Salon de Paris - Mondial de la moto 2018 : présentation de la piste CRS Attitude Prévention
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Paris, le 5 octobre 2018

Mondial de la moto 2018 : présentation de la piste CRS Attitude Prévention

Mondial de la moto 2018 : présentation de la piste CRS Attitude Prévention

La piste d'éducation routière CRS / Attitude Prévention propose aux visiteurs du Mondial de la Moto - et de l'Auto ! - de s'initier à la conduite d'un deux-roues motorisé. Pour en savoir plus, Moto-Net.Com s'est entretenu avec son responsable technique, Christophe Ecollan. 

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Il fait trop beau pour rester cloitré plusieurs heures de suite au Mondial de la Moto, non ? C'est en tout cas la réflexion que s'est faite Moto-Net.Com après plusieurs heures de dur labeur. Mais en sortant sur la "terrasse H" (entre les pavillons 3 et 7), notre curiosité a été piquée par des bruits de petites bécanes... La pause bronzette attendra !

Délimitée par de gros boudins gonflables, parsemée d'une ribambelle de plots et parcourue de toute une série de voies peintes au sol, accessible gratuitement à partir de 14 ans, une piste permet en effet aux visiteurs de s'initier à la conduite de deux-roues motorisés. Moto-Net.Com s'est entretenu avec le responsable technique de cette structure...

Moto-Net.Com : Une piste pour s'initier au deux-roues motorisé au Mondial de la Moto, c'est une excellente idée... qui ne date pas d'hier !
Christophe Ecollan :
Effectivement, la piste CRS a été créée par la direction centrale CRS en 1972. Pour mémoire, c'était l'année noire de la sécurité routière : près de 20 000 personnes avaient trouvé la mort sur les routes. C'est à partir de 1973 qu'ont été mises en place les premières mesures pour faire baisser la mortalité sur les route : la ceinture de sécurité obligatoire en voiture (à l'avant et hors agglomération pour commencer, NDLR) et le port du casque à moto. En fin d'année 1972 donc, un commandant de la direction centrale CRS s'est dit qu'il fallait monter des opérations de prévention pour la moto comme pour la voiture. Celles pour la moto ont perduré jusqu'à aujourd'hui.

MNC: Vous êtes fidèle au salon de Paris, malgré ses péripéties ?
C. E. :
Oui, nous avons toujours été présents, quelles que soient les périodes. Car il y a toujours eu une demande pour de l'initiation. Les gens ont envie de formation, ressentent le besoin d'être encadrées, de se sentir en sécurité. Il y a des parents qui viennent avec leurs enfants aussi.

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MNC: La piste porte le nom de CRS / Attitude Prévention. Pourquoi ?
C. E. :
En 2001, nous nous sommes rapprochés des assureurs français pour qu'ils nous aident à grandir. Nous travaillions alors avec les mutuelles d'assurances. Depuis 2016, nous oeuvrons avec l'ensemble des assureurs français à travers l'association qui les regroupe : "Attitude Prévention". Ils nous aident financièrement : tout le matériel leur appartient en fait. Des constructeurs nous soutiennent aussi en nous prêtant des machines à l'année. De son côté, le ministère de l'Intérieur met à disposition les encadrants, le technicien en charge de l'entretien des motos et des véhicules poids-lourds. Nous devons être en autonomie complète pour nous rendre un peu partout en France.

MNC : Vous ne pourriez pas assurer cette opération sans vos partenaires ?
C. E. :
Sans les constructeurs, nous devrions acheter les machines. À 4000, 4500 euros l'unité, les coûts seraient exorbitants. Les assureurs nous permettent d'avoir du matériel, les camions notamment, qu'il faut entretenir. Pour le ministère de l'Intérieur, le coût humain est déjà assez important, équivalent en fait à l'effort financier que réalisent nos partenaires. Secteurs privé et public travaillent ensemble dans le même but : réduire l'accidentologie.

MNC : C'est votre objectif.
C. E. :
Oui. Malheureusement, les motos et scooteurs représentent 1,9% des véhicules en circulation, mais les motards et scootéristes forment 23% des décès sur la route au niveau national. Or dans certains départements du sud, cette proportion monte à 45-50%. Si nous allons chercher les jeunes en priorité, c'est parce qu'on peut changer le comportement des conducteurs de demain. Même si tous ne deviendront pas des conducteurs de deux-roues !

