
Avancée d'un mois pour fuir la fournaise nippone, l'édition 2026 des 8 Heures de Suzuka relance ce dimanche le championnat EWC. Éclipsé par le duel attendu entre Honda et Yamaha, BMW s'illustre en postant le meilleur temps des essais. Vainqueur des 8H de Spa, la M1000RR n°37 compte s'inviter dans la bataille, tout comme Suzuki et Kawasaki.
La 47e édition des 8 Heures de Suzuka va se dérouler ce dimanche 5 juillet 2026… 5 Août ? Non, non, 5 juillet 2026 ! Signe des temps, l'épreuve a été avancée d'environ un mois par rapport à son calendrier habituel afin de ne pas se confronter aux conditions caniculaires de l'an passé : près de 40°C sous les combinaisons et environ 65°C sous les pneus, pour un étouffant taux d'humidité de 90% !
C'est dans l'archipel nippon que la troisième manche du championnat du monde d'Endurance FIM EWC 2026 est programmée. Or l'attention se porte essentiellement sur le duel 100% japonais qui oppose la Honda HRC n°30, tenante du titre et à la chasse d'une cinquième victoire consécutive, et la Yamaha Factory Racing n°21 qui rêve d'offrir à Katsuyuki Nakasuga une sortie triomphale.

Grands favoris à la victoire, les Rouges et les Bleus cachent un plateau bien plus chamarré, composé de 48 autres équipages. Les machines officielles BMW, Suzuki et Kawasaki, ainsi qu'une flopée d'écuries privées et/ou locales comptent bien profiter du moindre faux pas des ténors pour s'inviter aux avants-postes, glaner un podium, arracher une victoire ?!
Interrogées par les organisateurs de cette unique étapes EWC "extra-nationale", les équipes n'ont pas toutes vécu le changement de date de la même façon. À tout seigneur, tout honneur : chez Honda, le directeur du HRC Teruaki Matsubara assure que la préparation, entamée de longue date, n'a pas été perturbée.

Le pilote de pointe du Blason ailé, Taakumi Takahashi, confie s'entraîner en conditions de chaleur artificielle quelle que soit la date et espère même retrouver une fournaise à la japonaise ! Après tout, ces exigeantes conditions ont sans doute participé au succès du recordman de victoires aux 8H de Suzuka (7).
Du côté de Yamaha, le directeur Kazutaru Yoshikawa reconnaît devoir prendre en compte au plus vite la température ambiante, celle de la piste et la météo. Des ajustements qu'il comptait finaliser à mesure que la semaine de course approche.

Chez Yoshimura SERT Motul, le pilote Kokoro Atsumi explique avoir dû revoir sa préparation physique. Alors que la - fraiche - saison des pluies n'était pas encore achevée, le coéquipier de Gregg Black et Dan Linfoot a du s'entraîner en intérieur, chauffage poussé à fond, faute de temps pour s'acclimater à la chaleur naturelle avant la course.
Chez Suzuki CN Challenge, le pilote Takuya Tsuda va plus loin encore en évoquant des séances de course à pied en tenue de sauna pour compenser ce mois d'acclimatation perdu. Son coéquipier Ryo Mizuno pointe, lui, une autre conséquence, plus inattendue : conjuguée à la réfection du bitume, l'avancée du calendrier a fait chuter les chronos à un point tel que passer sous la barre des 2' 06 n'a plus rien d'exceptionnel…

Selon Mizuno San, cette baisse attendue des chronos rapproche l'épreuve d'un format proche du sprint et déplace l'enjeu vers la gestion de course et les dépassements plutôt que vers la seule résistance à la chaleur. Une analyse que partage Teruaki Matsubara côté Honda, pour qui un revêtement neuf et une météo clémente pourraient transformer cette édition en bataille de vitesse pure, inédite dans l'histoire de l'épreuve.
Signe que toute médaille a son revers, Teppei Nagoshi, pilote du SDG Team HARC-PRO Honda de retour de blessure, souligne que ce mois d'avance raccourcit d'autant sa période de rééducation, même s'il reconnaît que des températures plus basses profitent à la sécurité de tous, pilotes comme public. Il ajoute qu'une météo pluvieuse, évoquée par les prévisionnistes pour ce début juillet, pourrait même redistribuer les cartes en faveur des machines privées face aux effectifs d'usine.

Membre du Kawasaki Plaza Racing Team, Ryousuke Iwato observe que pour ceux qui participent aussi au championnat du Japon Superbike, l'intervalle entre l'étape au Tsukuba Circuit (30-31 mai) et les 8 Heures de Suzuka est relativement courte et pourrait constituer un certain défi. Ses préparatifs sont toutefois resté les mêmes.
En dehors des marques nippones et en l'absence cette anéne du projet Ducati emmené par l'équipe du vénérable Yukio Kagayama, BMW représente la seule alternative. La marque allemande s'est d'ailleurs illustrée lors des essais privés disputée cette semaine, mardi et mercredi...

