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FRENCH ROOKIE
Paris, le 13 février 2019

Interview Jules Danilo (PTR Honda) : Je veux me prouver que je peux encore être compétitif

Interview Jules Danilo (PTR Honda) : me prouver que je peux encore être compétitif

La saison 2019 du World Supersport qui débute dans deux semaines comptera quatre pilotes français : le champion Mahias, le patron Cluzel, l'espoir Perolari... et le débutant Danilo ! Moto-Net.Com a contacté notre "deuxième" Jules (n°95) avant qu'il ne décolle pour l'Australie. Interview.

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Moto-Net.Com : Salut Jules, comment ça va ?
Jules Danilo :
Je vais bien. La préparation pour la nouvelle saison a repris début janvier. Je suis en Espagne, aujourd'hui il faisait 20°. C'est mieux pour l'entraînement !

Moto-Net.Com : Tu as posté une belle photo de toi en flat track récemment. Un nouveau mode d'entraînement ?
Jules Danilo :
L'an dernier je faisais beaucoup de Supermotard. Je maîtrisais assez bien à la fin, mais je sentais que ça ne m'apportait pas énormément sur la moto de course. Cette année je fais du dirt track et c'est un bon entraînement, ça apprend vraiment à gérer les gros mouvements, la traction, l'entrée en glisse, etc. Car c'est vrai que sur la Supersport il y a plus de mouvements parce que le châssis est plus souple que sur la Moto2. Donc je pense que le dirt track est idéal. Je vais essayer d'en faire pas mal cet hiver.

MNC : Dans quel état d'esprit quittes-tu les Grand Prix, après quatre ans en Moto3 et un seul en Moto2 ?
J. D. :
Je suis dans un bon état d'esprit. Je suis même content de passer en Supersport et de changer d'air parce que l'année dernière a vraiment été compliquée... Beaucoup de choses se sont mal passées, l'entente avec certaines personnes notamment, et ça m'a un peu dégouté des Grands Prix (rires)...

"Un peu dégouté des Grands Prix"

MNC : Ton année de Moto2 a été compliquée sur le plan sportif, mais aussi relationnel et affectif avec ton équipe. À quel point les performances d'un pilote sont-elles affectées ?
J. D. :
Je ne vais pas commencé à chercher des excuses, mais la réalité c'est que ça s'est très mal passé avec mon équipe, surtout avec le boss.

MNC : Tu ne t'y attendais pas ?
J. D. :
Comment dire... C'est toujours comme ça quand on n'a pas les perfs pour se retrouver dans les top teams. Mais là, c'était vraiment très compliqué.

Interview Jules Danilo (PTR Honda) : me prouver que je peux encore être compétitif

MNC : Mauvais casting ?
J. D. :
Très mauvais, oui. Surtout parce que je me suis cramé (sourire) : quand je montais sur la moto, je n'arrivais pas à faire mes preuves. Or en Grand Prix, une année noire suffit à te faire complètement oublier.

MNC : Il t'aurait fallu réaliser quelques coups d'éclat ?
J. D. :
Oui. En plus, mon année précédente en Moto3 n'était pas exceptionnelle non plus.

MNC : Tu avais fait une belle course à Assen.
J. D. :
Oui, j'ai fini 5ème à Assen et 7ème au Mans, mais il y avait eu des hauts et des bas. Pour 2019, j'avais l'opportunité de retourner en Moto3 et je pense que je l'aurais fait si j'avais eu accès à une bonne équipe. Mais l'an dernier en Moto2 on me demandait un budget énorme et je n'avais plus envie de me retrouver dans cette situation, c'est une grosse pression supplémentaire. Je ne sentais pas que toutes les conditions étaient réunies pour tenter une nouvelle année en GP, que ce soit en Moto3 ou au chausse-pied en Moto2. J'ai donc préféré m'orienter vers le Supersport.