MNC : Au Mondial, quelles personnes viennent tester pour la première fois un deux-roues motorisé ?
C. E. :
Pendant toute la durée du salon, hors week-end, nous avons des groupes scolaires, invités par l'organisateur AMC promotion : nous accueillons des classes de Gentilly et d'Ivry-sur-Seine. Nous avons d'ailleurs des scolaires toute l'année. Nous nous rendons dans des villes et les élèves des différentes écoles viennent rouler. Nous avons un potentiel d'une soixantaine d'élèves par demi-journée. On tenait à garder ce contact avec les scolaires lors du Mondial, car cela permet à des enfants de venir ici alors qu'ils n'auraient peut-être pas pu se le permettre financièrement ou autre. Ça leur permet d'accéder à cette formation, et d'être au contact avec les forces de l'ordre.

MNC : Vous avez monté une "opération dans l'opération" pour le Mondial, baptisée "Gants pour tous" ?
C. E. :
Tout à fait, les personnes qui viendront faire un tour de piste avec nous repartiront avec une paire de gants homologuée moto. Pourquoi cela ? Parce qu'on s'aperçoit que les gants, pourtant obligatoires depuis pas loin de deux ans, ne sont pas toujours utilisés. On voit surtout des utilisateurs de scooter, jeunes ou adultes, rouler sans gants en milieu urbain. Là aussi, l'effort financier est conséquent, car nous allons offrir plus de 1600 paires de gants au Mondial.

MNC : Un petit bonus en fin de formation qui peut rapporter gros...
C. E. :
Il faut que les gens prennent conscience qu'en deux-roues, on n'a pas de carrosserie. En cas de chute, on jette d'instinct les mains au sol. Il faut donc les protéger, et pas avec des gants en toile, de chantier ou autre. Et il ne faudrait pas se limiter à ce qui est obligatoire.

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MNC : Est-ce qu'à d'autres occasions, vous visez une population plus âgée, plus expérimentée ?
C. E. :
Sur les salons justement, les week-ends notamment. Là nous sommes vraiment ouverts à tous. Nous faisons généralement deux salons par an. En 2018, nous avons fait celui de Nice, et celui de Paris maintenant. Cela nous permet d'échanger avec la population adulte, des gens qui veulent se mettre au deux-roues et qui ne savent pas comment faire ses tous premiers tours de roues, de manière sécurisée. Ce n'est pas évident, lorsque vous vous faites prêter un deux-roues, de vous lancer comme ça.

MNC : N'est-ce pas justement le rôle des 7 heures de formation obligatoire pour les permis B ? Voire du permis A1 !
C. E. :
Certes, mais comment savoir que la 125 va vous convenir ? Nous parlons de la toute première expérience sur une moto. C'est le premier pas, qui n'est parfois pas facile à franchir. Certaines personnes se contentent d'être passagers parce qu'elles n'osent pas prendre le guidon. Notre piste est un excellent moyen de passer cette première étape, sereinement.

MNC : Tout en essayant de prévenir des accidents futurs, vous faites donc naître des vocations, chez les jeunes et moins jeunes !
C. E. :
Cela peut donner goût à la moto, oui. Les gens regardent parfois les motocyclistes en se disant : "ah, j'aimerais bien en faire". Mais ils n'osent pas forcément. Pour l'anecdote, nous avons reçu une personne de 90 ans qui n'avait jamais fait de moto.

MNC : Vieux motard que jamais...
C. E. :
C'est ce qu'on dit. Il avait peur d'y aller tout seul. Nous l'avons donc installé sur l'une de nos motos double commande, avec un moniteur derrière lui. Il nous a dit qu'il avait réalisé son rêve ! Les outils mis à disposition en auto-école ne lui avaient jamais permis de faire de la moto.

MNC : Vous avez différentes machines, avec simple et double commande.
C. E. :
Voilà. Nous travaillons avec neuf partenaires qui nous prêtent entre 15 et 20 machines chaque année. Nous avons des 50 et des 125 cc, en boite mécanique ou automatique. Et nous avons effectivement deux machines spécifiques que nous préparons avec un guidon à l'arrière pour le moniteur, avec un rappel des commandes d'embrayage et de frein arrière. Cela permet d'intervenir, de rattraper les éventuelles erreurs, de conseiller en direct. Tout cela rassure énormément le néophyte.

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MNC : Vous avez aussi des scooters électriques.
C. E. :
Nous avons deux Peugeot 2.0. C'est très pratique pour les novices car il existe trois modes de fonctionnement. Nous sélectionnons donc le plus doux pour les débutants, les accélérations sont très progressives, sans à-coup, ce qui simplifie le maniement du deux-roues. Certains participants sont un peu nerveux au niveau de la poignée droite, or les réactions du moteur sont plus linéaires, moins brusques qu'un moteur thermique. Et puis c'est peut-être l'avenir ! On voit que les constructeurs s'y mettent...

