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Nîmes (30), le 22 juillet 2021

Essai Aprilia Tuono 660 : robe courte, grands plaisirs

Essai Aprilia Tuono 660 : robe courte, grands plaisirs

La désirable sportive Aprilia RS 660 déboutonne le haut et retrousse une partie du bas pour stimuler les sens(sations) en petite tenue : MNC résistera-t-il aux charmes de ce nouveau roadster Tuono 660 ? Allons-nous seulement essayer ?! Rien n'est moins sûr... Essai.

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Essai Tuono 660 page 1 : du (re)nouveau chez Aprilia

La famille "Tuono" a historiquement pâti d'un délit de sale tronche, depuis les premières générations de la sportive déshabillée d'Aprilia à moteur bicylindre Rotax. Les suivantes dotées du V4 maison perpétueront cette douteuse tradition jusqu'en 2015, année du "miracle de Noale" : le sulfureux roadster de 1100 cc adopte le triple optique de la RSV4 pour un look enfin à la hauteur de son extraordinaire potentiel !

Le constructeur italien a retenu la leçon pour la dernière-née de sa saga : la Tuono 660 reprend trait pour trait le sublime coup de crayon de sa nouvelle sportive RS 660, au point même d'avoir du mal à les différencier selon le profil. Et pour cause : les deux motos ne diffèrent physiquement que par le guidon relevé et la bulle raccourcie sur le roadster !

Par ailleurs, la Tuono 660 tombe le bas (de carénage) et "déboutonne" le haut pour davantage exhiber sa paire de… cylindres (!) de 81 mm d'alésage et 63,93 mm de course, "mensurations" identiques à la RS 660 puisque le même moteur les propulse. Sa tête de fourche s'allège également de quelques appendices, notamment derrière ses phares magnifiques et novateurs avec leurs extrémités qui intègrent les clignotants.

Sur le plan technique, les mêmes transferts s'observent : le roadster reprend tel que le châssis périmétrique en alu relié à un flatteur bras oscillant type "banane", les étriers de freins radiaux Brembo, le réservoir de 15 litres, l'instrumentation complète en couleurs et le silencieux court sous le moteur. Ce bloc, justement, est un twin vertical de 659 cc - homologué Euro5 - dont l'injection est gérée par un accélérateur sans câble.

Seule différence notable : la puissance du roadster est ramenée à 95 ch au lieu de 100 ch sur la sportive par le biais d'une cartographie différente, afin de rendre la Tuono 660 éligible aux permis A2 (la puissance d'origine d'une moto ne doit pas excéder le double du maxi accordé aux nouveaux permis, soit 47,5 ch). La transmission finale de la Tuono 660 est par ailleurs raccourcie pour muscler ses relances.

Moulin à sensations

MNC apprécie immédiatement la plus-value de cette modification : le bicylindre transalpin offre plus de répondant entre 2000 et 4000 tr/mn, plage de régimes où nos essais de la RS 660 - en versions d'origine et "coursifiée" - avait mis en évidence un relatif manque de "coffre" en comparaison avec ses rivales les plus démonstratives. 

L'allonge explosive entre 7000 et le rupteur à 11 500 tr/mn tend il est vrai à renforcer cette sensation, alors que ce moteur génial est pourtant loin d'être creux. Mais sa fougue est si intense dans la deuxième partie du compte-tours - sans surprise avec un rendement de 152 ch au litre (!) - qu'elle en éclipse ses bas régimes. Aprilia a littéralement développé un "moulin à sensations" !

La démultiplication plus courte de la Tuono 660 gomme avantageusement cette transition : l'accélération est davantage soutenue dans les intermédiaires, aux bénéfices de la réactivité en ville ou des dépassements éclairs à 90 km/h sur le dernier rapport à 4000 tr/mn. Descendre à 50 km/h en 4ème ne lui pose aucun souci : les relances sont toujours volontaires.

Souplesse, vitalité et sonorité suave : ce quatre-cylindres de RSV4 coupé en deux - un peu transformé, quand même ! - possède une réjouissante quantité d'arguments favorables. Chaque rotation de la poignée de gaz convoque une réaction dynamique grisante, bien aidé par le faible poids de la moto : "183 kg tous pleins faits" selon Aprilia soit exactement et - étrangement - la même masse que la RS 660 ?!

Seule ombre au tableau avec ce moteur expressif : sa désagréable propension à vibrer à partir des mi-régimes - comme sur la RS 660 -, d'abord au niveau de la selle et des repose-pieds à 5000 tr/mn puis dans les mains au-delà. Pour l'anecdote, un confrère a terminé notre roulage d'à peine 130 km avec des fourmis - rouges ! - dans les mains, alors qu'il ne s'estimait pas gêné par ces vibrations de prime abord…

Et le shifter, alors ?!

