WSBK - Interview Christophe Guyot (Yamaha GMT94) : ''It's a Long Way to the Top''...
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Paris, le 10 octobre 2018

Interview Christophe Guyot (Yamaha GMT94) : ''It's a Long Way to the Top''...

Interview Christophe Guyot (Yamaha GMT94) : ''It's a long way to the top''...

Moto-Net.Com a profité de l'épreuve de WorldSBK à Magny-Cours pour s'entretenir avec le patron du GMT94. Christophe Guyot nous parle de son projet en World Supersport, moins évident que prévu mais censé redonner espoir aux jeunes qui veulent percer en vitesse moto. Interview.

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Pas facile pour Christophe Guyot de nous recevoir dans la semi-remorque de son team GMT94, rutilante, garée à côté des camions des teams Yamaha d'usine engagés en World Supersport - comme lui cette année - et en World Superbike - comme lui bientôt ?!

Dire que le patron est très occupé en ce vendredi après-midi est un doux euphémisme : un oeil sur son poulain Corentin Perolari qui se hisse pour la première fois au niveau des cadors de la catégorie, l'autre sur la horde de supporters qui trépignent d'impatience à l'idée de visiter le box du GMT... Ohé Christophe, on est là !

Mais la patience paye et le Journal moto du Net va finalement l'avoir rien que pour lui ses lecteurs durant une bonne demi-heure. Au menu : la ferveur des fans du GMT94, le projet du GMT en World Supersport, le début de saison 2018 loupé, les formidables progrès de Corentin Perolari, l'arrêt de l'endurance, les fausses pistes empruntées par les jeunes en vitesse moto et celle conseillée par Christophe... sans oublier la jolie dédicace à David Checa !

 Interview Christophe Guyot (Yamaha GMT94) : ''It's a long way to the top''...

Moto-Net.Com : Courir à domicile devant son public, c'est spécial ?
Christophe Guyot :
Cette année plus que jamais ! Le circuit de Nevers Magny-Cours voulait proposer de nouvelles choses. Avec le GMT94, nous avons donc monté une opération spéciale à l'attention de nos supporters pour leur donner envie de venir. On a donc proposé des places à 40 euros au lieu de 60, avec deux heures de paddock le samedi soir et une tribune dédiée. Le nombre de tickets était limité à 500.

MNC : Toutes les places ont trouvé preneur ?
C. G. :
Très rapidement oui, en moins d'une semaine. Vu le succès, je pense que ce ne sera pas limité comme ça l'an prochain. Il faut savoir que pour bénéficier du tarif réduit, il fallait une tenue du GMT94. Ce qui est intéressant c'est que nous avons constaté, au vu des documents comptables, que de rares personnes ont acheté un vêtement en même temps qu'un billet. La quasi-totalité des acheteurs détenait donc déjà un vêtement. Ils sont venus à Magny-Cours parce qu'ils avaient l'opportunité d'entrer dans le paddock et de nous rencontrer dans le village. On se rend compte que l'engouement pour cette discipline est bien présent. Sachant en plus qu'au moment où les places ont été mises en ventes, notre pilote n'était pas encore très connu. Nous étions en milieu de grille et nous venions d'en bas...

L'objectif a été complètement revu

MNC : Reprenons, justement. Quel était l'objectif du GMT94 lors de son inscription en World Supersport cette année ?
C. G. :
Dès qu'on a été champion du monde d'endurance en 2017 (pour la troisième fois, NDLR), on savait qu'on repartait vers la vitesse (pour la deuxième fois, NDLR). L'objectif était de construire le team en 2018 avec un pilote d'expérience, Mike di Meglio, puis d'intégrer un jeune en 2019. On voulait disposer d'une locomotive et d'un projet au service des jeunes. On se disait qu'avec un champion du monde de vitesse, dans une catégorie qui n'est pas très compliquée techniquement par rapport au Moto2, MotoGP ou World Superbike, ça devrait le faire. En plus de cela, nous avions eu une première expérience plutôt réussie (en 2008, NLDR). On a manqué des podiums à plusieurs reprises, mais on a fait des quatrièmes places et des premières lignes avec David Checa. Tout ça à une époque où le règlement technique était beaucoup plus complexe qu'aujourd'hui, c'était pas mal ! Mais force est de constater que l'objectif a été complètement revu...

