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Paris, le 20 décembre 2019

Guide Moto-Net.Com : Comment bien réagir face à un accident de la route ?

Guide Moto-Net.Com : Comment bien réagir face à un accident de la route ?

En cas d'accident de la circulation, trois mots essentiels sont à retenir : protéger, alerter et secourir. Moto-Net.Com détaille "P.A.S." à pas les actions à mener quand vous serez victime ou témoin d'un tel événement et interroge un spécialiste, Serge Celerin, sur les spécificités liées à un accident de moto.

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Comment réagir face à un accident de la circulation ? Que l'on soit à moto ou en scooter, à vélo ou en voiture, en camion ou en tracteur, la réponse tiens en trois mots seulement : protéger, alerter et secourir. Sur leur site officiel, les pompiers détaillent "P.A.S." à pas les actions à mener si vous assistez à un tel événement... Or vous y assisterez un jour.

Avant de livrer ce petit guide pratique (en bas d'article), Moto-Net.Com s'est entretenu avec Serge Celerin : cet officier supérieur de réserve à la Garde républicaine a fondé et dirige depuis dix ans SCE-Performance, une société aux multiples missions... toutes remplies à moto !

"Il intervient pour des radios, la presse et la télévision", apprend-on sur son site officiel, et "il participe à la sécurité de très grandes épreuves sportives et spectacles dans le monde (Dakar en 2005, Dancing Water à Macao, courses mécaniques au Mans, Triathlon de Paris, Peter Pan à Bruxelles, etc.)".

Mais Si MNC s'est tourné vers Serge Celerin pour rédiger cet article spécial "accident", c'est aussi et surtout parce que ce Chevalier de l'Ordre National du Mérite (SVP !) a travaillé 16 ans à la brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris et qu'il a été responsable de leurs Casques d’Argent entre 1994 et 2009. Interview.

Moto-Net.Com : Certaines procédures du "P.A.S." changent-elles lorsqu'on est motard, victime ou témoin d'un accident ?
Serge Celerin :
Mettons nous d'accord sur un point déjà. On part du principe que la personne en question n'est pas secouriste ou n'a pas de formation ? Bon. La première des choses est impérativement de protéger. Pour cela, il faut mettre tous les moyens à disposition pour éviter le sur-accident. À moto c'est vrai, on a rarement un triangle... Mais on peut être en mesure, sur certaines motos, de couper le contact tout en laissant les veilleuses allumées. Cela permet de visualiser la machine.

MNC : Peut-on placer sa moto en amont de l'accident comme un avertissement, ce qui est fortement déconseillé avec une voiture plus volumineuse ?
S. C. :
Ce n'est pas une question de pouvoir, mais de bon sens. Tu te trouves sur l'autoroute où les mecs arrivent à 280 km/h (autoroute allemande donc, NDLR !), on n'y pense même pas. Les voies rapides dans ce cas sont très dangereuses. Or il faut assurer sa propre sécurité avant de porter assistance à autrui. Et même si quelqu'un d'autre est en danger de mort : ça ne sert à rien d'être deux à se tuer ! Ce n'est pas que j'aime pas le mec en question, je ne le connais pas.

MNC : Le triangle peut être remplacé à moto par des bâtons luminescents plus commodes à ranger sous la selle ou à caler dans un sac ?
S. C. :
Tout à fait. Si tu es avec quelqu'un, cette personne peut remonter la route et agiter les bâtons afin de prévenir les autres usagers. Toi, tu restes sur place pour porter secours.

MNC : Justement, que doit-on faire ?
S. C. :
Établir un constat de la situation de manière à rendre un compte rendu et un appel qui vont porter. Une personne lambda a 5% de chances de sauver la vie d'un accidenté par son action directe, disons. En revanche, un bon appel, rapide, clair net et précis, a 95% de chances. Ce n'est pas la peine d'être un super bon "technicien" : protéger, alerter et secourir (couvrir la personne, serrer ses deux mains et lui parler de tes dernières vacances, par exemple), ça ira très bien.

MNC : On n'enlève jamais le casque d'un motard ?
S. C. :
Très simple. Si la personne est en suffocation ou en arrêt cardiaque, il va falloir l'enlever. Autrement, il n'y a aucune urgence. Sauf si le motard veut le faire lui même, s'il le sent bien. Mais attention, tu te tiens face au motard, face à à son visage, et tu le regardes. Pourquoi ? Parce qu'il m'est arrivé une fois que je permette au type de retirer son casque car il avait du mal à respirer. Mais en commençant à retirer son casque, je me suis aperçu que la calotte crânienne suivait... Je l'ai tout de suite stoppé : "nan, nan, attends, tu seras mieux avec".

