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ESSAI LECTEUR
Monthléry, le 30 octobre 2003

Une VB1 à Montlhéry

Une VB1 à Montlhéry

A l'occasion des Trophées Jumeaux, direction le circuit mythique de Montlhéry pour un essai pas comme les autres : la Voxan VB1 de Boxer Design, un bijou français produit à 31 exemplaires...

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En approchant de la Voxan VB1, dans sa livrée grise, je ne peux m’empêcher d’en faire le tour. Cette superbe réalisation de Thierry Henriette (Boxer Design) force le respect, tant son coup de crayon, à l’instar de celui d’une certaine 916, n’a pas vieilli... La VB1 reste une des plus belles sportives que j’aie jamais vues et je ne me lasse pas d’admirer ses lignes tendues.

Contact. On m’avait prévenu : ses pots, qui viennent d’être refaits, délivrent un son pas vraiment homologué, une mélodie plus proches de Metallica que de Mozart... Joli, mais plutôt propice à réveiller toutes les alarmes à proximité ! Je laisse chauffer le V72 qui gronde bien plus qu’il ne ronronne, je m’installe au guidon... et peste contre la béquille, dont je découvre qu’elle est aussi difficile d’accès pour la déplier que pour la ranger ! Ceci dit, une diva n’est pas faite pour être pratique mais pour être admirée, me dis-je in petto ! C'est parti ! L’assise est franchement sportive, la selle est placée plus haut que sur le Café Racer Voxan et les guidons sont bien au-dessous du té supérieur : pas de doute, on est sur une hypersport ! Le rayon de braquage est long et les manoeuvres de demi-tour sont à décomposer soigneusement. Mais la moto, malgré sa position exclusive, absorbe bien les inégalités de la route et la selle solo est moins inconfortable qu’on aurait pu le croire au vu de son épaisseur : le confort de la partie-cycle Voxan est à l'oeuvre !

En usage citadin, le moteur est frustré de ne pas pouvoir s’exprimer. On n’a qu’une envie : tourner la poignée ! Mais on attendra le circuit, m’sieur Sarkozy, promis ! Chemin faisant, à l'approche du Mondial du 2 roues, les têtes se tournent et les doigts se tendent. J’entends presque les passants s'écrier : "t’as vu, c'est une VB1 !". Un franc succès d'estime, sans parler des motards qui restent volontairement à mes côtés malgré mon allure de sénateur pour admirer la rareté produite à 31 exemplaires seulement...

Direction Montlhéry via l'A6. Je me familiarise peu à peu avec la belle française et les accélérations deviennent plus franches dès que les conditions de circulation le permettent : cette machine est une usine à sensations, certes renforcées par le fort volume sonore, mais qu’importent les performances pures, à moins de faire de la compétition ! L’essentiel n’est-il pas de ressentir du plaisir au guidon ? Et du plaisir, j’en ai, et à bonne dose ! Tellement que j’en oublie de prendre la bonne sortie et que je dois faire un tour gratuit sur l’A6 : mon plaisir n’en sera que plus long !

A l'arrivée à Montlhéry, le son de la VB1 a été identifié depuis l’autre bout du circuit ! Je gare la belle à l’endroit où elle sera exposée aux côtés d’une de ses semblables de livrée bleue et grise. La matinée s’écoule tranquillement, au rythme des visites de Jacques Marchand (le père d’Hugo qui courait à Motegi), Philippe Mock, Anne-Marie Jumeaux, David Hailwood (le fils de Mike the bike), Mick Andrews (champion du monde de trial des années 70), Jean-François Baldé, etc. Je piaffe d’impatience jusqu'à l'annonce de la bonne nouvelle : nous allons pouvoir tourner sur le célèbre circuit !

A l’heure dite, la trentaine de Voxan présentes, dont un side Café Racer-Choda et les deux VB1, une majorité de Café Racer, des Roadsters et des Scramblers se présentent en pré-grille. Je suis quelque peu nerveux, conscient de ma responsabilité envers Philippe qui m’a confié son bijou...