MNC : En quoi consistait le projet pour les jeunes ?
C. G. :
Nous souhaitons donner sa chance à un jeune pilote. Le sortir du système où, si tu n'as pas de sous, tu ne roules pas ! A mon sens, c'est ce qui a détruit l'enthousiasme des jeunes un peu partout dans le monde. On ne voit plus de jeunes courir après des pilotes d'expérience : Shane Byrne en Angleterre, Carmelo Morales en Espagne, Kenny Foray ou Jérémy Guarnoni en France, Toni Elias aux États-Unis... On veut leur redonner espoir car aujourd'hui, si tu deviens champion à 18-19 ans mais que tu n'as pas 150 000 euros pour monter en World Supersport, ce n'est pas la peine !

 Interview Christophe Guyot (Yamaha GMT94) : ''It's a long way to the top''...

MNC : Titré une quatrième fois en championnat de France SBK en 2016 avec David Checa et une troisième fois en championnat du monde d'endurance en 2017, le GMT94 a déchanté en 2018 en WSSP. À quoi est dû le "faux départ" de Mike Di Meglio ?
C. G. :
On ne va pas revenir dessus... C'est pire qu'un faux départ, il n'y a même pas eu de départ. On était dernier, avant-dernier. C'était la stupéfaction, il y a pas d'autre mot. On n'a rien compris au début. Et après deux courses, Mike me dit "j'arrête". Après, il faudrait lui demander directement pourquoi il a voulu arrêter. On en a discuté ensemble, il continuait de rouler avec nous en endurance et j'ai très bien compris qu'il ait mal vécu l'Australie et la Thaïlande. C'est pour ça que je dis qu'il n'y a pas eu de départ : ça s'est arrêté avant même que ça puisse commencer à fonctionner... Ta question amène la suite, j'imagine. Le vrai départ, c'est Corentin !

MNC : Vous avez finalement choisi de parier sur un jeune !
C. G. :
Quand Mike a dit "stop" en Thaïlande fin mars, on s'est réuni et on a décidé de démarrer le projet "jeune" plus tôt. Le raisonnement est alors que de toute façon, prendre un pilote d'expérience, ça ne fonctionne pas (sourire). Il aurait tellement d'attentes, voudrait gagner tout de suite et ne pourrait sans doute pas, donc se démoraliserait très vite, comme Mike, peu importent les raisons. Puisqu'on débute, prenons un pilote qui débute aussi !

Nous partons sur ce nom, confiants

MNC : Tu fais alors appel à Corentin Perolari, méconnu en France mais qui avait fait ses preuves en Espagne... Pourquoi lui ?
C. G. :
J'en discute avec mon fils Rémi qui est étudiant en Master de marketing et communication, un passionné de sports qui veut vraiment s'engager dans le coaching sportif et est très impliqué avec des jeunes, pas uniquement en moto d'ailleurs... Je lui demande une liste de noms, dont Perolari.

MNC : Tu le connaissais ?
C. G. :
Non ! En fait j'appelle Poncharal (team manager de Tech3 en Grands Prix, NDLR), qui m'avait déjà demandé précédemment pourquoi je ne lançais pas mon projet "jeune" tout de suite. Je le rappelle donc avec cette liste et je lui demande son avis. Il s'est arrêté sur Corentin Perolari. Il me dit d'en parler à Adrien Morillas, qui me confirme que Corentin a vraiment du talent, qu'il y a quelque chose à faire. Donc nous partons sur ce nom, confiants. Arrivé à Aragon, d'entrée de jeu il était 16ème. Avec la moto de Mike. Donc déjà beaucoup mieux, avec en plus une fraîcheur, un enthousiasme : pour lui, c'était la chance de sa vie alors que pour Mike, ça risquait de devenir la destruction de sa carrière...

 Interview Christophe Guyot (Yamaha GMT94) : ''It's a long way to the top''...