MNC regrette également la rugosité de la commande de gaz "Ride-by-wire" sur le mode moteur le plus sportif (1) : les 2ème et 3ème niveaux offrent davantage de souplesse, là encore comme sur la sportive. Le retrait du shifter présent sur la RS 660 est également dommage car la sélection de la Tuono est plutôt sèche. Surtout, son absence est difficile à légitimer à un tel niveau de prix : 10 550 euros !

A noter que la Tuono 660 fait par ailleurs l'impasse sur la sophistiquée centrale à inertie installée sur la RS 660, qui sert à peaufiner l'action des diverses assistances suivant l'angle de la moto : l'antipatinage réglable (8 positions), le frein moteur (3 positions) et l'ABS, le tout variant en intensité selon le mode de conduite sélectionné (Individual, Commute et Dynamic).

Mais au final, l'absence de cette "IMU" est peu perceptible sur route tant Aprilia maîtrise sa partition sur le plan électronique : les actions de l'ABS et du contrôle de traction sont fines et peu intrusives, d'autant que l'excellent grip des Pirelli Diablo Rosso Corsa II rend les pertes d'adhérence extrêmement rares !

Le retrait de cette centrale inertielle rend en revanche caduque la fonction de réglage des wheelings : si l'IMU de la sportive est capable de faire fait la différence entre un cabrage volontaire et une perte d'adhérence non désirée, le "cerveau électronique" du roadster coupe lui l'arrivée de puissance dès qu'il détecte une différence de vitesse entre la roue avant et la roue arrière. 

Les amateurs de "figures libres" devront donc désactiver l'anti-patinage pour défier les lois de l'équilibre sur une roue, alors que la RS 660 permet de conserver le filet de sécurité offert par le contrôle de traction tout en autorisant les wheelings via la fonctionnalité dédiée.

Compromis sportif

Le comportement de la Tuono 660 est sans surprise proche de celui la RS 660 : normal puisque les deux partagent exactement la même partie cycle, à quelques subtilités près ! Aprilia France nous révèle notamment que la fourche Kayaba de la Tuono est un "léger cran" en dessous en termes de sophistication, avec des réglages uniques déportés sur le tube droit. 

Cette distinction n'affecte pas l'agilité extraordinaire de cette moto courte (1370 mm d'empattement seulement !) et compacte, sur laquelle un pilote d'1m75 touche le sol de justesse de chaque côté. Heureusement que son réservoir fortement échancré favorise l'accessibilité : la Tuono est d'une finesse digne d'une 300/400 cc !

Son assise se révèle par ailleurs assez ferme et étroite, en plus d'être légèrement en pente : le confort est du genre spartiate, avec une forte orientation sportive qui se perçoit également par ses repose-pieds hauts et reculés. Rien d'étonnant puisque tous ces éléments proviennent directement de la RS 660 qui évolue dans un registre sensiblement plus "sport" que "GT" !

Seule la posture diffère réellement entre le roadster et la sportive grâce au guidon plat et large, qui "ouvre" agréablement les épaules et redresse le buste. La position reste cependant portée sur l'avant, car ce cintre est fixé sans recul sur un pontet court : l'Aprilia annonce immédiatement sa préférence pour un pilotage énergétique, et non pas une conduite décontractée ! 

Prompte à plonger en courbe, la Tuono 660 délivre un véritable récital dans le sinueux : son train avant possède le tranchant et la précision d'un scalpel, en plus de se montrer stable à hautes vitesses. Maintien d'assiette et motricité sont également hors de critique, tout comme le freinage qui réunit répondant, fin dosage et constance à l'avant comme à l'arrière.

Le compromis sportif des suspensions se fait cependant ressentir dans les parties bosselées : la Tuono 660 réagit d'un bloc avec une certaine sécheresse sur les successions de bosses, à l'opposé par exemple des réactions plus "mollassonnes" d'une MT-07. L'Aprilia y gagne en efficacité ce qu'elle sacrifie en agrément…

Ce phénomène est surtout perceptible à l'arrière : l'absence de biellettes sur l'amortisseur impacte sa progressivité sur les petits chocs, avec à la clé un comportement sautillant dans les zones les plus tourmentées. La Tuono 660 garde toujours le cap, quels que soient l'angle et la vitesse, mais les secousses incitent parfois à rendre la main. 

