
Étienne Godart est taiseux, bourreau de travail et passionné de moto. Certains pensent que cet éleveur de volailles en Dordogne a un grain, d'autres savent que ce fan de Ducati a perdu un doigt au Tourist Trophy… Tous adoreront le documentaire ''Élever au grain'', réalisé par sa fille Alice. Un film à ne pas louper, parole de Moto-Net.Com.
Étienne Godart est un drôle de bonhomme. Enfin, façon de parler, car sa famille n'a pas rigolé tous les jours, loin s'en faut… Vraisemblablement incapable d'exprimer ses émotions, obsédé par le rendement - les dettes… - de sa ferme qui l'occupe plus de 60 heures par semaine, il ne semble prendre du plaisir qu'aux commandes d'une Ducati, la "fine fleur" de la moto selon lui !
Étienne Godart est d'ailleurs à l'origine, en 1983, de la Coupe Ducati Pantah, ancêtre du Pro Twin, et a roulé plus de trente ans en compétition, en Endurance et rallyes routiers sur diverses Ducati, de la Pantah à la Multistrada en passant par la F1, la 907ie, la 888 ou la 748. Il a aussi tenu un rôle de pilier au sein du DucaTeam en Championnat du monde d'endurance FIM et a même goûté au Tourist Trophy, sur l'île de Man, où il y a laissé un petit doigt. Littéralement.

Le pilote au béret a aussi été l'organisateur pendant vingt ans de "Ducati en Périgord", rendez-vous incontournable et hivernal des passionnés de la marque de Bologne. Il a initié les Journées Ducati et les courses du Ducati Club de France. Il a enfin signé quelques piges pour nos confrères de Moto Journal. Un CV de passionné bien plus "riche" donc, que celui d'un exploitant agricole.

C'est aussi par la moto que ce père de quatre enfants s'est rapproché de sa fille Alice : en 2018, elle a participé à un rallye derrière lui, et a compris pourquoi cette passion comptait plus que tout à ses yeux. Une parenthèse complice rare au sein de la grande famille des motards, qui paraît plus solidaire que certaines familles nombreuses : Étienne était l'aîné de 11 frères et sœurs !

Authentique miraculée, la petite "Alice Maïs" a quitté la ferme à 17 ans, mais n'a jamais cessé d'y penser : impossible pour elle de dissocier ce lieu et son père. En 2016, l'étudiante en montage à Bruxelles commence à le filmer malgré sa peur de le déranger. Il lui faudra sept ans, un burn-out et le soutien de "Regards sur les Docs" (SCAM) pour transformer cette obsession en véritable projet de film.
Puis vient l'urgence : en 2024, Étienne est atteint d'un lymphome agressif nécessitant plusieurs mois de chimiothérapie. Alice et sa sœur Fleur reviennent à la ferme avicole des Grands Champs, en Dordogne, pour faire tourner l'exploitation à sa place. La caméra, censée capter son père au travail, continue de tourner malgré tout, afin de tenter de réparer une relation abîmée par des années de silence.

"J'ai compris qu'on ne parlerait jamais la même langue, mais qu'avec un peu de bonne volonté des deux côtés, on peut se comprendre", confie Alice à nos confrères de France Télévisions, dont la plateforme de VOD propose de voir le film gratuitement, après inscription et jusqu'au 1er janvier 2027 (en version courte jusqu'au 29 avril sur F3 Nouvelle aquitaine)

Particulièrement poignant, ce témoignage ne prétend pas à une réconciliation miracle : Alice y affirme qu'on n'est pas obligé de tout pardonner pour avancer, que sa colère reste légitime, et que tant que son père ne sera pas à la retraite, la charge de travail ne diminuera pas par magie.

Pas de misérabilisme pour autant : le film est vif, souvent drôle, parfois mordant et teinté de cynisme, toujours émouvant, loin des clichés sur le monde agricole en crise (qu'Alice avait à coeur de défendre, aussi), semé de quelques scènes oniriques, et qui s'achève même sur un "Happy End".

Diffusé sur France 3 Nouvelle Aquitaine le 30 avril dernier, ce documentaire passera sur France 3 national le 27 juillet prochain (dans sa version longue, en lien ici). Il a été primé au festival "En Ville !" et par la Fondation Bernard de Launoit. A voir absolument. Avec une boite à mouchoirs, pour ce satané grain de poussière passé sous la visière.
Pour info et pour conclure, Alice Godart signale à Moto-Net.Com - et ses Moto-Nautes qui, comme chacun sait, sont un peu plus curieux que les autres ! - : "le film est également disponible pour des projections à la demande : c'est déjà prévu à Sarlat pour une association de motards". N'hésitez donc surtout pas !
Les représentations se multiplient et certaines sont déjà programmées pour 2027 : rendez-vous sur le site officiel du film pour découvrir la tournée en intégralité et mise à jour !
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