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INTERVIEW CONFINEMENT
Paris, le 27 avril 2020

Confiné avec... Alain Brochery, producteur d'événements moto festifs

Confiné avec... Alain Brochery, producteur d'événements moto festifs

Que font les principaux acteurs du monde de la moto pendant le confinement lié à la pandémie de Covid-19 ? Alain Brochery, ancien cascadeur et producteur d'événements moto festifs (X-Roadster, fête nationale de la moto, etc.), s'est confié au Journal moto du Net.

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MNC : Où êtes-vous confiné ?

Alain Brochery : Je suis chez moi à La Napoule, un petit village médiéval tendre et paisible qui jouxte la mer, à deux pas de Cannes, là où je suis né. Je suis avec mon épouse Brigitte. Mon fils, son amie et notre magnifique petite-fille Maëlie sont à quelques mètres de nous. Nous avons un extérieur verdoyant plutôt sympa, coloré et aux senteurs provençales, c’est une chance qui prend tout son sens en cette période et nous remercions la vie.

MNC : Comment se déroulent vos journées ?

A. B. : Hors confinement, mes matinées sont sensiblement identiques. L’après-midi, lui, est au gré de mes envies du jour, sans être porté par une idée ou un projet. Je ne fais rien et je peux être un spécialiste du "rien faire", je ne m’inscris pas dans cette mode du "je travaillerais jusqu'à mon dernier souffle", c’est d’un ridicule... Je fais si je "bande" et ça ne peut être le cas en permanence ! En confinement, je me lève à 7h30 avec mon rituel : je prends une tasse de Ricoré tout en parcourant la presse numérique pour m’informer du "monde". Puis je prépare le vrai petit-déjeuner pour mon épouse et moi, sans oublier de livrer chez mon fils les croissants que j’ai mis au four. J’enchaîne avec 30 minutes d’étirement et 45 minutes de marche rapide (vélo en période hors confinement) pour tenter de réhabiliter mon corps douloureux qui s’est amouraché des chocs durant ses 35 ans de cascades cinéma. Je ne peux plus courir car ce sont mes jambes et mon dos qui ont morflé le plus. Ensuite je m’installe à mon bureau, ou à extérieur suivant la météo, jusqu’à 14h environ. Dans un premier temps je traite mes affaires courantes, puis je gère ce que j’ai de commun avec mon fils. Je suis un inquiet persistant, j’ai toujours anticipé tous les scénarios possibles qui pourraient impacter notre vie. C’est une vraie tare chez moi et cette période de confinement est propice à cette imagination excessive... On ne se refait pas ! A 14h environ c'est l’heure du déjeuner (je mets toujours la table, mais ne débarrasse jamais) et l’occasion d’échanger avec Brigitte sur tout et rien. Arrive l’heure de la sieste sacrée... Je suis d’une famille du sud, seule ma petite-fille est autorisée à me déranger ! Vers 15h30 je retourne à mon bureau et je m’amuse à travailler. Mes travaux sont "artistiques", je suis explosif de nature, je surréagis de suite à l’émotion... Vous ne le saviez pas je présume mais c’est mon plus gros défaut au milieu de bien d’autres, ça doit sortir à tout prix, d’une manière ou d’une autre. Par exemple, j’ai terminé l’écriture d’un concept de courses et d’ambiances que j’imagine "parfait", en poussant tout à son paroxysme, tant les courses que l’esprit festif que provoque ce sport si on le titille un peu. L’idée n’est pas de produire cet événement mais de m’éclater en laissant aller mon imagination. La vie fera le reste et soit ce projet restera virtuel, soit pas... La production artisanale d’événements est devenue excessivement difficile mais toujours très excitante. Mon taux de viralité du virus "Envie" reste malgré tout très positif. Je travaille également sur un projet d’un grand gala de catch prévu en 2021 avec Ph. Cestaret et mon ami Marc Mercier, huit fois champion du monde dans les année 80, ainsi que sur un son et lumière que je dois présenter à notre jeune maire bienveillant, Sébastien Leroy, dans lequel je soumets l’idée que le château de La Napoule serait défendu par les "petits mousquetaires de Mandelieu", escadron que je formerai avec les enfants de la ville. J’en ai déjà entrainés quelques-uns et c’est un bonheur. Je réapparais vers 19h et repars pour une marche rapide de 45 mn, puis c’est le repas. A 21h je m’enferme, j’éteins tout, je mets mon casque et voyage en lecture et musique. Mes yeux vacillent vers 23h. Vers 3h du matin je me réveille toujours avec, parfois, une idée fixe ancrée dans mon chapeau, un truc qui ne me lâche plus, dès fois c’est d’un ridicule à mourir de rire, dès fois c’est rien, mais parfois c’est fantasque et là je m’y attarde au plus haut point ! J’ai toujours pensé qu’il fallait construire l’instant présent, le reste n’étant que du complément...