MNC : ... contraints un peu par la législation de plus en plus contraignante, avec l'accès aux centre-ville limités voire interdits.
C. E. :
Oui, et les normes d'antipollution sont de plus en plus draconiennes. Les constructeurs ont de plus en plus de mal à les respecter, surtout sur les petits moteurs. Avant, changer un pot ou revoir la cartographie pouvait suffire. Mais les investissements sont désormais tout autres.

MNC : C'est ce qui a conduit Yamaha à stopper la marque MBK.
C. E. :
Exact. Nous sommes d'autant plus reconnaissants envers nos partenaires qui nous fournissent les motos et scooters. Ils sont conscients qu'il faut participer à ce type d'action. C'est bon pour eux, pour développer la pratique de la moto, et son marché.

MNC : Combien de personnes passent entre vos mains - vos gants - à l'année ?
C. E. :
Nous formons entre 9 000 et 10 000 personnes. L'opération tourne de mars à fin novembre.

MNC : Vous n'avez d'ailleurs qu'une structure à disposition pour toute la France ?
C. E. :
Oui car les coûts sont déjà très élevés. On ne peut pas multiplier les opérations. Ou il faudrait agir au niveau départemental. Mais une structure par département, ce serait compliqué... C'est pourquoi nous avons choisi de travailler à l'échelon national. Nous nous mettons à disposition des préfectures, des mairies, des communautés d'agglomérations (etc.) pour organiser chez eux des initiations.

MNC : Une structure pour toute la France, ses 36 000 communes... Le planning doit être chargé !
C. E. :
Il est très vite rempli. Là nous fignolons le planning pour l'an prochain. Nous sommes très demandés, malheureusement car nous ne pouvons pas répondre positivement à toutes les sollicitations, mais heureusement aussi quelque part. Cela prouve que le deux-roues intéresse. Nous veillons à ce qu'il y ait un roulement sur les villes.

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MNC : On imagine qu'en plus former des gens à la conduite d'une deux-roues, cette opération vous permet de vous montrer sous un jour différent ? Vous n'êtes plus le gendarme qui verbalise, sanctionne...
C. E. :
C'est certain. Nous menons là une mission pédagogique, surtout envers les jeunes qui ont alors une autre image des forces de l'ordre. Ils n'ont parfois pas idée que nous sommes là aussi pour prévenir, pas uniquement punir. Fut une époque où des policiers allaient dans les écoles pour évoquer d'autres thèmes : la sensibilisation aux risques liés à la prise d'alcool ou de stupéfiants par exemple. Il est primordial de garder le contact avec les jeunes.

MNC : Et avec les plus grands aussi ?!
C. E. :
Bien évidemment. Sur des salons de ce type, on donne une autre image aux adultes. Si des gens viennent nous voir, c'est qu'ils ont quand même un attrait pour la moto, qui est notre propre passion. Nous avons donc un point commun qui permet d'ouvrir le dialogue plus facilement. Les gens viennent plus facilement vers nous, on peut alors échanger, discuter. C'est très intéressant.

MNC : Cela peut être l'occasion de clarifier certains points. On a entendu des gens s'interroger sur les différents permis...
C. E. :
tout à fait. Des gens nous posent des questions sur les permis, les équivalences ou les formations, la législation qui peut changer... ce n'est pas toujours très simple ou clair. On vous annonce un changement sur les modalités d'accès à un permis, on en parle un jour à la TV et ensuite c'est fini. C'est à vous d'aller chercher les informations et de les assimiler, ce n'est pas toujours évident.

MNC : Est-ce que la fusion entre Mondial de la moto et celui de l'auto est un bon point pour vous ?
C. E. :
On ne sait pas trop encore. En ce qui concerne l'affluence, il faudra attendre la fin de l'événement pour faire les comptes. Mais on peut déjà regretter que certaines marques ne soient pas là, que ce soit côté automobile ou moto. C'est un peu dommage pour un "Mondial". Des visiteurs de la partie auto viendront peut-être dans l'univers moto. Et c'est bien que nous soyons là car on s'ouvre ainsi à une autre population. Ce sera peut-être bon aussi pour le marché de la moto.

MNC : Dernière question : aujourd'hui il fait grand beau. Mais est-ce que roulez aussi lorsque le sol est mouillé, ou qu'il pleut ?
C. E. :
Mouillé, ce n'est pas un souci. Ce sera un apprentissage de la conduite sur chaussée un peu glissante. S'il pleut des cordes en revanche, ce ne sera peut-être pas possible ! (Sourire)

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