"Portimao est la piste la plus technique que je connaisse"

MNC : Tu viens de rouler deux jours à Portimao. Que penses-tu de ce circuit ? Il est dingo, non ?
J. D. :
(Rires) Si, honnêtement je l'ai trouvé assez fou ! J'ai roulé sur beaucoup de pistes et c'est clairement la plus technique. Il y a beaucoup de courbes en aveugle et en plus il y avait beaucoup de vent. C'était compliqué au début, plus que ce que je pensais, parce qu'à midi le premier jour j'étais encore assez lent (rires). C'est vrai que j'avais quand même à découvrir la moto, l'équipe, les pneus et la piste : ça faisait beaucoup ! Mais une fois que j'ai compris le truc, j'ai réussi à être assez régulier dans mes chronos. L'écart est encore gros avec Cluzel qui avait fait le meilleur temps ce jour-là, mais c'était un chrono vraiment rapide, quasiment celui de la pole en mi-saison dernière. Il y a donc encore du boulot, mais je suis sûr qu'on va y arriver !

Interview Jules Danilo (PTR Honda) : me prouver que je peux encore être compétitif

MNC : Ton intégration dans l'équipe PTR a été rapide ?
J. D. :
Oui, complètement. C'est la première fois que je roule dans une équipe anglaise et j'ai un "background" assez international donc je me débrouille vraiment bien en anglais, ce qui fait que c'est hyper agréable de pouvoir discuter, faire partie des conversations à table ou en dehors de ce qu'on fait sur la piste. Ce sont des gars qui ont beaucoup d'expérience en Supersport, ils roulent depuis 2007 si je ne me trompe pas, toujours sur Honda : ils connaissent absolument par coeur la CBR600R.

MNC : Ça t'aide pour régler la moto ?!
J. D. :
Mentalement c'est plus simple pour moi. Quand je monte sur la moto, je sais que le team l'a mise à l'envers quinze fois et que ses réglages sont les meilleurs qu'ils aient trouvés. C'est donc à moi de m'adapter. Pour te dire, le premier jour on n'a absolument rien touché sur la moto et j'ai tout de suite eu un bon feeling.

"20 à 25 chevaux de plus sur la Supersport que sur la Moto2"

MNC : Comment trouves-tu ta nouvelle moto ?
J. D. :
Le premier ressenti est vraiment très important. Avec un bon feeling je peux vraiment piloter, chercher des secondes puis des dixièmes. C'est impossible si je n'ai pas suffisamment confiance.

MNC : Y a-t-il des similitudes avec la Moto2 ? Notamment le moteur qui est le même à l'origine, mais il n'a peut-être pas le même caractère ?
J. D. :
C'est bien le même moteur, mais la sensation n'est pas du tout la même. Le moteur de la Supersport est préparé à bloc comparé à celui du Moto2. Je pense qu'il a entre 20 et 25 chevaux de plus, donc ça pousse beaucoup plus fort. Le système électronique est différent aussi : le frein moteur est réglable, je l'aime beaucoup car il est très linéaire et il y a une belle décélération, contrairement au Moto2 où le lâcher d'embrayage entraîne des à-coups et met vite la moto à l'équerre. Par contre, il y a des trucs en Supersport que je ne comprends pas très bien : on a un moteur très performant, mais le maître-cylindre de frein doit être d'origine alors que c'est d'habitude l'une des pièces qu'on change en premier pour préparer une moto de piste... Le freinage est un peu bizarre, le levier est très spongieux. Il a fallu que je m'adapte. Je sais que l'équipe a travaillé pour rendre le levier plus agréable, plus dur sur le premier toucher.

Interview Jules Danilo (PTR Honda) : me prouver que je peux encore être compétitif

MNC : Le châssis et les suspensions de ta CBR ne te semblent pas trop "stock" ?
J. D. :
Je trouve ça sympa. C'est une moto fun à rouler : ça bouge, ça pompe... C'est un châssis de route, donc ça bouge forcément plus et les possibilités de réglages sont bien plus réduites que sur une Moto2. On ne peut jouer que sur les ressorts à l'avant et à l'arrière, sur la hauteur de fourche et de l'amorto... C'est agréable car en Moto2, les options sont illimitées.