Dommage, car le potentiel est là : l'amortissement est indubitablement de qualité, comme le reste de la moto par ailleurs, mais ses tarages - associés à sa selle ferme - ne sont pas idéaux dans une optique strictement routière. A nos yeux, la Tuono 1100 offre un meilleur compromis grâce à sa plage de tolérance plus étendue. Un comble, non ?!

Verdict : chère alternative 

Aprilia vise juste avec sa nouvelle plateforme "660" : son nouveau moteur est une réussite, qui associe rendement fabuleux, caractère enjoué et facilité d'exploitation. Le poids plume de ses motos plaide également en faveur d'un retour à des moyennes cylindrées : c'est un véritable régal de manier du bout des gants cette Tuono 660 sans craindre d'être débordé par sa masse, tout en se régalant de ses accélérations hyper toniques !

Problème : à 10 550 euros (- 500 € Vs RS 660), la Tuono 660 évolue entre deux strates dans une catégorie ultra-concurrentielle... Si sa cylindrée l'oriente contre des motos accessibles et populaires d'environ 700 cc - qu'elle surclasse haut la main - , ses performances et son prix la classent clairement dans la catégorie supérieure. 

Et c'est là que la bât blesse : la MT-09 revendique 24 ch supplémentaires (119 ch) et seulement 6 kg de plus pour... 9499 euros. Soit 1051 euros en faveur de la Yamaha, qui balance aussi beaucoup plus de couple - 93 Nm contre 67 - grâce à son "gros" 3-pattes de 890 cc ! 

Certes l'équipement et la partie cycle plaident en faveur de l'Aprilia, qui tient aussi la dragée haute à la Kawasaki Z900 à 9699 euros : la "Zed" lui colle 30 ch (125 ch)... mais avoue quelque 30 kg supplémentaires (212 kg tous pleins faits). Contrepartie logique de son 4-cylindres de 948 cc, soit presque 300 cc de plus que la Tuono 660 : l'équivalent d'une petite moto ! 

Mais la comparaison avec l'excellente Street Triple R à 9900 euros est plus épineuse pour la Tuono 660 : la Triumph de 765 cc est plus performante (118 ch), en plus de recevoir des étriers Brembo, des suspensions Showa entièrement réglables et trois modes de conduite. Et l'anglaise - par ailleurs mieux finie - avoue même un kilo de moins : 168 kg à sec contre 169 kg ! 

Sans parler de la KTM 890 Duke à 10 399 euros et de son bicylindre de 889 cc qui envoie 115 ch et 92 Nm... Bref, si Aprilia dispose d'une belle carte à jouer, il lui faudra convaincre les motards de débourser le prix d'une "grosse" moto pour s'offrir un poids plume bourré d'énergie, alors que dans cette catégorie c'est plutôt l'inverse qui tend à être apprécié...

L'absence de shifter et de l'IMU peut dans ce sens être reproché à la Tuono 660, ainsi que son amortissement un poil exigeant : la Triumph, notamment, place le curseur du compromis au bon endroit, alors que la MT-09 a remarquablement progressé en la matière lors de sa dernière refonte. Sport ou confort : certains roadsters n'imposent pas de choisir !

Quelques détails de finition sont également à améliorer, comme le passage des câbles et durit côté gauche du moteur ou l'aspect basique des commodos. Le vase d'expansion et son bouchon remplisseur visibles dans le retour de carénage droit trahissent aussi son statut de "sportive déshabillée".

Enfin, dernier écueil possible : les craintes potentiellement suscitées par le changement de moteur des Tuono 660 et RS 660 en réaction à une non-conformité sur des bielles fabriquées par un sous-traitant… Un peu frustrant tant cet attirant roadster et la réussie sportive valent le détour : vivement l'arrivée du trail Tuareg 660 sur la même excellente base.

  • Suite de notre essai avec notre fiche technique Tuono 660 en page 2

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CONDITIONS ET PARCOURS

 
  • Moto d'origine
  • Kilométrage au départ : 657 km
  • Parcours : secondaire et ville 
  • Roulage : 130 km
  • Pneus : Pirelli Diablo Rossso II
  • Consommation : non mesurée
  • Problèmes rencontrés : RAS
 
 
 

POINTS FORTS TUONO 660

 
  • Lignes et équipements alléchants
  • Sensations et performances moteur
  • Partie cycle taillée pour l'arsouille
 
 

 

POINTS FAIBLES TUONO 660

 
  • Tarif prohibitif
  • Vibrations pénibles 
  • Amortissement sportif
 
 
 
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