MNC : Il faut essayer de garder un ton neutre, ne pas inquiéter...
S. C. :
Oui car ton attitude influence le blessé. S'il se sent en confiance, son état évoluera bien souvent de manière positive. Au contraire, si la panique est palpable, son état peut se dégrader très rapidement.

MNC : Que faut-il faire de la moto ?
S. C. :
Ah, ça c'est très important. Toujours se mettre entre le motard et sa moto. En voyant sa moto, le pilote va faire une projection sur son propre état et si elle est pulvérisée, il aura plus de mal à s'en remettre.

MNC : On conseille de caler les voitures en cas d'instabilité. Faut-il redresser une moto qui semble en état ? On l'évacue ?
S. C. :
Deux cas de figure ! Si elle ne représente pas de danger tu ne la touches pas - surtout s'il y a du corporel - et tu figes la scène en prenant des photos. Si elle représente un danger, l'urgence prime donc on peut la déplacer au besoin. Mais autant que possible, en arrivant sur les lieux, essaie de prendre quelques clichés. Bon, s'il fait nuit, que tu mets deux heures à mettre ton flash et que ça ne rend rien, tu oublies !

MNC : Les photos c'est pour envoyer à Paris Match ?!
S. C. :
Non, bien sûr. Mais sur le moment, on ne pense jamais à l'après-accident. Or c'est souvent plus dramatique que l'accident lui-même. C'est horrible à dire, mais il faut penser à l'après.

MNC : Il y a des cas concrets où les photos ont cruellement manqué ?
S. C. :
Ah bien évidemment. À partir du moment où tout a été déplacé et si il n'y a pas de témoin, comment réattribuer les responsabilités de chacun ? J'ai fait des reconstructions d'accident, or c'était parfois très compliqué car il fallait travailler à partir de simples témoignages, voire sans rien du tout. Alors qu'avec une série de photos, tout est là.

MNC : Sans carrosserie pour les protéger, les motards sont plus sérieusement blessés que les automobilistes. Doit-on les mettre en position latérale de sécurité (PLS) ? 
S. C. :
Alors de deux choses l'une. Si tu n'as aucune formation en secourisme, tu ne fais pas et tu ne touches à rien. Tu couvres, tu tiens les mains, tu parles, point. Si ton alerte a été bien réalisée et que les secours sont en route, c'est parfait. Autrement, mais si et seulement si le témoin est formé, il peut agir, appliquer les méthodes qu'il a apprises et qu'il maîtrise.

MNC : Donc pour résumer ?
S. C. :
Quand tu arrives sur les lieux d'un accident, tu essaies de poster quelqu'un en amont pour prévenir les autres, tu prends deux-trois photos et tu interroges les gens qui ont assisté à la scène. Tu demandes les noms des témoins et tu les notes. Tu verras, avec l'émotion, les gens répondent spontanément et sans mentir. Tu regardes l'étendue des dégâts, le nombre de victimes et leur état. Tant pis si tu n'as pas les capacités d'établir un bilan médical précis.

MNC : Tout cela en prévision de l'appel...
S. C. :
C'est le plus important. "Allo les pompiers, je suis Serge Celerin, je suis à tel endroit, je suis en présence d'un accident de la circulation impliquant une moto, une voiture, etc. Il y a deux blessés, qui bougent, qui parlent, qui saignent (ou pas), j'ai des témoins avec moi, nous attendons sur place"... Et tu ne raccroches surtout pas ! Tu attends que la personne au bout du fil te libère.

MNC : Ensuite il faut rester auprès du blessé. On le couvre, même s'il a trop chaud ?
S. C. :
Oui, car le contrecoup émotionnel ou une hémorragie génère toujours une perte calorifique. Les victimes finissent toujours par avoir froid.

MNC : Les personnes qui tentent de les aider doivent garder leur sang froid, en plus de faire preuve de bon sens. Pas facile dans le feu de l'action !
S. C. :
On est bien d'accord. Et il vaut mieux ne rien faire que faire n'importe quoi. Mais a minima on appelle les secours, on dit qui on est, où on se trouve et s'il y a des blessés.

MNC : Et comment réagir quand on est motard et qu'on tombe tout seul ?
S. C. :
C'est très compliqué de répondre. Il n'y a pas de réponse systématique. Il faut bien se connaître et connaître son corps. Je sais qu'à titre personnel, je suis très heureux de pratiquer le judo car cela donne une bonne conscience de ses capacités, de ses petits bobos, etc.