MNC : Tous ces réglages entraînent une dispersion contre-productive ?
J. D. :
Totalement. T'as dix inserts à l'avant, des tas de tés de fourche, des biellettes à l'arrière... C'est incroyable ! Tu te retrouves avec plus de 10 000 combinaisons possibles. À un moment l'an dernier, j'étais vraiment perdu. Le fait d'avoir une moto très basique en WSSP, sans grosses possibilités de réglages, ça simplifie la donne : si je suis lent, à moi de modifier mon pilotage pour accélérer !

"En Moto2, les réglages sont illimités"

MNC : Tu passes aussi de Dunlop à Pirelli cet hiver. Les pneus italiens sont-ils à ton goût ?
J. D. :
Oui, j'ai beaucoup aimé les pneus. J'avais entendu des bruits dans le paddock, beaucoup de commentaires : le pneu avant Pirelli avait une carcasse nettement plus souple, il générait beaucoup de mouvements et se détruisait bien plus vite... Au final, j'ai tout de suite bien aimé, je trouve que la moto plonge bien plus rapidement dans le virage. Or c'était un point sur lequel je butais en Moto2 : j'étais lent dans les mises sur l'angle. Au niveau de l'arrière, on roule avec des gommes très, très dures en Moto2. Je pense d'ailleurs qu'ils pourraient faire des gommes deux ou trois crans plus souples, mais ils ne le font pas.

Interview Jules Danilo (PTR Honda) : me prouver que je peux encore être compétitif

MNC : Tu sais pourquoi ?
J. D. :
Ce n'est que mon avis, mais si on mettait le moteur de Supersport dans la Moto2 que j'avais l'an dernier, en plus de pneus plus tendres, les chronos seraient bien trop proches du MotoGP (sourires). Et ça poserait un problème aux organisateurs car il serait dur de justifier les moyens mis en oeuvre en catégorie reine avec une catégorie intermédiaire pas si loin que ça... Je pense qu'il serait possible d'être à trois ou deux secondes sur quelques pistes.

MNC : Cela ne risque-t-il pas d'arriver l'an prochain, avec les nouveaux moteur Triumph plus performants ? Ils vont mettre des pneus en marbre pour ne pas tourner trop vite ?!
J. D. :
Les pneus en marbre, on en a déjà parce qu'ils sont nécessaire d'un point de vue sécurité, comme à Phillip Island par exemple. Il y a eu des problèmes en Australie, des grosses chutes... Mais sur les courses en Europe, le pneu tendre fait toutes les courses sans aucun problème. Si demain les Moto2 chaussaient un pneu qualif qui ferait trois tours ou même dix mais pas la course entière, les chronos descendraient vachement. C'est certain.

"Il n'y a pas d'antipatinage et c'est une bonne chose"

MNC : Comme en Moto2, l'antipatinage est interdit en WSSP alors que soit dit en passant, les motos du commerce en sont équipées... Tu vas donc poursuivre tes entraînements en dirt track ? Tu fais glisser la CBR ?
J. D. :
Oui, même si pour faire un tour rapide il faut justement glisser le moins possible (sourire). Le matin à Portimao, j'avais tendance à relâcher les freins trop tôt, à entrer vraiment vite dans les virages. Je me retrouvais ensuite longtemps sur l'angle, sans pouvoir accélérer avec la moto qui glissait beaucoup sur le flanc du pneu. J'ai commencé à bloquer dans des chronos lents. On s'est donc arrêtés, on a regardé la télémétrie et j'ai compris que je devais changer mon style de pilotage pour mieux exploiter la puissance du moteur. Arrêter davantage la moto au point de corde, la relever et ouvrir les gaz. Tout ça pour éviter la glisse. Tout se gère avec la poignée, il n'y a pas d'antipatinage et je pense que c'est une bonne chose. Je sais qu'en BSB (championnat britannique de Superbike, NDLR), les Superbike roulent sans également. Mais nous n'avons pas 200 chevaux !

Interview Jules Danilo (PTR Honda) : me prouver que je peux encore être compétitif

MNC : On sait que tu t'entraînes sur une R6 qui porte le n°94. C'est une ex-GMT ?
J. D. :
Oui, c'est une ancienne moto de David Checa, lorsqu'il roulait lui-même en World Supersport. La partie cycle est entièrement configurée pour le WSSP mais le moteur est stock. J'ai fait une journée dessus l'an dernier sur une piste de kart et je suis ensuite allé sur une grande piste mais j'ai eu un souci mécanique.

