routier espagnol à 2 mètres de ma plaque d'immatriculation me faisait des appels de phare : génial pour un véhicule qui n'a pas de sécurité passive, mais seulement une sécurité active... Confiné sur la voie de droite, vous subissez non seulement ceux qui vous collent le train et ceux qui, depuis la file de gauche, changent brutalement de file la plupart du temps sans prévenir, mais également ceux venant des bretelles d'accès, qui s'insinuent souvent en force par votre droite. Et lorsque cette tenaille se referme, on vous a coupé les ailes : interdiction de s'en sortir ! En d'autres termes, vous n'avez plus la main et ne devez votre survie qu'à la chance ou parfois la compassion des plus lourds que vous. Génial pour un véhicule qui n'a pas de sécurité passive, mais seulement une sécurité active...

La solution, c'est celle de la sagesse : laissez-nous rouler en adaptant notre vitesse !

Dans ce cas, être sur la file de gauche avec la possibilité de pointes de 10 ou 20 km/h au dessus de la vitesse moyenne observée autour de soi, permet de se sortir de situations potentiellement dangereuses. Je vous vois venir, mais sachez que freiner et ralentir est souvent le meilleur moyen de s'en prendre un dans le derrière, et ça fait très mal !

Règle n°1, donc : un véhicule qui n'a pas de sécurité passive mais seulement une sécurité active doit pouvoir adapter sa vitesse en fonction des vitesses environnantes et non pas en fonction d'un radar ou d'un poteau monolithique.

Cas n° 2 : sur le même périphérique ou autoroute à 3 voies en sens unique, un semi-remorque "musarde" à 75 km/h. Attention, 9 fois sur 10 c'est qu'il est paumé et qu'il va vous faire une connerie !

  • Option n°1 : vous restez derrière, mais le courant d'air vous secoue comme un prunier et sa remorque vous bouche toute visibilité. Et s'il pleut, je ne vous parle même pas de la visibilité avec ce qu'il pulvérise. Rappel : vous n'avez pas de sécurité passive mais seulement une sécurité active !
  • Option 2 : vous doublez avec à peine 15 km/h de différence (75+15 = 90). Le souffle du camion qui vous repoussait à l'extérieur, vous obligeant à contrer, se met une fois arrivé à hauteur de ses roues arrière à vous aspirer. Et ça dure, ça dure... une éternité ! Génial pour un véhicule qui n'a pas de sécurité passive mais seulement une sécurité active : on nous oblige à faire durer le danger !

Et des cas concrets comme ça, il y a de quoi en remplir un roman.

La loi, c'est la loi, nous sommes tous d'accord. Mais une loi qui va à l'encontre de la sécurité vitale du citoyen est-elle en accord avec la Constitution et les droits de l'homme ?

Comment peut-on défendre une loi qui met dans le même panier les extrémités des usagers de la route, avec la même vitesse limite pour un 30 tonnes que pour une moto ?

Avant de pondre une loi, il faut définir les niveaux de la dangerosité : combien de motards ont tué des familles complètes qui arrivaient en face, ces dix dernières années ? Combien de familles ont-elles été éradiquées par des automobilistes incompétents ces dix dernières années ? Le motard chauffard paie comptant et vous l'y aidez avec vos milliers de kilomètres de barrières de sécurité inadaptées et vos bandes blanches glissantes comme le verglas. L'automobiliste ou le camionneur chauffards tuent les autres et souvent plus d'un à la fois.

Dans quels véhicules le conducteur a-t-il la plus grande responsabilité vis-à-vis des tiers qui n'y sont pour rien ? Et pourtant, quels sont les seuls véhicules déjà limités en puissance ?

Ne parlons pas des capacités, bon nombre de conducteurs de voiture ne feraient pas 1 km en moto sans se tuer (si ce n'est vous bien sûr, regardez un peu dans votre entourage).

Cette rigide législation, que j'approuve lorsque je suis au volant de ma voiture, me laisse un arrière goût de bâclé et de mal ficelé lorsque je suis au guidon de ma moto. Jusque-là, comme beaucoup d'autres choses ubuesques, ça pouvait prêter à rire. Le problème, c'est que mon sens de l'humour n'a de limite que mon amour de la vie...

Je vis presque quotidiennement l'aspect rigide, pervers et dangereux que prend, dans certains cas, la loi sur la limitation de vitesse, ce qui est un comble révoltant pour une loi sensée protéger le citoyen. Une bonne loi, pavée de bonnes intentions, peut devenir meurtrière lorsque la lettre prime sur la logique de la multiplicité des cas non envisagés. En conclusion, pour les motos, la copie est à revoir sans appel.

Pierre, 53 ans, Lyon

Partant du constat que la vitesse limite des voitures est supérieure à celle des camions, Moto-Net a donc demandé à différentes personnalités du monde de la moto si on ne pourrait pas imaginer pour les motos une vitesse limite légèrement supérieure à celle des voitures. Or, selon les différents témoignages recueillis, la nécessité de prendre en compte les spécificités de la moto est loin d'être partagée par tout le monde !