MNC : Qu’est-ce qui vous manque le plus ? Le moins ?

A. B. : Ce qui me manque le plus c'est de me plonger dans la Méditerranée. Je suis un poisson depuis tout petit, la natation m’est indispensable. Je peux aussi rester 2 heures dans l’eau sans rien faire, c’est une bulle créative et philosophique pour moi. Il m’arrive de m’endormir un peu, mais jamais de me noyer mis à part dans mes pensées, c’est mieux ainsi ! Je suis plongeur scaphandrier 3ème niveau, c’est juste avant le 1er niveau de monitorat. Mon dos m’a fait cesser ce plaisir, mais je vais me faire violence pour faire une dernière plongée afin de découvrir un cuirassé coulé en 1944, au large de la baie de La Napoule. En fin de compte il ne manque pas grand-chose, sauf le plus important : ma maman qui habite Maisons-Alfort, ce père que je n’ai jamais vraiment eu, puis ma sœur handicapée mentale, installée dans une magnifique ferme/accueil à Auxerre où la bienveillance est de mise. Je sais que lorsque je suis à ses côtés elle s’apaise un peu. Et puis, bien sûr, de ne pas pouvoir prendre dans mes bras ma petite-fille et les gens que j’aime, distanciation sentimentale oblige...

MNC : De quoi avez-vous peur ?

A. B. : J’ai peur pour mes proches, mes amis et moi. Je suis un froussard, j’ai peur de tout et m’inquiète de tout, alors en ce moment je rase les murs ! Mais j’ai peur aussi d’imaginer que suite à l’incroyable, rien ou si peu ne changera, malgré ce que certains semblent penser... J’imagine l’économie reprendre un semblant de cours normal d’ici quelque temps, car comment penser que l’appât du gain et du pouvoir deviendraient, d’un coup d’un seul, secondaire, puisqu’en fin de compte tous n’ont que ces objectifs en tête ? Et ils y sont obligés, ils n’ont pas d’autres choix, le système implique que les sociétés, les groupes, les dirigeants soient dans l’obligation de repartir dans la course aux profits pour déplomber leurs comptes. Pour assoir un groupe il faut optimiser encore et toujours ses avoirs afin de pallier aux imprévus et l’expérience que nous vivons risque bien de conforter cette analyse. Chacun la trouvera en or massif, nous faisant croire qu’il va falloir, "très très bientôt" tout changer, il se croiront même eux-mêmes ! Il faudrait tellement redessiner le contour d’un futur dans lequel nous aimerions nous inscrire pour y vivre sereinement, mais cette positivité me semble plutôt correspondre à celle d’un lapin de trois semaines... Je mets un cierge et prie car j’aimerais profondément être dans l’erreur... Rendez-vous très bientôt, nous verrons...

MNC : Un livre, un film, une série, un disque à recommander ?

