Scooter - Essai Quadro Qooder 2018 : la 4ème dimension !
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Paris, le 2 octobre 2018

Essai Quadro Qooder 2018 : la 4ème dimension !

Essai Quadro Qooder 2018 : la 4ème dimension !

Le Quadro Qooder - anciennement Quadro4 - possède quatre-roues et un guidon, mais ce n'est pas un quad. Il s'incline en courbes et se conduit avec le permis B (voiture), mais ce n'est pas vraiment un scooter... Amélioré pour 2018, ce drôle d'engin mélange les genres au profit de sensations étonnantes ! Essai.

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Essai Quadro Qooder 2018 - Page 1 : plus on a de roues, plus on rit ?

Depuis notre essai de son scooter à 4-roues en 2015, Quadro en aurait écoulé "environ 1500 exemplaires" en France, premier pays devant l'Allemagne pour ce constructeur d'origine italienne basé à Vacallo (Suisse). Jusqu'ici appelé Quadro4, il devient Qooder en 2018 et étrenne des évolutions visant à mieux répondre aux besoins de ses utilisateurs.

Face à cet engin au gabarit imposant (2,20 m de long et 80 cm de large au guidon !), MNC s'interroge : quelle est-elle, justement, la clientèle visée par ce "scooter" à 4-roues inclinables ? Trois-roues, ce n'était pas déjà suffisant pour garantir une stabilité hors de critique ? 

"Le Qooder s'adresse en priorité à des automobilistes, et non à des scootéristes traditionnels comme c'est le cas des scooters 3-roues", nous répond Alain Bourdoncle, directeur général de Quadro France. "L'enjeu est de séduire une partie des 33 millions d'automobilistes français, soit un énorme potentiel comparé aux 100 000 utilisateurs de scooters multi-roues".

Présenté de cette façon, ce modèle économique laisse entrevoir d'alléchantes perspectives. A condition, au préalable, d'intéresser et de convaincre la cible visée... Autre objectif implicite : se différencier du rouleau compresseur Piaggio MP3, leader historique du marché loin devant les Peugeot Métropolis, Yamaha Tricity et Quadro QV3. Car, oui, Quadro produit également un scooter à 3-roues !

Le Qooder prend un peu de muscle

Le principal changement opéré sur le Qooder concerne son moteur, dont la cylindrée passe de 346 à 398,8 cc pour améliorer ses performances (détails en page 2). Le monocylindre assemblé à Taiwan par Aeon développe désormais 32,5 ch et 38,5 Nm, soit un timide gain de 1,5 ch et 3,7 Nm par rapport au précédent (31 ch et 34,8 Nm).

 

Autant le dire tout de suite : le Qooder manque encore de vigueur mécanique, même si ses relances gagnent en tonicité. Mais ce n'est pas vraiment une surprise, avec moins de 35 ch pour propulser 281 kg tous pleins faits ! Avantage : la distribution de puissance n'effraiera pas le plus craintif des automobilistes. Inconvénient : le MP3 500 de 44,2 ch va lui tourner autour !

Pas très vive au démarrage, la poussée n'a pas la nervosité requise pour être certain de s'extirper en tête du trafic à chaque feu rouge : outre la masse à déplacer, le vaillant 400 cc doit également surmonter la résistance au frottement exercée par les 4-roues de 14 pouces. Son efficacité se renforce cependant à partir de 30 km/h, pour offrir une réactivité correcte jusqu'aux 80 km/h légaux. 

Cette accélération sans esbroufe suffit néanmoins à remplir des fonctions "utilitaires" dans et en dehors des agglomérations. Avec de la patience et une longue ligne droite, décrocher un petit 140 km/h compteur est même envisageable. Certains jugeront néanmoins son répondant décevant au regard de son prix de 10 990 euros ! Même constat concernant sa sonorité quelconque.

Par ailleurs, le moteur chauffe rapidement dans les bouchons et délivre des vibrations sous les fesses. Des caractéristiques fréquentes sur les scooters à moteur monocylindre qu'il est toutefois possible d'améliorer. Pas sûr en outre que cela tente un automobiliste, habituellement isolé de tout désagréments dans le cocon douillet de son habitacle...

On apprécie en revanche la qualité de son injection revue pour 2018, douce et précise. La connexion est vierge d'à-coups avec les roues arrière qui sont chacune entraînée par une courroie crantée. Le décrochage du variateur au lâcher de gaz est par ailleurs finement géré. Autant d'atouts qu'apprécieront tous les types de conducteurs !

Sensations déroutantes

Le Qooder étrenne également une nouvelle selle à deux étages agrémentée de surpiqûres blanches. Le bas du dos est agréablement maintenu par le dosseret situé entre le pilote et le passager, qui lui bénéficie de larges poignées de maintien. Le guidon, bien dessiné, n'exerce aucune contrainte et tombe bien en mains.

