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PAROLE DE PRO
Paris, le 24 janvier 2023

Jean-Luc Mars (Triumph) : Nous sommes très satisfaits de notre Tiger 1200

Jean-Luc Mars (Triumph) : Nous sommes très satisfaits de notre Tiger 1200

Triumph a immatriculé 10 718 motos (+6,3%) en France en 2022. Pour Moto-Net.Com et ses lecteurs Premium, le directeur général dresse le bilan : Covid long, occasions en ébullition, location mise en avant, stationnement payant, deux-roues électrique, contrôle technique... Interview MNC de Jean-Luc Mars.

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Moto-Net.com : Le marché français du motocycle est en baisse... comparé à une année 2021 déconfinée. Le bilan 2022 est donc positif ?
Jean-Luc Mars (directeur général Triumph France) :
Pour comprendre ce qu’il se passe, il faut regarder les années 19, 20, 21, 22... Avant le Covid, le marché atteignait 185 000 motos et aujourd’hui, il se trouve à 182 500 motos. Entre temps, il y a eu une double anomalie : à la baisse en 2020 (178 000) et à la hausse en 2021 (195 000). Ce qu’on constate donc, c’est qu’on est quasiment stable au travers de ces quatre années marquées par le Covid. C’est effectivement une très belle performance, une très belle résistance.

MNC : Les multiples effets de la pandémie de Covid-19 restent sensibles. Lequel est le plus handicapant pour votre marque ?
JL. M. :
On a fait un travail de dingue à tous les niveaux (achats de composants, production, transport, etc.) pour maintenir son activité. La marque s’en est donc plutôt bien sortie, les chiffres le montrent. C’est l’avantage d’être une entreprise à taille intermédiaire et surtout avec une chaîne de décision ultra courte : aucun actionnaire, pas de "board "complexe, mais un PDG qui prend ses décisions au jour le jour. Il peut par exemple décider de lui-même d’acheter des pièces au prix fort ou de changer de fournisseur pour alimenter les usines et maintenir la production. Cela nous a permis d’atténuer les difficultés qu’ont connus beaucoup de constructeurs.

Un PDG qui prend ses décisions au jour le jour

MNC : À quel point les concessionnaires sont-ils bridés ? Leurs clients sont-ils compréhensifs ?
JL. M. :
Les concessionnaires ont du gérer des retards. En plus de la crise des composants, le transport international s’est excessivement allongé en début 2022. Entre la production et la mise à disposition de la moto, de "porte à porte" entre l’usine en Thaïlande et le concessionnaire français, il fallait compter 12 semaines au lieu de 9 habituellement. Ce qui était compliqué, c’était l’incertitude, la difficulté d’obtenir - donc fournir - des infos fiables sur les délais. Mais au global, les clients étaient bien informés, ils connaissaient notre situation et cela s’est bien passé.

MNC : Quels modèles ont particulièrement bien marché... pardon, roulé commercialement chez vous en 2022 ?
JL. M. :
La Trident est un gros succès c’est certain, elle est n°1 de nos ventes aujourd’hui. Mais nous sommes aussi très satisfaits des scores de notre Tiger 1200, par rapport à notre historique et au segment stratégique qu’il attaque. On voit bien que le gros trail GT a remplacé les GT pures et dures. On approche les 1000 immats sachant que nous avons lancé la moto avec un peu de retard tout fin mars : nous sommes dans les clous. La Tiger 900 est la machine qui, sans tambours ni trompettes, réalise un score assez remarquable et qui s’inscrit surtout dans la durée (on n’est pas dans un logique de lancement, ou de coup de promo). Idem pour la Tiger 850 Sport qui permet à la famille de frôler les 1400 machines (1188 + 152, NDLR).

MNC : Lesquels ont été le plus impacté par les ruptures de stock ?
JL. M. :
Nous avons connu des ruptures de production sur la famille "Classic" et manqué d’un peu de motos au coeur de la saison. Mais les quantités n’étaient pas très importantes. Pour le marché français, j’estime à 5/7 %, les commandes qui n’ont pu être servies.

MNC : Par simple curiosité, quels sont les scores de la Speed Triple RR, indissociés de ceux de la RS ?
JL. M. :
On est autour de 300 motos sur l’année. On souffre un peu de la particularité de cette moto qui ne rentre dans aucune case traditionnelle : ce n’est pas une hypersport, ni un roadster, a position est un peu extrême, les bracelets ne sont pas au goût de tout le monde... Mais en toute sincérité, c’est plus une moto d’image qu’une moto destinée à faire des volumes.