MNC : En parlant de judo... Est-ce que les motards professionnels (gendarmerie, police, etc.) apprennent à tomber ?
S. C. :
Non et c'est intéressant, justement. En fait c'est un peu dommage, on devrait ! Un réflexe qu'on devrait avoir, c'est d'écarter les bras pour éviter les rotations car ces dernières augmentent les risques de blessures. Et surtout, cela permet d'avoir les coudes droits, de façon à ce qu'ils n'entrent pas en opposition avec le macadam.

MNC : Curieusement, certains pilotes de MotoGP plient les bras et placent leurs mains sur les clavicules opposées !
S. C. :
Ca, c'est dans le cas d'une chute vers l'avant, où il vaut mieux se regrouper car on ne contrôle pas la chute. La roulade avant en judo, tu peux oublier. En revanche en cas de glissade, tu peux essayer de gérer comme je l'expliquais plus tôt.

MNC : Après une chute on évite de repartir tout de suite, même si on se sent bien ?
S. C. :
Oui, parce que si tu es pris d'un étourdissement au guidon de ta moto, c'est ballot ! Tu penses t'être bien sorti d'une simple gamelle et tu t'en remets une, tu compliques encore ta situation. Donc il faut bien prendre son temps. Ca passe par un travail sur la respiration pour baisser son émotivité, comme en sophrologie. Bien gonfler les poumons, souffler correctement... Et puis tu testes ton corps, de partout : flexions, extensions, rotations, étirements, tu vois comment ça se passe et tu repères les éventuelles douleurs. Après tout, c'est ce qu'on fait quand on laisse tomber un objet précieux ou technique : on le ramasse et on l'inspecte sous toutes les coutures.

MNC : Et comment gérer les plaies, brûlures ou autres coupures ?
S. C. :
Comme toujours, cela dépend du contexte. Il n'y a pas de règles en la matière. Si tu es seul sur une minuscule route dans le fin fond de la Lozère, tu improvises, il faut bien faire quelque chose ! Tu nettoies la plaie, tu la protèges et si tu dois remonter sur la moto, tu y vas. Mais si tu tombes en plein coeur de Paris, pas de problème, la couverture opérationnelle est telle que les secours sont là pour s'occuper de toi dans les 5 minutes.

MNC : Faut-il préconiser le numéro "ICE" (personne à appeler en cas d'urgence) dans le téléphone, le petit mot dans le portefeuille ou d'autres renseignements qui pourraient être utiles aux secours ?
S. C. :
Rien n'est inutile en la matière. Encore faut-il être sûr des infos récoltées. Si la victime a emprunté un téléphone par exemple et que tu composes le numéro ICE pour annoncer l'accident ou pire, le décès du propriétaire du téléphone... mais que n'est justement pas le proprio !

MNC : Le téléphone est un outil très personnel qu'on confie rarement...
S. C. :
... mais ça peut arriver. C'est comme ceux qui mettent leur groupe sanguin sur leur casque... Ils ne prêtent jamais leur casque ? Il suffit d'une fois et pan, l'accident. Pas de bol. Si en cas de transfusion de sanguine il y a systématiquement une vérification du groupe et du rhésus, ce n'est pas un hasard.

MNC : Merci Serge pour tous ces renseignements. A+ et bonne route !
S. C. :
Merci à Moto-Net.Com de transmettre ce type d'informations. A bientôt !

Comment bien réagir en cas d’accident de la circulation ?

1. Protéger

Assurer sa propre sécurité :

  • Allumer les feux de détresse dès le ralentissement
  • Se garer avec prudence : il est important d'éviter qu'un accident supplémentaire survienne et de ne pas gêner l'arrivée des secours
  • Équiper tous les passagers avec les gilets jaunes de sécurité
  • Mettre les passagers à l'abri à l'extérieur du véhicule, en sortant par les portières les moins exposées au danger, et se placer derrière les barrières de sécurité si elles existent, ou loin de la chaussée

Limiter les risques de sur-accident :

  • Sur route, baliser l'accident par un triangle à 30 mètres minimum et ce dans les deux sens de circulation, s'il est possible de le faire en toute sécurité (densité de circulation, visibilité, etc.)
  • La nuit, éclairer les véhicules accidentés à l'aide des feux de route des autres véhicules présents
  • Interdire de fumer à proximité des véhicules accidentés pour éviter un incendie
  • Conserver la fluidité du trafic lorsqu'un accident survient sur la voie en sens inverse. Ne pas ralentir pour regarder.

Intervenir sur les véhicules accidentés :

  • Couper le contact de tous les véhicules
  • Débrancher la batterie car des étincelles peuvent provoquer un incendie
  • Caler les véhicules en cas d'instabilité (passer une vitesse ou serrer le frein à main).