MNC : L'intégration de Corentin a dû se faire dans de drôles de conditions, loin d'être optimales...
C. G. :
Non, c'est le moins qu'on puisse dire ! Il débarque à Aragon (troisième manche de la saison, NDLR) quand les autres ont déjà deux épreuves dans les jambes. Il en rate deux derrière à cause de notre engagement en endurance... Et puis on s'est rendu compte avec Niccolo Canepa, qui est venu essayer la moto au Mans, qu'il y avait des problèmes de suspensions. Merci à lui au passage, qui nous a aidé à franchir un cap après la première course de Corentin. Niccolo est d'ailleurs également présent à Magny-Cours pour guider Corentin, par simple amitié... C'est vraiment chouette de sa part.

MNC : Corentin a été en constante progression cette saison. On t'imagine très satisfait ?
C. G. :
Ce n'est pas fini... Il progresse vraiment vite. Nous étions à Carole avant-hier, car c'est quand même notre repère. Quand on a vu qu'il avait gagné une demi-seconde là-bas, on a su que le Top 10 était assuré. À Portimao, il atteint le Top 10 à l'arrache, vraiment à l'arrache. Ici à Magny-Cours il chute, loupe une demi-heure dans les stands en FP2 et doit se remettre en confiance, car il reste fragile et a encore des choses à apprendre... Mais il prouve qu'il a le niveau pour être dans les cinq. Six ce matin, six cet après-midi, c'est tout de même génial : c'est le championnat du monde !

Personne n'a cru qu'on arrêtait l'endurance

MNC : Pour Corentin comme pour l'équipe, ce n'était pourtant pas évident de progresser et à cause des chevauchements des calendriers WSBK et EWC, vous avez raté quelques courses Supersport. C'est pour se concentrer sur le SSP que le GMT arrête l'endurance l'an prochain ?
C. G. :
La première des raisons, c'est que je sais depuis 2016 que nous allons nous engager en vitesse mondiale. On le sait depuis 2016 car le règlement a changé : Dorna a repris le championnat WorldSBK et le Supersport me semble vraiment adapté à notre équipe pour espérer être champion du monde. Après, on est vice-champion du monde d'endurance en 2016... Or on ne peut pas arrêter avant d'avoir été champion du monde avec la nouvelle R1. En 2017 on est champion, on sait qu'on part en vitesse. Mais à ce moment-là, je n'imaginais pas quitter l'endurance. Je savais qu'on partait en Supersport mais tu vois, comme entre 2005 et 2009, je pensais disputer les 24 Heures du Mans et le Bol d'Or. À l'époque d'ailleurs, personne n'a vu qu'on avait quitté le championnat du monde d'endurance parce qu'on gardait Le Mans et le Bol (rires). Il se trouve que jamais dans l'histoire des deux championnats, les 24H et le Bol n'étaient entrés en concordance de dates avec le Superbike. Ainsi que toutes les autres courses ! J'ai averti très tôt les promoteurs qu'on ne pourrait pas faire les deux. Bon, ce n'était pas grave pour eux.

MNC : Est-ce que l'annonce de votre retrait de l'endurance a surpris ?
C. G. :
Énormément. Personne ne l'a cru, y compris chez nous, chez nos partenaires ou chez les journalistes. C'était très surprenant parce qu'au final, la vitesse fait partie de notre histoire. Celui qui nous a cru, vraiment, c'est Éric de Seynes (directeur général de Yamaha Motor France puis Europe, NDLR), à qui j'ai parlé de tout cela dès 2016. Je lui ai dit que j'allais quitter l'endurance pour le Superbike. Il m'a répondu que ça ne l'arrangeait pas, mais il savait pertinemment que c'était ce que je voulais faire. Des partenaires comme la Mutuelle des Motards et d'autres se sont dit que c'était un fabuleux projet, pour les jeunes notamment. C'était tout remettre en question, se lancer dans un nouveau défi. Comme je t'ai dit, je pensais rester au Mans et au Bol. Mais si ce n'est pas possible, j'ai envie de dire que c'est un mal pour un bien parce qu'on va pouvoir se concentrer à 100% sur la vitesse, qui est une discipline très difficile. Au fond, c'est très bien que ça passe comme ça.