A. B. : Je revisite mes livres et documentations sur les peintres. Je me suis toujours intéressé à la période impressionniste, un tournant impensable à l’époque. Je suis admiratif des œuvres populaires de Renoir, ses tons veloutés, et aussi de Berthe Morisot, la première femme impressionniste. Sa touche exceptionnelle pour les dentelles, voilures et autres tissus est de la haute couture. Cette finesse, cette légèreté sont profondément sensibles. Ma lecture du moment est un superbe livre "Edward Hopper, ses 100 plus beaux chefs d’œuvre" à propos de ce peintre réaliste innovant et spectaculaire. Je ressors mes albums du Joe Bar team, des superbes livres du grand photographe de moto cross et ami personnel Pat Bouland qui nous a quittés depuis bien longtemps, et de Jean-Louis Bernardelli comme "Folies du moto cross" (1985). Puis j’ai commandé le livre de David Dumain "20 histoires extraordinaires de motards". Pour les films, je ne suis pas fan plus que ça. Je viens de me re régaler devant "Heat" où Pacino et De Niro se livrent à un duel d’acteurs offrant une puissante dimension. "L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux" de Robert Redford également et j’adore les comédies romantiques comme "Quand Harry rencontre Sally". Je ne suis pas fan des films d’actions dont le scénario "est" l’action, inintéressant à mes yeux. Pour les musiques, un grand titre de Charles Dumont "Mon Dieu", dont le texte est bouleversant en cette triste période... C’est un hommage à tous nos disparus. L’univers de Marie Laforêt m’a toujours "rappelé", puis Ten Years After et son guitariste légendaire Alvin Lee, le solide Mark Knopfler... L’as des as pour moi sont Rod Stewart et Led Zeppelin, mais je suis également ancré à la variété française : Johnny, Sardou, Stone et Charden, Françoise Hardy et Christophe qui était l'un de mes artistes adorés. Son talent était tellement riche et sensible... J’adore aussi Sheila, Hervé Villard, Joe Dassin, ainsi que Jean Ferrat… Je suis plutôt "large" de ce côté, une belle mélodie de Barbelivien me suffit à m’évader… Et tout ça se passe le soir dans le noir, écouteurs aux oreilles. Je m’éclipse et m’envole.

MNC : Votre vidéo de moto préférée ?

A. B. : Je me replonge dans des vidéos d’Alain Prieur. Ses émotions sont tellement perceptibles, ses actes étaient d’une profondeur qui dépassent celle du cascadeur. Il n’était pas "cascadeur" mais bien plus, plutôt un aventurier de la vie, un jouisseur du ressenti, un sacré personnage. Je revois aussi des images du plus grand cascadeur de cinéma au monde, Dar Robinson, que tous peuvent trouver sur Youtube et qui s’est tué sur une action minime en 1986... Il a tout inventé !

MNC : La première chose que vous ferez à la fin du confinement ?

A. B. : J’irais nager et reprendre le longe-côte, sport qui rend léger mon dos et optimise mon cardio. J’ai aussi hâte de découvrir les musées de la région que je n’ai pas encore visités (Matis, Chagall, Fernand Léger, la Villa Rothschild...) avant de voyager pour en découvrir d’autres, puis de retourner au musée Renoir de Cagnes-sur-Mer, sa dernière demeure dont je connais quelques recoins. Y est d’ailleurs exposée, entre autres, une huile représentant une tête d’enfant magnifique qui appartient à un acteur du milieu moto. Le conservateur de ce musée, le Domaine des Colettes, m’a fait l’honneur de m’ouvrir les portes de certains endroits secrets. Imaginer et marcher dans le parc d’oliviers de cet endroit, où les illustres amis du Maîitre, les impressionnistes et autres grands artistes qu’étaient Bonnard, Matisse, Monet, Rodin, ont également foulé cette terre, est émouvant. Puis bien sûr, dès que l’autorisation nous sera offerte de pouvoir reprendre les étreintes avec les gens que nous aimons, je n’y manquerai pas, avec en premier lieu ma petite-fille et mes proches. Je souhaite à tous, sans exception aucune, de retrouver la joie de vivre que nous sommes en droit d’espérer et bien sûr d’absolument respecter les règles de confinement qui, en fin de compte, ne sont pas "inhumaines". Ne nous persuadons pas qu’elles le soient, ce serait inutile : il y a plus malheureux que de vivre et de se battre ! Puis n’oublions jamais que "demain il sera trop tard, c’est aujourd’hui qu’il faut faire" !

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