MNC : Tu as été en contact avec Christophe Guyot pour 2019 ?
J. D. :
J'ai été en contact avec Christophe en milieu d'année dernière, parce que ça n'allait pas en Moto2. Je ne savais même pas si j'allais terminer la saison. On a eu quelques discussions, mais je ne savais pas encore ce que je voulais faire donc il m'a plutôt donné des conseils. En fin d'année, j'envisageais vraiment d'arrêter parce que j'en avais un peu ras-le-bol. Bien sûr, le GMT était déjà complet. J'ai frappé à plusieurs portes mais on m'a aussi pas mal appelé.

"En fin d'année, j'envisageais vraiment d'arrêter"

MNC : C'est encourageant !
J. D. :
Oui, mais je dois dire que le package PTR Honda était pour moi le plus convaincant, même si la Honda est vieille, c'est sûr. C'est quand même une équipe qui a souvent joué aux avant-postes, que ce soit avec Sam Lowes, Jules Cluzel, Kyle Smith, etc. Et le patron, Simon Buckmaster, est quelqu'un de connu dans le paddock. Je pense qu'il fait du bon boulot, donc mon choix s'est porté sur lui.

MNC : Comme tu dis, ce team a obtenu de très bons résultats avec Cluzel et Sam Lowes, ainsi que quelques jolis coups avec Kyle Smith. Quels sont vos objectifs pour ce tout début de saison ?
J. D. :
Mon premier objectif était de retrouver du plaisir, que ce soit sur la moto ou en dehors. Je voulais de nouveau m'amuser et je pense que la mission a été accomplie à Portimao. L'ambiance était bonne ! D'un point de vue sportif, j'aimerais bien être dans le Top 10 dès Phillip Island. C'est mon objectif personnel. Je voudrais ensuite être régulier, progresser, atteindre le Top 5 et viser un podium en fin de saison.

Interview Jules Danilo (PTR Honda) : me prouver que je peux encore être compétitif

MNC : À Magny-Cours par exemple, qui sera la dernière épreuve européenne ? Tu aimerais te trouver où au championnat ? Tu aimerais viser quelle place en course ?
J. D. :
Ça fait longtemps que je n'ai pas roulé là-bas, donc je ne peux pas te dire que c'est là précisément que je vais faire un podium (rires) ! Mais c'est bien l'objectif. Je sors d'une saison très dure et je ne m'attends pas à débarquer en Supersport pour tout dégommer. Les mecs comme Mahias ou Cluzel roulent très, très vite. Il n'empêche que mon objectif est de les rejoindre en fin de saison sur les podiums, en travaillant dur et sans se précipiter.

"Je voudrais viser un podium en fin de saison"

MNC : Moto3, Moto2 et WSSP, ça te fait trois catégories en trois ans. Est-ce compliqué pour toi de passer d'une moto à une autre ?
J. D. :
D'une bécane à l'autre, le passage le plus compliqué est de la Moto3 à la Moto2 parce que le 600 est un gros 4-temps, plus lourd, qui exige un autre style de pilotage. C'était un type de moto sur lesquel je n'avais pour ainsi dire jamais roulé. La marche était haute, plus que celle qui sépare le Moto2 du Supersport car je suis déjà habitué au gabarit et au moteur. Comme je te disais, il y a encore des choses à peaufiner en matière d'exploitation du pneu, mais dans l'ensemble l'adaptation est plus facile.

MNC : Tu débarques dans un nouveau championnat. Quelle image avais-tu du World Superbike ?
J. D. :
j'en ai plutôt une bonne image. En tant que passionné de moto je regarde toutes les courses, que ce soit le WSBK, le BSB ou l'AMA (Superbike américain , NDLR). Le paddock du World Superbike a l'air plus familial, mais les gens restent extrêmement professionnels. Je trouve même qu'ils sont plus pros qu'en Grand Prix ! Chez PTR Honda par exemple, les mécaniciens sont de vrais mécanos qui sont effectivement capables de démonter entièrement un moteur et de le remonter. Ce sont eux qui préparent mon moteur de course ! Tout le monde est extrêmement impliqué et sait comment la moto fonctionne.