 Interview Christophe Guyot (Yamaha GMT94) : ''It's a long way to the top''...

MNC : Le World Supersport est une catégorie que la FIM et Dorna cherchent à redynamiser. Votre engagement en WSSP répond-il à une volonté des organisateurs d'attirer de grands noms ?
C. G. :
Nous avons été extrêmement bien accueillis sur les plans sportif, logistique, communication, administratif... Je suis d'autant plus reconnaissant qu'ils m'ont laissé rater trois courses cette saison, avec toutes les complications que cela pouvait entraîner : de l'histoire de Dorna, il n'était jamais arrivé qu'on autorise une équipe permanente à ne pas venir à cause de concordances de date. Cela explique aussi la raison de mon engagement sur l'année suivante. Ce n'était peut-être pas un contrat écrit, mais c'était entendu. Quand un promoteur vous laisse terminer ce que vous avez commencé ailleurs, en respectant votre choix, il faut assumer. Ils ont bien essayé de nous avoir sur l'intégralité du calendrier. Mais on n'était déjà en difficulté alors si en plus je ne pouvais pas être sur place, envoyer mes meilleurs mécanos (rires), qu'est-ce que ça aurait donné ? C'était pire que de ne pas être là.

MNC : Le circuit de Nevers Magny-Cours devait être intéressé aussi, car le GMT ça attire du monde...
C. G. :
Oui, à Magny-Cours aussi il y avait un réel désir de nous voir rouler, même si on s'y est pris un peu tard pour monter notre opération. Mais je crois que les responsables n'y ont pas cru non plus. Enfin, je le sais. Lorsque j'ai revu l'équipe en septembre, je leur ai dit que c'était quand même dommage de ne pas s'y être mis un peu avant. Mais ils m'ont répondu qu'il ne pensaient alors pas que j'arrêterais l'endurance ! Ils ont vu qu'on luttait au début, puis qu'on a loupé des courses. Ils n'ont pas vu le truc arriver.

On sera champion du monde un jour, sinon on ne serait pas là !

MNC : Les fans du GMT94 eux, ont tout de suite répondu présents ?
C. G. :
Avec eux, c'était tout le contraire. Ce qui est génial, c'est que les supporters du GMT nous ont vu arriver ! Tu lances un message sur Facebook et en cinq heures tu as vendu les 100 places grâce à la mention Paddock. Par chance, Magny-Cours a accepté que tout le monde ait finalement accès au paddock.

MNC : Le GMT bénéficie-t-il de conditions avantageuses pour rouler en WSSP ?
C. G. :
Oui, nous avons une aide du promoteur. C'est sûr que les courses outre-mer, c'est bien plus simple pour nous que les 8 Heures de Suzuka en endurance. Après, c'est dans leur intérêt. Notre projet est un très grand message d'espoir, d'enthousiasme et d'optimisme pour les jeunes. À tous les niveaux d'ailleurs : mécaniciens, pilote, public... Et on peut voir au niveau des statistiques auxquelles on a accès, notamment via les réseaux sociaux, que 64% des gens qui nous suivent ont moins de 34 ans, 30% moins de 24...

 Interview Christophe Guyot (Yamaha GMT94) : ''It's a long way to the top''...

MNC : C'est précieux pour le monde de la moto en général et les constructeurs en particulier, qui cherchent à rajeunir leur clientèle...
C. G. :
C'est exactement ça. Et en compétition c'est ce que je disais tout à l'heure : il n'y a plus de jeunes pour aller chercher les champions. Regarde le cas Corentin, qu'on a pris parce qu'il ne peut que devenir bon.

MNC : Corentin restera au GMT en 2019 ?
C. G. :
Il y a de très fortes chances. On a décidé de terminer la saison, de lui donner du temps. Tout se décidera après le Qatar. Pour le moment, on est dans la phase de progression. On voit jusqu'où ça va, mais pour ça il faut lui donner du temps. Rien n'est décidé pour Corentin. Ce qui est certain, c'est que nous serons là l'an prochain. Et on gagnera, il n'y a pas de doute là-dessus ! On sera champion du monde un jour, sinon on ne serait pas là !