Chez les constructeurs, le moins qu'on puisse dire est qu'on ne se bouscule pas pour répondre à la question. Seul Honda accepte de prendre position, estimant que "la loi est la même pour tout le monde, pourquoi les motos devraient-elles être traitées différemment ? Ce n'est pas le moment de nous faire remarquer ! Si la moto pouvait s'intégrer normalement dans la circulation, comme en Italie, on aurait déjà fait un grand pas. Aujourd'hui, avec de plus en plus de gens qui s'orientent vers le deux-roues, la moto a la possibilité de s'intégrer. Ne ratons pas cette chance en criant au loup et en applaudissant ceux qui détruisent les radars !"

Du côté des autorités, tout aménagement du code de la route pour prendre en compte les spécificités de la moto est condamné sans appel.

Silence radio au ministère de l'intérieur et incompréhension totale chez son confrère des transports : "c'est quoi encore cette question !?". L'unique réponse émane du délégué interministériel à la sécurité routière, Rémy Heitz, qui n'a pas évolué depuis son petit tour à moto avec Moto Journal (lire Moto-Net du 21 mai 2003 et du 17 juillet 2003) et continue aujourd'hui à écarter catégoriquement l'idée d'une vitesse limite légèrement plus élevée pour les motos : "cela paraît très difficilement envisageable, car si par rapport aux voitures, les motos présentent un gabarit plus réduit, le risque lié à la conduite d'une moto est lui beaucoup plus important. Le conducteur d'un deux roues est de ce fait très vulnérable. Quoiqu'il en soit, cette question ne peut aujourd'hui être valablement examinée, compte tenu du taux moyen de dépassement des vitesses par les motocyclistes, qui est très élevé et supérieur à celui des autres usagers de la route. Avant de changer la règle, il faut d'abord faire respecter celle qui existe !".

Côté FFMC, on estime qu'il faut "aller plus loin dans la réflexion, au-delà des simples limitations de vitesse, car le problème n'est pas de respecter ou non la vitesse mais plutôt de s'adapter à la situation. C'est pour cette raison que la FFMC ne revendique en aucun cas la vitesse libre, mais demande que les limitations soient pensées en fonction de la dangerosité de la route. Nous sommes pour une politique qui fait appel à la responsabilisation des usagers et non à des limitations arbitraires et hypocrites. Si les conditions de circulations sont bonnes (densité), la visibilité et le temps également, rouler plus vite ne devrait pas poser de problème. Cela passe évidemment par une meilleure formation à la maîtrise du véhicule, aux risques de la route ainsi que l’adaptation des infrastructures à la problématique deux-roues . Un simple rappel évident : à 80 km/h, aucun corps humain ne réchappe d'un accident, même protégé dans une automobile bourré d'airbags..."

"En ville, personne ne remet en cause la limitation de 50 km/h, étant donné qu'on doit adapter sa vitesse aux plus fragiles (piétons, cyclistes...). Mais sur le reste du réseau, il y a beaucoup à dire", poursuit Frédéric Brozdziak, porte-parole de la Fédération française des motards en colère : "Rouler à 90 km/h sur une nationale, les uns derrières les autres, sans respecter les distances de sécurité, revient à être plus dangereux que de rouler à 100 km/h quand il n'y a personne ! En analysant les accidents tels qu'ils se produisent généralement sur la route, on s'aperçoit qu’ils ont lieu principalement en intersection ou en frontal (face à face). Sur autoroute, on roule dans le même sens et on est protégé des véhicules roulant en sens inverse. Ce qui élimine pratiquement l'ensemble des accidents. Restent ceux qui sont dus à la faute de conduite et la fatigue. Si l'on prend l'exemple allemand, avec son réseau d'autoroutes à vitesse libre, on s'aperçoit qu'il n'y a pas plus d'accidents qu'en France (7%). Sur les 12 000 km d'autoroutes allemandes, 8 000 sont à vitesse "libre". On voit donc bien qu'en France, où l'on comptait l'an dernier 9 800 km d'autoroutes, la vitesse est un faux problème que les "extrémistes" de la sécurité routière mettent en avant !"

Christophe Guyot, vice-champion du monde d'endurance, reconnaît également que " ça pourrait être une bonne idée en soi. Mais personne ne pourra jamais faire passer un truc pareil, rappelles-toi comment s'est terminé l'amendement Estrosi !" (lire Moto-Net du 20 mars 2003).

"Le problème de la vitesse est plus compliqué que ça", poursuit le manager du GMT 94 : "c'est d'abord un problème d'apprentissage de la conduite. S'il y a des accidents, ce n'est pas à cause de la vitesse, c'est parce que les gens ne savent pas conduire ! Or savoir conduire, c'est aussi savoir que les autres peuvent ne pas savoir conduire... C'est une question de mentalité : il faut accepter l'idée que l'autre ne nous a pas vu, ou qu'il va faire n'importe quoi. Et contrairement à certaines idées reçues, les motards ne savent pas mieux conduire que les automobilistes. Je le vois dans mes stages de pilotage : il leur faut une demi-journée pour poser le genou, mais deux jours pour savoir freiner ! La moitié des stagiaires me demandent toujours : "comment tu fais quand tu rentres trop vite en courbe ?" Ma réponse est simple : je tombe ! Pour revenir à ta question, je crois qu'il faudrait pouvoir rouler en fonction des circonstances, avec des vitesses réglables adaptées aux réalités et à la fluidité du trafic : 50 en ville OK, mais 20 devant les écoles ! Et avec un radar ! Mais sur une route ou une autoroute déserte, rouler à 170 n'est pas dangereux !"...

Et vous, qu'en pensez-vous ?

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