Des ruptures de production sur la famille "Classic"

MNC : Le marché de l'occasion est-il toujours en ébullition ?
JL. M. :
Ce marché reste assez fou, avec des valeurs assez élevées. Malgré cela, la plupart de nos concessionnaires sont en pénurie et aimeraient en avoir plus. La majorité des clients choisissent de vendre leur moto eux mêmes en raison des prix élevés. Lorsque la demande est forte et que l’offre en neuf ne suit pas, l’occasion est dynamisé.

MNC : Pour la première fois en France, les particuliers ont davantage loué qu'acheté leur nouvelle voiture (51 % LOA/LDD en 2022, Vs 10 % en 2012). Quelle est cette proportion dans la moto ? Quelle incidence a cette évolution sur votre activité ?
JL. M. :
Je ne pense pas qu’on puisse parler de la situation dans "la" moto car cela varie énormément selon les marques. L’auto est devenu un produit dépassionné, un "usage" que les ménages budgétisent mensuellement. En moto, on est encore sur de l’émotion, de la passion : l’envie de posséder est plus forte et il faut espérer que cela dure. Il faut aussi considérer que la LOA est un métier auquel tous les vendeurs moto ne sont pas forcément formés. BMW a été précurseur et il serait intéressant de connaître leurs chiffres. Triumph et Harley je pense, en ont fait une vraie stratégie de conquête et de développement car nous sommes sur des segments Premium avec des clients qui apprécient ce mode de fonctionnement. Aujourd’hui chez Triumph, la LDD représente 15 % de notre activité et nous souhaitons augmenter ce taux via un gros travail de formation des conseillers commerciaux dans les concessions.

MNC : En conséquence et d'après AAAdata, le prix moyen d'une voiture neuve est passé de 19800 euros en 2010 à plus de 32000 cette année. La valeur des motos montent aussi en flèche, non ? Les motards montent en gamme, en cylindrée ? Ou est-ce un effet pervers de la LOA ?
JL. M. :
Nos clients qui continuent d’acheter soit comptant, soit via des crédits classiques, ne perdent pas de vue le prix final de leur machine. Il est vrai que la LOA peut permettre d’inclure des accessoires ou de monter en gamme car on s’aperçoit finalement avec la valeur de revente du véhicule qu’on peut parfois sélectionner le modèle au-dessus pour 15 ou 20 euros de plus par mois, ce qui peut paraître relativement accessible. Là où je ne suis pas d’accord, c’est sur la valeur des motos qui "monte en flèche". Cela se voit dans l’automobile c’est vrai, mais pas dans la moto selon moi. Je fais assez fréquemment la comparaison du nombre de mois de SMIC nécessaires pour acheter une grosse cylindrée... Le chiffre est constant depuis la fin des années 70 : en 1978, lorsque je suis tombé amoureux de la moto, le smic était à 1400 francs et la Yamaha 1100 XS ou la Suzuki GS100 à un peu plus de 20 000 francs. Aujourd’hui, le smic est à 1350 euros et la Speed Triple à 18 500 euros. Cela signifie que les progrès effectués sur les moteur, châssis, freins, toute la technologie, ces coûts ont été absorbés par la hausse de la productivité. Alors évidemment, les motos paraissent toujours trop chères, surtout quand on compare les prix d’il y a cinq ans. Mais nous sommes dans une période d’inflation importante. Les constructeurs sont tous confrontés à une hausse du prix des matières premières et de l’énergie, ils ajustent donc les tarifs en essayant de limiter la casse. Mais les prix ne varient pas au jour le jour, en fonction de la parité euro ou livre/dollar, du prix de l’aluminium ou de celui des containers. Les marques lissent sur plusieurs mois, selon les prévisions. Si une hausse est annoncée ponctuellement, elles tachent de faire le dos rond. Il n’est pas dans leur intérêt de jouer au yo-yo, de monter aujourd’hui les tarifs pour baisser à nouveau dans six mois... On observe actuellement des hausses importantes pour le consommateur certes, mais qui sont bien insuffisantes pour nous. Les marges sont rognées en attendant que la tempête passe, ou en tout cas que la visibilité s’améliore. Le transport international commence heureusement à devenir un peu plus raisonnable et on surveille comme le lait sur le feu les premiers indicateurs de la banque de France, de l’Insee, etc. Des signaux semblent indiquer que le pic de l’inflation sera atteint en 2023.