Enfin les portes s'ouvrent et on s'engouffre derrière le pace car pour un tour de reconnaissance : bout de la ligne droite des stands puis épingle des deux ponts, peu relevée et lente, en première. Ensuite, le seul gauche du circuit, le virage de la ferme, en seconde. On passe sous le pont Dunlop, légère cassure à gauche et freinage en descente pour aborder le virage du Faye, quasi épingle en dévers. Nouvelle ligne droite, première chicane nord et pif-paf droite-gauche-droite qui commande l’entrée sur le béton du virage (très) relevé de l’anneau. La chicane est faite de plaques de béton plutôt glissantes et légèrement disjointes, à prendre sur des œufs. L’entrée sur l’anneau forme une compression formée par la liaison plat-relevé. Tout en accélérant, on aperçoit plus bas et à droite la chicane est, à prendre sans monter sur les vibreurs du genre plutôt agressifs, mais faite de bon bitume bien accrocheur sur lequel on peut balancer sans arrière-pensée. Retour sur l’anneau, on remonte en apercevant rapidement la dernière chicane sud, juste avant l’entrée des paddocks et de la ligne droite, plus rapide que la précédente.

Le pace car nous lâche : gaaaaazzz ! Comme par hasard, la parade se transforme pour certains en arsouille. D’autres, comme Philippe qui promène sa fille sur le Roadster, l’abordent plus sereinement. Pour ma part, ne connaissant pas la moto, je laisse filer les plus rapides et tente de me concentrer sur ma position et les repères de freinage, afin d’accélérer progressivement le rythme sans prendre de risques inconsidérés. Après quatre tours, je me sens de mieux en mieux sur la moto et le rythme commence à être sérieux. Je suis d’ailleurs surpris de voir que je roule seul, les trois premiers ayant lâchement profité de mon apprentissage pour filer devant. Quant aux autres... je ne les vois plus en me retournant dans la ligne droite ! Tant mieux, je peux me concentrer sur mes actions sans craindre un furieux qui chercherait à me faire le freinage ! A partir du 6ème tour je suis bien et j’essore la poignée.

Ligne droite, le grondement de la VB1 résonne dans toute sa splendeur. 3ème, 4ème, 5ème, juste le temps d’accrocher la 6ème, debout sur les freins en rentrant tous les rapports jusqu’à la première pour l’épingle. Ca freine fort, l’avant est rivé sur la trajectoire tandis que l’arrière se promène légèrement de gauche et de droite : déhanché, entrée en relâchant légèrement les freins, point de corde, filet de gaz, franche accélération, la moto s'accroche à sa trajectoire imperturbable, un régal ! Je tire la 2, juste le temps d’accrocher la 3, léger freinage pour remettre la 2, gros déhanché pour compenser le dévers de la Ferme, gaz en sortie, 3ème, 4ème, un peu de 5ème et gros freinage pour revenir en 1ère dans le Faye que j’aborde avec prudence et à l’extérieur depuis qu’un Café Racer dont une durite d’huile était mal fixée a mis un peu d’huile à l’intérieur. Réaccélération, je remonte jusqu’à la 5ème et je rentre dans la chicane nord, sans prendre trop d’angle à cause du béton peu adhérent : à la sortie, par contre, j’ouvre en grand pour monter sur l’anneau et la direction devient légère au passage de la partie relevée, ça gigote mais sans aller au guidonnage et la moto reprend sa trajectoire sans aucune surprise dès que la roue avant repose. 5ème, freinage sur la partie relevée pour plonger - l’impression en redescendant du virage relevé vers la chicane est vraiment celle d'un plongeon ! -, chicane est en 2, je balance franchement la moto qui réagit vivement à gauche puis retour sur l’anneau, je remonte jusqu’à la 4, freinage plus tardif pour entrer dans la chicane nord en 3, je rentre la 2 avant de basculer à gauche et rebascule à droite pour aborder la ligne droite. C’est à cette occasion que je teste le vibreur avec l'impression de traverser une voie ferrée, mais la moto ne bouge pas de la trajectoire ! Re-ligne droite et on recommence. Dans les derniers tours, à la réaccélération de la Ferme et de la chicane sud, je sens la roue arrière commencer à glisser, de façon très progressive et parfaitement contrôlable. La VB1 chaussée de Pilot Sports, pourtant des pneus que je n’avais pas appréciés en usage routier, revient à chaque fois en ligne sans à-coups.

Cette machine procure donc un immense plaisir. Très saine sur un circuit pourtant bien fatigué et bosselé, ses réactions sont franches et elle ne m’a jamais fait ressentir la moindre chaleur. De la haute couture ! Quant au son qui accompagne les envolées viriles du V-twin, il est tout simplement envoûtant ! Et bien entendu, en remontant les bouchons du dimanche soir, malgré mon appréhension d’abîmer ce splendide jouet, malgré son inconfort et malgré le fort échauffement de mon séant soumis aux échappements sous la selle je n’ai qu’une envie : recommencer...

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