Le confort général est correct, mais pourrait être amélioré grâce à davantage d'épaisseur de selle et surtout d'espace pour les membres inférieurs : impossible de placer ses pieds à l'oblique pour allonger ses jambes en position "cruising", comme sur un maxi-scooter. Un comble au regard du gabarit du Qooder !

Autre déconvenue inattendue : la faible capacité d'emport du coffre sous la selle passager, limitée à un casque intégral et quelques petites affaires. Et dire qu'un "simple" scooter à deux-roues comme le Forza 125 peut loger deux casques...  Automobilistes comme scootéristes risquent de tiquer devant cette caractéristique induite par la double transmission arrière.

Avec sa selle large et haute (780 mm), le Qooder dévoile une accessibilité limitée pour les conducteurs de moins d'1,75 m, en difficulté pour poser les deux pieds au sol. Contraignant ? Oui et non... C'est effectivement un facteur limitant pour le déplacer à l'arrêt, surtout en l'absence d'une marche arrière pourtant loin d'être superflue : gare aux stationnements en légère pente !

 

En revanche, poser les pieds au sol pour assurer son équilibre est inutile puisque le Quadro est autostable à l'arrêt. C'est d'ailleurs le principal avantage d'un multi-roues sur un "classique" deux-roues, de facto plus exposé aux chutes. Avec ses quatre points d'appuis au sol, le Qooder distille incontestablement un effet rassurant ! 

Deux méthodes sont possibles pour verrouiller son dispositif oléopneumatique HTS (Hydraulic tilting system), sur lequel repose l'inclinaison des roues jusqu'à 45° : soit depuis un levier rouge sur la gauche du tablier (peu pratique), soit en pressant le levier de frein gauche qui actionne le freinage couplé obligatoire sur les tricycles de classe L5e auquel appartient le Qooder.

Lorsque le freinage avant-arrière est fermement activé à l'arrêt, la pression hydraulique envoyée dans le HTS "fige" astucieusement l'inclinaison du véhicule. Ce blocage manuel offre l'avantage de la simplicité mécanique par rapport à la commande électronique "Roll-Lock" du concurrent MP3. Un gage de légèreté et de probable fiabilité.

En revanche, le HTS n'est verrouillable qu'à l'arrêt complet, alors que le système Piaggio fonctionne jusqu'à 10 km/h. Autrement dit : impossible de bloquer l'inclinaison du Qooder pour se laisser porter vers un feu rouge à très faible allure, comme peuvent le faire les tripodes Piaggio.

Par ailleurs, bloquer le Qooder en position verticale via le freinage demande un peu d'habitude et une certaine coordination. Le 4-roues doit notamment être placé le plus droit possible avant de verrouiller le HTS, faute de quoi au redémarrage le scooter aura tendance à partir du côté où il penche.

Ce phénomène - logique - est particulièrement sensible entre les files de voitures, où il exige de contrer l'effet du gîte au redémarrage pour éviter de rayer une portière ! La chose se complique lorsque la route présente un profil "bombé", qui tend à incliner naturellement le Quadro… Sur les 40 km de notre court essai (essentiellement en ville), MNC a passé une partie non négligeable de son temps à apprivoiser cette gymnastique. 

Et pour déverrouiller le système ? Très simple : il suffit d'accélérer et de relâcher progressivement les freins pour que les vérins du HTS retrouvent leur liberté d'action. Le Qooder peut de nouveau s'incliner, et donc tourner ! Deux ou trois redémarrages suffisent à prendre le pli.

Stable, mais pas vif

Grâce à ses 4-roues, le Qooder présente une stabilité impériale quel que soit le profil de la route. Ronds-points cabossés, ruelles pavées, périphérique parsemé de nid de poule : le Quadro se joue de toutes ces difficultés avec une sérénité dont ne peut se prévaloir un deux-roues.

Sa capacité à prendre de l'angle sur revêtement bosselé est remarquable, au bénéfice évident de la sécurité et de la confiance. En cela, il remplit parfaitement sa vocation de rassurer des automobilistes angoissés par les risques de chutes. Reste qu'un trois-roues offre déjà une stabilité rarement mise en défaut...

Par ailleurs, le comportement du Qooder lors de l'inscription en courbe n'est pas spécialement naturel car le dispositif HTS exerce une retenue sensible. Cette résistance oblige à accentuer le contre-braquage : le Quadro se conduit exclusivement avec les bras, sans accompagner l'inclinaison avec le buste comme sur un 2 ou 3-roues.

"C'est votre expérience de motard qui perturbe vos repères : ce n'est pas nécessaire de se pencher", nous confirme un technicien Quadro. "La prise en mains est d'ailleurs plus évidente pour un automobiliste qui n'a aucune expérience de la moto ou du scooter". Possible... si tant est qu'il ne soit jamais monté sur un vélo non plus !