MNC : Tu vas nous dire que ce n'est pas décidé non plus, mais est-il envisageable d'aligner une seconde moto la saison prochaine avec, comme tu le pensais au début, un pilote "locomotive" qui ait un palmarès, des sponsors et une aura qui permettent d'attirer l'attention ? Un gars de la trempe de Jules Cluzel, c'est un nom comme ça... Ou partiriez-vous sur un deuxième jeunot pour motiver les petits français à pratiquer ce sport ?
C. G. :
On fera le bilan après le Qatar, une fois qu'on saura où en est Corentin. Après Magny-Cours, nous avons encore deux courses à disputer (en Argentine et au Qatar, NDLR). C'est le bon timing pour mesurer notre niveau, avec Corentin d'abord. À ce jour, tous les projets sont ouverts. Aurons-nous besoin d'une locomotive ou d'un jeune ? On verra. Nous restons concentrés sur la fin de saison, on vient tout juste de franchir une belle étape et ce n'est pas fini. Ce n'est pas non plus "youpi"... Ce que nous voulons, c'est amener un jeune à devenir champion du monde demain. On sait que ça le fera. Pour reprendre une phrase de Bon Scott (premier chanteur du groupe AC/DC, NDLR) : "It's a Long Way to the Top" (La route vers le succès est longue, NDLR) et on ne s'arrêtera pas.

 Interview Christophe Guyot (Yamaha GMT94) : ''It's a long way to the top''...

MNC : Yamaha dispose d'un team de pointe en WSSP, le GRT, qui fait rouler Mahias et Caricasulo. Est-ce que Yamaha pourrait considérer le GMT comme son team "junior" ? Avez-vous le soutien officiel de la marque ?
C. G. :
Pour l'instant, ce projet est le notre. Maintenant, je sais qu'Éric de Seynes nous observe d'une oeil bienveillant. Même s'il m'a avoué qu'il préférait me voir en endurance, car comme tu le dis, ils n'ont pas besoin de nous ici.

MNC : Yamaha a déjà le YART en endurance...
C. G. :
Oui, mais Éric m'a dit que c'était génial d'avoir le GMT94 en endurance... Alors qu'en Supersport, la R6 gagne déjà, avec les deux officiels mais aussi avec Cluzel, Cortese, Krummenacher... Leur moto marche et n'a plus rien à démontrer. Mais Éric de Seynes est quelqu'un qui fait du sport. Il comprend donc mon projet. Et il a compris toutes les choses potentiellement intéressantes pour sa marque. C'est ce qu'on est en train de construire.

Je ne demanderai jamais un euro à un pilote

MNC : La présence d'un patron français à la tête de Yamaha Europe facilite-t-elle les choses pour toi ? Un peu, beaucoup ?
C. G. : 
Éric est un vrai patron, qui délègue. Je l'ai auprès de moi comme conseiller depuis dix ans, bien avant qu'il ne soit chez Yamaha. Je l'ai rencontré en 2005, quand j'ai organisé la course d'Albi. Aujourd'hui chez Yamaha Europe, il a ses équipes. C'est un italien qui gère le marketing et c'est avec lui que je vais être en relation, que tout va se faire, que tout se décidera. Mais Éric pourra m'apporter des conseils pour répondre aux attentes de Yamaha. Or je pense qu'on peut trouver des tas de points communs, car nous devons relancer la moto auprès des jeunes. Le GMT peut être un bon outil. Car notre projet va au-delà du "racing", on en a très peu parlé d'ailleurs.

MNC : C'était aussi notre angle d'attaque !
C. G. :
Oui, mais c'est parce que notre projet s'y prête. Il faut que tout le monde comprenne ce qui est en train de se passer. L'intérêt n'est pas de gagner ou d'être champion du monde en soi mais comment, avec qui et pourquoi...

 Interview Christophe Guyot (Yamaha GMT94) : ''It's a long way to the top''...