La LOA peut permettre d’inclure des accessoires ou de monter en gamme

MNC : À quel point le stationnement payant dans Paris a touché vos concessionnaires franciliens ?
JL. M. :
C’est impossible de prédire l’impact d’une telle mesure sur le long terme. Il y a bien eu un coup de froid sur le marché au moment de la mise en place, en septembre-octobre. On en a beaucoup entendu parler, il y a eu beaucoup de peur, c’était pénible, mais il me semble que les gens ont cherché et trouvé des solutions. Nos confrères qui proposent des scooters ou des produits vraiment urbains ont bien évidement beaucoup plus souffert que Triumph.

MNC : D'autres grandes villes ne perçoivent pas davantage l'intérêt du deux-roues motorisés ?
JL. M. :
D’autres villes y viendront, c’est certain. Mais les motards qui seraient touchées par cette problématique sont ceux qui ne disposent pas de parking... Or si ces derniers venaient à renoncer à leur moto, ils devraient utiliser une voiture et payer le stationnement aussi. Je ne pense pas que nos clients abandonnent leur Bonneville ou leur Trident pour un vélo ou les transports en commun. Ou alors c’est minoritaire. Je pense plutôt qu’il ont trouvé d’autres solutions, comme le parking en sous-terrain par exemple.

MNC : Chez les 125cc, certains équivalents électriques pointent dans les meilleures ventes. Mais ce sont des marques chinoises qui s'illustrent. Comment l'expliquez-vous ?
JL. M. :
Je n’ai pas les éléments tangibles pour répondre. Je lis la presse comme tout le monde, le marché électrique en Chine est réputé important, donc j’imagine que les marques locales ont pris de l’avance. Qu’est-ce-qui fait que les grands constructeurs retardent leur entrée ? Sans doute leur volonté de proposer des produits aboutis, qualitatifs et compétitifs. Triumph travaille sur son projet, il en est au stade du développement, de l’expérimentation, il nous sert à tester des solutions, mais la moto électrique n’est pas pour tout de suite.

La moto électrique Triumph n’est pas pour tout de suite

MNC : Le contrôle technique peut-il servir notre cause ? En coinçant les rares motos et scooters trop bruyants, par exemple.
JL. M. :
Moto-Net.Com qui assiste au point presse de la chambre syndicale connaît la position officielle des constructeurs depuis le début, sur laquelle s’aligne Triumph : nous sommes OK pour un contrôle de conformité, pour quelque chose de très léger qui vérifie effectivement que les machines sont conformes à une homologation, ce qui inclut la taille des roues et des pneus, les freins d’origine, l’échappement homologué... Mais je ne suis pas convaincu qu’un contrôle technique résolve grand-chose (démonter et remonter un pot n’est pas compliqué) et je crois beaucoup plus en l’éducation, l’information sur les conséquences dramatiques qu’ont les motos excessivement bruyantes sur notre pratique. La tolérance au bruit est de moins en moins élevée, le Covid et ses confinements sont passés par là. Hélas, une minorité nous crée des soucis incroyables en termes d’acceptation par le reste de la société. Il faut communiquer, c’est selon moi plus efficace que le contrôle.

MNC : Le contrôle technique permettra aussi de mieux connaître le parc roulant français. Ces statistiques globales doivent intéresser les constructeurs, non ?
JL. M. :
Je ne pense pas. D’une part, on ne sait pas qui sera en charge du contrôle technique. Si ce devait être un organisme spécialisé type Dekra, je doute qu’il nous mette à disposition les statistiques (rires, partagés par MNC qui imagine toutefois une mise en vente de ces chiffres, NDLR). D’autre part, on voit quand même encore une grande partie du parc passer dans nos réseaux régulièrement, donc nous ne sommes pas complètement déconnectés. Oui, cela permettra de voir le motard qui entretient tout seul sa moto de 10 ans ou plus. Mais c’est marginal !

MNC : Quelles sont vos bonnes résolutions pour 2023 ?
JL. M. :
Nous allons continuer de travailler dur, avec humilité et surtout garder notre sens de l’humour.

MNC : Vous croisera-t-on au Salon de Lyon, qui lance traditionnellement la saison ?
JL. M. :
Oui bien sûr. Ce salon est devenu un incontournable du début de saison, il a su prendre la place laissée vacante. Nous nous y rendrons avec plaisir car il permet de bien démarrer l’année, de voir tout ce qui se fait dans tous les univers : le trial, le tout-terrain, la prépa, le custom, la sportive, etc. MNC fait bien de le souligner.

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