Interview Jules Danilo (PTR Honda) : me prouver que je peux encore être compétitif

MNC : Il y a une expertise que tu n'as pas trouvé en Grands Prix ?
J. D. :
Il y a une véritable expertise en WSSP. Attention, je ne dis pas que ce n'est pas le cas en GP, mais ce n'est pas toujours le cas. Le niveau de professionnalisme dans mon team World Supersport est bien là.

MNC : Les Français ont souvent roulé fort en Supersport. Selon toi, est-ce dû à un pilotage plus fin, à un budget plus accessible qu'en Superbike, à des opportunités plus nombreuses ?
J. D. :
C'est dur de répondre... Je pense que l'explication la plus rationnelle, c'est qu'il n'y a pas de championnat Moto3 en France. Il n'y a plus de 125 ou de petites catégories comme ça, ce qui est vraiment dommage. J'ai eu de la chance de bénéficier de la filière Junior Cup en 2009, puis du 125 Open qui est devenu Moto3. On n'a plus cette culture de vraies petites motos de course en France. J'ai surfé sur la dernière vague, avant qu'ils arrêtent le championnat de France Moto3. C'est dommage car en Espagne il y a cette culture, avec aujourd'hui le Pré Moto4, Pré Moto3, Moto3. Tout cela contribue à la bonne préparation des jeunes, avec des châssis rigides.

"La France n'a plus cette culture de vraies petites motos de course"

MNC : Il existe une formule proposée par la FFM et Thierry Capella, Objectif Grand Prix...
J. D. :
Elle n'attire pas beaucoup de monde. Et c'est une catégorie Pré Moto3, ce qui fait que les petits qui montent en Moto3 en Espagne, par exemple, ont du mal à faire de bons résultats. Mais on pourrait en parler des heures car le problème est le même un peu partout. En France on fait la chasse au bruit, les homologations des pistes sont drastiques, tout est plus compliqué qu'en Espagne. Si tu commences à rouler sur du 600, on ne te donne pas l'opportunité de rouler sur une Moto3 car le pilotage n'est pas le même. Ici en Espagne, les pistes de kart sont bondées de gamins le samedi. Ils courent en championnat méditerranéen - basé vers Valence - ou en championnat d'Espagne RFME Pré Moto3 avec des mini motos de course, rigides. Dès le début, l'orientation est différente.

MNC : C'est aussi une histoire d'argent, non ? Quel est ton budget pour cette année ?
J. D. :
C'est délicat de te donner des sommes exactes...

MNC : Comparé au Moto 2 l'an dernier ?
J. D. :
Je peux te dire qu'entre le Supersport et le Moto2 j'ai divisé mon budget par deux, même un peu plus. Pour le coup, j'ai un très bon contrat avec l'équipe PTR. Je n'ai pas de salaire ou quoi que ce soit, mais grâce à mes partenaires j'arrive à tout boucler.

Interview Jules Danilo (PTR Honda) : me prouver que je peux encore être compétitif

MNC : Ce sont tes partenaires, sponsors et mécènes qui financent ta saison ?
J. D. :
Oui, exactement. En Supersport on fonctionne plus avec les bonus : si on arrive à se montrer, alors on est récompensé. Mais les budgets sont vraiment inférieurs. Sachant que l'an dernier déjà, ça me coûtait moins cher de rouler en Moto2 qu'en Moto3. C'est d'ailleurs pour ça qu'on avait pris la décision de monter. Après ma mauvaise saison, des teams étaient encore prêts à me faire rouler gratuitement mais je voulais avant tout être sûr du matériel mis à disposition, de l'équipe technique, etc. Quitte à apporter un peu de budget car je veux vraiment faire une année solide. Je ne voulais pas juste rouler en Supersport.