MNC : Un autre poète d'origine écossaise, Robert Louis Stevenson, aurait dit : "l’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage"...
C. G. :
C'est ça. Aujourd'hui, je reçois des pilotes - français ou pas - qui me disent "Christophe, cette année j'ai donné 60 000 euros à telle équipe, l'année précédente j'ai donné 55 000 à une autre et je me suis fait avoir, je n'ai pas fait de résultats. Est-ce que tu peux me prendre si j'ai 50 000 euros, parce que j'aimerais rouler au GMT". C'est un vrai défilé de pilotes ou de managers... Je suis effaré, les pauvres... Ma réponse est claire : je ne demanderai jamais un euro à un pilote. Je peux les aider, mais ils peuvent oublier leur apport ! Ca ne fonctionnera pas comme ça ici. Je peux ou non engager une R3. A priori , ce n'est pas prévu. Ce qui m'intéresse quand ils viennent me voir, c'est de connaître leur niveau. J'ai vu un pilote titré en Promo par exemple, qui pour moi est déjà un très bon pilote. Mais je ne sais pas l'évaluer. Avait-il de l'argent pour préparer une bonne moto ? En Supersport j'ai mes repères, c'est Mahias. En championnat de France, je connais ses chronos. S'il roulait aujourd'hui, il irait une seconde plus vite que Bulle ou Boulom, qui sont déjà de très bons pilotes. Si tu vas en championnat de France et que tu roules avec eux, que tu deviens champion ou que tu termines cinquième, alors tu es aussi un très bon pilote. Mais si tu roules une seconde plus vite qu'eux, alors là, on va te regarder. Et ça va te coûter beaucoup moins que 50 000 euros ! Ta R6, tu peux quasiment l'acheter le prix que tu vas la revendre avec un concessionnaire et des gens motivés. T'as 18 ans, de l'envie, il va se passer plein de choses... Et là, je redonne de l'espoir.

MNC : Il faut rappeler aux jeunes pilotes de ne pas griller les étapes ?
C. G. :
Les jeunes qui viennent me voir, je les redirige vers leur championnat national en France, en Italie, en Espagne ou en Angleterre... Le message, c'est "soit champion chez toi, en catégorie Supersport, dans laquelle les teams internationaux ont des repères". On en revient à Corentin, à qui j'ai dit avant-hier : tu seras dans le Top 10 à Magny-Cours car à Carole, Mahias tourne en 1'00,9 avec un moteur d'origine et toi, sur une moto un peu mieux préparée - une paire d'arbres à cames qui offre 7 à 8 chevaux de plus -, tu viens de tourner en 1'00,7. Il en manque encore un peu, mais pas des masses. Si tu roules en 38 au Mans sur une 600 - ce qu'a fait Mahias -, tu as le niveau pour aller en Mondial.

Nous au GMT, on ne vend rien

MNC : C'est aussi le but de la FIM et Dorna, qui ont supprimé le championnat européen de Superstock 1000. Pour clarifier leurs catégorie World Supersport 300 et 600, Superbike 1000... et redorer l'image des championnats nationaux ?
C. G. :
Pour l'instant, je parle d'une catégorie qui me paraît simple, le Supersport. On peut comparer une moto du championnat du monde et une moto de rang national. Prenons l'exemple de Sooner qui a couru au Portugal. Ce type de gars, on sait qu'en championnat national il occupe telle place et qu'il est 12ème en World Supersport. Du coup on peut comparer. Celui qui tournerait une demi-seconde plus vite que Sooner il irait très vite, on peut aller le chercher. À mon avis, il faut donc impérativement s'inscrire dans ces catégories. Il faut foncer en championnat national pour, ensuite, être appelé en Mondial. Jusqu'à aujourd'hui, les championnats nationaux avaient tendance à se vider car les pilotes estimaient qu'il n'étaient pas regardés, pas repérés, qu'on attendait d'eux 150 000 euros pour rouler en Mondial. Il faudrait que des écuries arrivent à faire monter ses jeunes. Il en existe, nous ne sommes pas les seuls. Et je ne porte pas de jugement de valeur sur les autres qui ne peuvent pas se le permettre, car la situation économique est tendue et qu'ils n'ont pas la chance d'avoir des partenaires comme les miens. On pourrait condamner Avintia d'avoir engagé Christophe Ponsson parce qu'il a mis je ne sais combien sur la table. Mais si sans cela, Avintia ne peut pas rouler ? Dans les teams officiels, il faut en gros des pilotes d'expérience pour que la marque gagne tout de suite. Nous au GMT, on ne vend rien. La Mutuelle des Motards, Quorum, le département 94, l'ensemble des partenaires sont derrière notre projet. Mais que leur apporterait une victoire ou un titre, au fond ? En revanche, ce qui est intéressant pour eux, c'est de pouvoir dire : "on a gagné comme ça, avec un jeune de 20 ans qui a fait ses preuves en championnat de France puis a brillé en championnat du monde".