Mardi, sur une piste restée sèche du début à la fin, le peloton s'est resserré au fil des cinq séances de la journée : c'est finalement la Yamaha Factory Racing n°21 qui a signé le meilleur temps de la journée en 2' 04,920, devant la BMW Motorrad World Endurance Team n°37 reléguée à seulement 178 millièmes, et la Honda HRC n°30 à 577 millièmes.
La YART Yamaha n°1 et la Yamaha Elf Marc VDS n°99 (de Randy de Puniet notamment) complétaient un Top 5 particulièrement dense, puisque pas moins de dix équipages étaient passés sous les 2' 07 : un solide chrono pour une journée de remise en "bielles".

Mercredi, avant que la pluie ne s'invite en fin de matinée : c'est bien la BMW n°37 qui signait la référence des deux jours en 2' 04,680 dès la première séance, avant que la F.C.C. TSR Honda France n°5 de Corentin Perolari ne s'intercale en 2'05, 130 lors d'une deuxième session écourtée par plusieurs drapeaux rouges.
Puis le ciel s'est déchaîné : sous une pluie battante, c'est la Honda n°30 qui a impressionné en tournant en 2' 18,898, devant la Yamaha n°21 et la seconde BMW engagée, celle de l'AutoRace Ube Racing Team n°76 pilotée notamment par Sylvain Guintoli. Lors de la toute dernière séance, encore sous l'eau, cette même BMW n°76 a pris sa revanche en signant le meilleur chrono, devant l'Astemo Pro Honda SI Racing n°17 et de nouveau la Yamaha n°21.

Sur le sec comme sur le mouillé donc, les M1000RR (officielle comme japonaise !) prouvent qu'à Suzuka aussi, on doit compter sur elles. Pour rappel ou info, le BMW Motorrad World Endurance Team occupe la troisième place du championnat, à un seul point de la deuxième place. La faute, si l'on peut dire, à une saison déjà pleine de rebondissements...
Aux 24 Heures Motos du Mans en avril, la BMW n°37 avait dominé la course pendant dix-sept heures avant qu'un problème d'antipatinage puis une chute de Michael van der Mark - quadruple vainqueur des 8 Heures de Suzuka par ailleur -, ne ruinent ses espoirs et ne la relèguent à une anonyme 23ème place finale.
C'est finalement la Yamaha YART n°1 de Karel Hanika, Marvin Fritz et Leandro Mercado qui s'était imposée avec 859 tours parcourus, devant la Suzuki n°12 du Yoshimura SERT Motul et la Kawasaki Webike Trickstar n°11.

Un mois et demi plus tard, à Spa-Francorchamps, BMW prenait sa revanche : partie en pole position, la n°37 a signé une course quasiment parfaite dans des conditions dantesques, résistant à l'attaque du FCC TSR Honda France qui avait osé prendre la tête en tout début d'épreuve, avant que la pluie et le retour du sec (!) ne figent la hiérarchie.
Deuxième en Belgique, la YART confortait sa place de leader du championnat EWC avec 91 points, tandis que la Kawasaki Webike Trickstar signait un second podium consécutif en terminant troisième. Fait suffisamment rare pour être souligné, six constructeurs différents se tenaient alors aux six premières positions du classement, Aprilia profitant des belle sprestations de la RSV4 n°49 du team Revo-M2.

Au-delà des cadors du championnat, les 8 Heures de Suzuka doivent aussi leur saveur particulière à la mutitudes de petites structures locales, pour qui cette seule course représente parfois l'objectif principal de toute leur saison. C'était le cas du Team Étoile, victorieuse en catégorie Superstock pour la première fois de son histoire l'an dernier au terme d'une victoire arrachée dans le "money time" malgré quelques ratés aux stands.
Chez Astemo Pro Honda SI Racing, Kota Nozane n'a encore jamais connu les honneurs du podium à Suzuka malgré une vitesse déjà démontrée l'an dernier, avant un abandon sur casse moteur : le champion 2020 de Superbike japonais et ses coéquipiers Akihiro Arakawa et Taiga Haneda en ont fait un objectif quasi sentimental pour cette édition 2026.

Le Team Suzuki CN Challenge, projet à vocation environnementale désormais dans sa troisième saison, poursuit quant à lui un double pari : concilier sobriété énergétique et performance pure, porté par le duo Takuya Tsuda et Ryo Mizuno, sous la houlette du directeur Shinichi Sahara (ex-patron du projet MotoGP chez Suz)… et avec notre compatriote Etienne Masson ! Enfin, SDG Team HARC-PRO Honda et Team Sakurai Honda incarnent cette dimension quasi festive et profondément collective que revendiquent nombre de pilotes engagés : pour Yuki Kunii, l'épreuve tient moins de la compétition individuelle que d'un authentique sport d'équipe, où mécaniciens et pilotes endurent ensemble une semaine éprouvante sous la chaleur. À suivre sur Moto-Net.Com bien sûr, restez connectés !
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