"Payer pour rouler ? Ce n'est pas normal, mais c'est comme ça"

MNC : MNC a évoqué ces problèmes avec Jérémy Guarnoni et Loris Baz (qui n'a pas de guidon cette année). Le fait de payer pour faire son boulot et risquer sa vie, c'est pour le moins étrange... Qu'en penses-tu ?
J. D. :
Je sais. C'est très étrange. J'en parlais justement avec un pilote anglais qui a roulé pour mon équipe l'an dernier mais est parti en cours de saison pour rouler en British Superbike chez PBM (Paul Bird Motorsport, prestigieux team anglais, NDLR). Justement parce que, oui, il roulait en Mondial, mais il devait apporter son budget, voyager tout seul loin de chez lui et il ne gagnait pas d'argent. Il en perdait, en fait ! Donc quand on lui a proposé de rouler sur une Ducati d'usine en BSB (en remplacement du malheureux Shane Byrne, NDLR), d'y jouer la gagne et d'être payé, la décision a été vite prise ! En World Supersport, je pense que tant que tu n'es pas dans le Top 6 environ, tu dois payer pour rouler. Et encore. Je sais que l'an dernier, Graddinger (coéquipier de Jules Cluzel chez NRT Yamaha, NDLR), qui termine 4ème sur les trois dernières courses, avait encore besoin d'apporter un gros budget. Et je reconnais que ce n'est pas normal. Quand je roulais vite et régulier en Moto3 sur la première moitié de saison 2016, j'étais alors 10ème du championnat et les négociations commençaient déjà pour la saison suivante... et on me demandait encore de gros budgets. C'est comme ça...

MNC : C'est l'occasion de remercier tes partenaires et sponsors ! Certains te suivent depuis longtemps et te sont restés fidèles malgré le manque de résultats et les pépins ?
J. D. :
Oui, quelque part mon partenaire le plus fidèle c'est Furygan. On va débuter notre dixième saison ensemble. Ils m'ont toujours soutenu, depuis mes débuts en 2009 et même en Grand Prix malgré mes saisons compliquées. Là, pareil avec mon passage en World Supersport.

MNC : C'était encore "Monsieur Jacques" qui tenait la boutique à tes débuts ?
J. D. :
Non, mais je m'entends très bien avec son fils qui a repris et avec tous les gars de là-bas : David Segura, Adrien Chareyre, David Robert... C'est vraiment agréable de voir comme la boîte a progressé, tout comme la qualité des cuirs. C'est top !

Interview Jules Danilo (PTR Honda) : me prouver que je peux encore être compétitif

MNC : As-tu des options pour 2020 ? On imagine que ce n'est pas évident de se projeter d'autant que, comme tu l'as toi-même signalé, il arrive que les pilotes ou équipes changent de plan en cours d'année !
J. D. :
Question difficile, surtout que je n'ai pas encore fait une course (sourire) ! Je pars du principe que si j'arrive à bien me débrouiller, à être performant sur tout le championnat, alors je mériterai de rester. Je n'arrêterai que si je dois continuer à apporter de gros budgets.

MNC : La saison 2019 sera donc décisive pour toi ?
J. D. :
Effectivement. Sportivement, j'ai envie de me prouver que je peux encore être compétitif. C'est l'objectif principal. Je vois à court terme. Je vais aborder les courses une à une, en essayant de tirer le meilleur de mon matériel.

"Effectivement, la saison 2019 sera décisive pour moi"

MNC : Dernière question. On a parlé de la couse à Magny-Cours, importante pour toi et tes fans français. Mais il y a déjà un autre rendez-vous : Donington Park, où ton team roule à domicile et organise traditionnellement un concert...
J. D. :
Oui, j'ai entendu parler de ça (sourire).

MNC : Tu joues d'un instrument de musique ?
J. D. :
Non. Enfin, je jouais un peu de la clarinette quand j'étais petit, un peu de piano (rires).

MNC : Tu vas donc pouvoir les accompagner !
J. D. :
Non, je ne pense pas. À la guitare éventuellement. Mais je ne suis pas encore bien au courant.

MNC : Tu nous tiens au courant. Merci d'avoir répondu à toutes nos questions, on te souhaite un excellent début de saison !
J. D. :
C'est sympa, merci beaucoup !

.

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