 Interview Christophe Guyot (Yamaha GMT94) : ''It's a long way to the top''...

MNC : Sauf que le temps c'est de l'argent, ou du luxe. Ce n'est pas nouveau et rares sont les teams à pouvoir s'accorder du temps. Il faut rentabiliser, vite...
C. G. :
On vit effectivement dans un monde où tout va trop vite. On ne veut plus laisser le temps aux jeunes, on ne leur donne pas le temps. Quand Corentin est arrivé, j'en avais déjà qui poussaient des "il a fait 16, 15... c'est bon, tu ne vas pas le garder quand même"... Nous aussi on a reçu, on a pris cher ! Mais on ne s'est pas déstabilisé. Le fait est que si tu prends un jeune, tu prends aussi du temps. Surtout quand le pilote t'a été conseillé par Poncharal et validé par Morillas... Je ne vais tout de même pas jeter le bébé avec l'eau du bain (rires). Il faut lui donner sa chance, entièrement.

Je n'ai aucun regret sur l'endurance

MNC : Pour conclure, tu vas naturellement continuer à suivre l'endurance, non ?
C. G. :
Je dois dire que je n'ai aucun regret sur l'endurance, au contraire ! Je n'ai que des remerciements à formuler pour cette discipline qui nous a permis de faire notre place dans la moto. En tant que pilote, j'ai décroché ma première victoire à Oschersleben, j'ai gagné les 24 Heures du Mans. Pfff, ça restera d'incroyables souvenirs ! Merci, merci, merci l'endurance, sans laquelle nous ne serions pas en vitesse mondiale aujourd'hui.

MNC : David Checa sur la Kawasaki, chez MNC, ce n'est pas encore bien intégré... Ca te fait bizarre à toi aussi ? Et à lui ?
C. G. :
Ah ça, c'était super bizarre de le voir en vert ! Merci à lui aussi, pour toutes ces années. Je lui ai dit, quand on a décidé de passer en WorldSBK : j'aimerais t'accompagner jusqu'à la fin de ta carrière, mais tu ne t'arrêteras jamais ! Or moi, il faut que j'y aille... J'avoue que si je n'ai aucun regret de quitter l'endurance pour me lancer dans ce nouveau projet, il y a tout de même cette petite pointe, là, David... Tu penses bien qu'on a regardé le Bol d'Or et j'étais content de le voir en tête. Euh... j'étais même très déçu qu'il ne gagne pas ! J'aurais tellement aimé voir David gagner, devant Niccolo sur la Yam' et Mike troisième sur la Honda ! C'était mon classement de coeur, même si le GMT est Yamaha. Mais David... (silence, NDLR)... David est le plus grand pilote d'endurance pour moi. Demande à Stafler !(team manager de Kawasaki SRC, NDLR)

MNC : Merci Christophe de nous avoir accordé autant de temps malgré ton programme chargé. Bonne fin de saison... et à l'année prochaine donc !
C. G. :
Merci à toi. À très vite, oui !

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Glanville 250 X et Saxby 250 : Brixton se lance en ''deux-et-demi''

Depuis l'an dernier, Brixton propose aux permis A1 et B de sympathiques motos néo-rétros. Fort de son succès en 125 cc, la marque de l'importateur KSR Group plonge en 2019 dans le secteur des "grosses" cylindrées avec deux nouveaux modèles : Glanville 250 X et Saxby 250. Présentations.
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