2. Alerter

Alerter les secours le plus rapidement possible car chaque minute compte !

En cas d'urgence, un numéro unique : le 112 !

Le 112 est le numéro d'urgence gratuit et accessible partout en Europe, permettant de joindre les services de secours du département qui enverront les moyens adaptés. Le 112 fonctionne même depuis un téléphone verrouillé ou ne disposant pas d'une carte SIM.

Ne jamais penser qu'une autre personne a déjà alerté les secours et, dans la mesure du possible, garder son calme, être bref et précis. Les informations à donner en priorité sont le lieu et la situation :

  • Le lieu : indiquez, le plus précisément possible, où vous vous trouvez pour permettre aux secours de vous localiser rapidement (route, ville, rue, numéro, borne d'appel d'urgence ou point kilométrique sur autoroute ou voie rapide...).
  • La nature du problème (accident, feu, malaise, etc.)
  • Le type d'accident
  • Le nombre de véhicules impliqués
  • L'état et le nombre de victimes
  • L'opérateur de secours au téléphone peut être amené à vous demander des précisions auxquelles vous devez répondre (dangers particuliers...)

Ne raccrochez jamais le premier ! La personne qui a pris en charge votre appel vous dira quand elle a toutes les informations nécessaires. Donnez votre n° de téléphone et si possible, restez sur place, en sécurité, pour guider les secours.

Sur l'autoroute, les voies rapides et les tunnels (où l'on ne capte pas forcément...), des bornes d'appel d'urgence sont placées tous les 2 km et sont disponibles 24 h/24. Elles permettent d'être mis en relation avec le poste de contrôle de sécurité. L'appel est gratuit et géo-localisé.

3. Secourir

En attendant l'arrivée des secours, il est nécessaire d'assister les blessés sans risquer toutefois d'aggraver leur état.

  • Laisser les victimes dans les véhicules, sauf en cas d'incendie ou autre risque
  • Si la victime est inconsciente, desserrer ses vêtements, dégager ses voies respiratoires (nez et bouche). Si la personne - le motard... - se trouve à terre, la mettre en position latérale de sécurité ou PLS (allongée sur le côté avec le genou du dessus fléchi pour qu'il ne roule pas)
  • En cas de besoin, réaliser un massage cardiaque
  • En cas d'hémorragie abondante, comprimer la plaie. En cas de besoin, mettre en place un garrot au-dessus de la plaie pour arrêter le saignement
  • Couvrir les victimes
  • Parler aux blessés, les réconforter
  • Demander aux passants de vous aider... ou de s'éloigner !

Attention, certains gestes sont à proscrire :

  • Ne pas déplacer un blessé, sauf en cas de danger imminent (incendie, risque d'explosion, circulation dense, etc.)
  • Ne pas retirer le casque d'une victime
  • Ne pas lui donner ni à manger ni à boire
  • Ne jamais enlever les vêtements d'un brûlé.

Dans le cas où la victime doit obligatoirement être déplacée, prendre certaines précautions :

  • Ne pas la tirer par les membres
  • Eviter toute torsion de sa colonne vertébrale
  • Placer la victime en PLS (allongée sur le côté, etc.).

En cas de feu de véhicule :

  • En cas de départ de feu, si possible, utiliser un extincteur pour attaquer le feu sous le moteur et par la calandre. Ne pas prendre de risque inutile en attendant l'arrivée des secours
  • Si le feu est déjà déclaré, s'éloigner du véhicule au plus vite, après avoir mis les éventuelles victimes en sécurité
  • Ne jamais utiliser d'eau sur un feu, cela aggraverait la situation
  • Ne pas soulever le capot d'une voiture en feu
  • Attention au risque d'explosion, notamment sur les véhicules GPL.

"Vous circulez à deux-roues motorisées ?", interrogent les pompiers. "À scooter ou à moto, équipez-vous correctement en portant votre casque, des gants, un blouson, un pantalon épais et des chaussures renforcées. Le slalom entre les véhicules est à éviter, soyez extrêmement prudent lors des remontées de file". À bon entendeur, bonne route !

Enfin, Moto-Net.Com se permet de conclure par ce petit rappel à la loi...

Article 223-6 du Code pénal :

  • Sera puni (cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende) quiconque s'abstient volontairement de porter à une personne en péril l'assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours.

Article 434-10 du Code pénal :

  • Le fait, pour tout conducteur d'un véhicule ou engin terrestre, fluvial ou maritime, sachant qu'il vient de causer ou d'occasionner un accident, de ne pas s'arrêter et de tenter ainsi d'échapper à la responsabilité pénale ou civile qu'il peut avoir encourue, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.

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