Car le Qooder diffère totalement d'un deux ou trois-roues : il faut le "forcer" à se coucher, alors qu'une moto ou un tripode ne demande qu'à s'incliner. En contrepartie, l'engin est littéralement posé sur l'angle : sa trajectoire n'est pas affectée par la prise des freins ou un passage sur des bosses. Il est même possible de lâcher le guidon sur l'angle maximum !

Si cette caractéristique renvoie effectivement un fort sentiment de sécurité, il n'en reste pas moins que cette lourdeur de direction se révèle fatigante dans les embouteillages. Passer d'un angle à l'autre dans les bouchons exige un certain tonus, en plus d'une bonne perception de ses imposantes dimensions.

Malgré son rayon de braquage correct, le Qooder ne passe effectivement pas partout : ses rétroviseurs - plutôt efficaces - viennent heurter ceux des voitures, tandis que sa longueur incite à y réfléchir à deux fois avant d'entreprendre un changement de file façon "gymkhana" au feu rouge.

Gare également à ne pas tourner trop court lors des manoeuvres serrées, au risque d'exposer son double train arrière à une collision avec une bordure de trottoir. Comme avec une voiture... sauf que même une citadine d'entrée de gamme a une direction assistée, pour le coup plus évidente que celle du Qooder...

Verdict : 4-roues mieux que trois ?

Le Qooder est un véhicule déroutant, dont les capacités étonnantes s'expriment davantage sur le réseau secondaire qu'en centre-ville. Sa stabilité hors de critique se savoure pleinement dans les successions de virages, avalées tambour battant sans se soucier de l'état du revêtement ni des conditions météo.

La conduite prend alors une autre dimension - la 4ème ?! -, au sein de laquelle l'inclinaison n'est plus perçue comme un facteur de risque. Cette sensation est renforcée par la puissance de son freinage combiné actionnable depuis le levier gauche ou la pédale à droite, par ailleurs plus accessible que sur un MP3.

Pour autant, MNC nourrit quelques réserves quant aux ambitieux objectifs de diffusion à grande échelle qu'espère Quadro. D'une part, car les réactions particulières du Qooder ne seront pas forcément au goût des automobilistes, habitués s'il en est à une conduite simplifiée à l'extrême sur les voitures modernes.

D'autre part, le manque d'aspects pratiques jouera en sa défaveur auprès de la même cible : son petit coffre et sa protection limitée au buste et au bas du casque sont clairement décevantes vu son gabarit ! Des protège-mains et une marche arrière seraient aussi très utiles.

De plus, sa finition n'est pas spécialement à la hauteur de son tarif assez élevé de 10 990 euros, notamment en ce qui concerne son instrumentation assez basique et dépourvue de commandes au guidon, ou les trappes très "plastoc" de ses vides-poches par ailleurs non verrouillables.

Heureusement, son prix est en baisse de presque 1500 euros par rapport au premier modèle 2015, lancé à 12 490 € ! Ce repositionnement - qui fera plaisir aux premiers acheteurs... - est porté par le directeur général de Quadro France, Alain Bourdoncle, qui assure "faire tout son possible pour que ce prix reste définitif". 

Enfin, même si Quadro se défend de viser la même cible, l'inévitable comparaison avec le MP3 tourne clairement à l'avantage du Piaggio : le MP3 500 est non seulement mieux motorisé (+12 ch et + 9 Nm de couple) et plus maniable, mais aussi sensiblement moins cher (800 euros de moins).

Le Qooder s'adresse donc aux usagers en quête d'un "muti-roues" différent, à la fois rassurant et ludique. Soit finalement le même créneau qu'occupent avec un certain succès les trois-roues Can-Am Spyder, également accessibles avec un permis "B", mais nettement plus performants et sophistiqués.

  • Tous les détails de notre Essai Quadro Qooder avec nos photos légendées en page 2.

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CONDITIONS ET PARCOURS

 
  • Modèle d'origine
  • 731 km au départ
  • Parcours : 40 km !
  • Routes : ville, périphérique réseau et quelques virages sur le réseau secondaire 
  • Pneus : Duro
  • Consommation : non mesurée
  • Problèmes rencontrés : surchauffe transmission (?) sur un modèle
 
 
 

POINTS FORTS QOODER

 
  • Concept ingénieux et bien réalisé
  • Stabilité sur l'angle
  • Freinage puissant
 
 
 

POINTS FAIBLES QOODER

 
  • Largeur et masse délicates en ville
  • Coffre et aspects pratiques limités
  • Protection insuffisante (mains et tête)
  • Prix encore élevé
  • Absence d'ABS et d'antipatinage potentiellement rédhibitoire pour les automobilistes
 
 
 

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