
Ce dimanche 5 juillet 2026 se court la 47e édition des 8 Heures de Suzuka. Seule manche EWC disputée hors d'Europe, cette compétition est la chasse gardée de Honda qui vise une cinquième victoire de rang à domicile. Face au HRC, Yamaha rêve d'offrir à son pilote de pointe Katsuyuki Nakasuga un cinquième succès pour sa dernière participation. Présentations.
Ce dimanche 5 juillet 2026, le circuit de Suzuka va de nouveau être arpenté par des motos. Sur l'ondoyant tracé de 5,8 km dessiné en forme de huit (afin d'équilibrer les virages à gauche et à droite, malin !), la 47e édition des 8 Heures de Suzuka réunira l'élite de l'Endurance à deux roues, pour la troisième manche du championnat du monde EWC.
Cette grand messe nippone, qui pouvait réunir jusqu'à 350 000 fidèles les grandes années, a été avancée cette année d'un mois, afin de limiter la montée du mercure : l'an dernier, les températures avaient frôlé les 40°C dans l'air et les 65°C au sol, le taux d'humidité frisé les cheveux les 90% !

Les fondamentaux restent là : départ façon Le Mans, huit heures de course, près de 300 km/h dans la longue ligne droite et un ballet incessant dans les stands pour ravitailler la moto, changer les pneus et les étriers, alterner les pilotes… remplacer, réparer, détordre, etc !
C'est en 1978 que tout a commencé, lorsque Suzuka ouvre son circuit aux prototypes TT-F1. Les quatre constructeurs japonais Honda, Yamaha, Suzuki et Kawasaki peuvent y déployer sans limite leur savoir-faire et leur imagination, afin de convaincre les motards du monde entier qu'ils disposent des meilleurs ingénieurs.

Dès 1980, la course intègre le championnat du monde d'Endurance, attirant du même coup les meilleurs pilotes d'Europe et les cadors du Superbike américain. En 1993, un changement de réglementation fait basculer l'épreuve vers des machines dérivées de série, la fameuse ère "Superbike" qui perdure aujourd'hui… sans réduire toutefois le prestige du plateau.
Signer un guidon d'usine de Grand Prix impliquait alors, quasi contractuellement, accepter sa séance de hammam à Suzuka en plein été. Wayne Gardner y a bâti une partie de sa légende, s'imposant à quatre reprises : en 1985, 1986, 1991 et 1992, cette dernière victoire étant décrochée aux côtés de Daryl Beattie quelques mois avant sa retraite.

Les champions de GP500 Eddie Lawson, Wayne Rainey, Kevin Schwantz ou Mick Doohan s'y sont également frottés. En 2000 puis 2001, Valentino Rossi "himself" y participe aux côtés de Colin Edwards sur la Honda VTR1000SPW Castrol : après une décevante chute la première année, le duo remporte la victoire au terme d'un final haletant contre la seconde Honda d'Okada et Barros, pour 14 secondes seulement.
Immense espoir de la vitesse nippone en catégorie reine - bien avant Ai Ogura, victorieux ce week-end à Assen sur son Aprilia Trackhouse ! - , Daijiro Kato a inscrit deux fois son nom au palmarès (2000 et 2002) avant de trouver la mort sur le même circuit de Suzuka, lors de la course d'ouverture de la deuxième saison de MotoGP.

Plus près de nous, le come-back de Casey Stoner en 2015 a marqué les esprits, mais pour de mauvaises raisons : alors qu'il menait la course, l'Australien chute lourdement sur un problème d'accélérateur bloqué, se brisant l'épaule et le tibia. Honda présentera platement et publiquement ses excuses pour cette défaillance technique.
Aujourd'hui encore, les 8 Heures de Suzuka disposent d'un statut unique au sein du calendrier du championnat du monde d'Endurance moto puisqu'il s'agit de la seule et unique manche à ne pas se courir sur le Vieux Continent. Pour rappel ou info, les 24 Heures Motos et le Bol d'Or campent en France, les 8 Heures de Spa se déroulent chez nos voisins belges. Point.

Cette singularité n'a rien d'anecdotique pour les quatre constructeurs japonais : Honda, Yamaha, Suzuki et Kawasaki roulent sur leurs terres, devant leurs dirigeants, leurs personnels et leur public le plus exigeant. Honda concourt même littéralement à domicile, en tant que propriétaire du circuit via sa filiale Honda Mobilityland.
Bien que trois fois moins longue que les épreuves phare et françaises de l'EWC, la course de Suzuka pèse plus lourd pour les nippons, en interne, que n'importe quelle autre manche du championnat. Un signe qui ne trompe pas : jamais une moto étrangère n'est montée sur la plus haute marche du podium japonais. Honda domine les staisitiques avec 31 succès devant Yamaha 8, Suzuki 5 et Kawasaki 2.

L'an dernier encore pour la 46ème édition, c'est le HRC qui s'était imposé à domicile, pour la quatrième fois consécutive… et pour la deuxième fois en compagnie de notre compatriote Johann Zarco, auteur d'une course mémorable sous une chaleur et une humidité écrasantes, en duo avec le légendaire Takumi Takahashi.
Malgré la terrible pression exercée par un Andrea Locatelli en grande forme - plus encore que son propre coéquipier et pilote de MotoGP, Jack Miller ! -, notre double champion de Moto2 avait signé la pole sur la Honda n°30 d'usine, pulvérisant au passage le record absolu du circuit, un chrono qui appartenait depuis 2003 à Loris Capirossi sur sa Ducati de MotoGP. Hum.

La course avait été aussi disputée que les qualifications : la Yamaha R1 n°21 officielle était repassée en tête pendant quatre tours en toute fin de course, avant que la Fireblade n°30 ne reprenne définitivement les commandes lors de son dernier relais. Au final, Johann Zarco offrait au Blason ailée sa quatrième victoire consécutive et sa 31ème au total, tandis que Takumi Takahashi remportait sa 7ème victoire, améliorant ainsi son record.
Avant d'être un mano a mano avec Yamaha, l'histoire de Suzuka a longtemps été un monologue signé Honda : les Rouges de Tokyo avaient notamment empilé dix victoires entre 1997 et 2006, portées notamment par les cinq succès individuels de Tohru Ukawa, alors recordman de l'épreuve. Honda avait remis le couvert avec une nouvelle série de cinq succès entre 2010 et 2014, décrochés notamment par Ryuichi Kiyonari et Takumi Takahashi.

Tout a basculé en 2015, lorsque Yamaha dégaine une toute nouvelle YZF-R1 et ressuscite son équipe d'usine, le Yamaha Factory Racing Team, autour d'un certain Katsuyuki Nakasuga alors champion du Japon de Superbike (en 2008, 2009, 2012, 2013, 2014 et attention "spoiler", en 2015, 2016, 2018, 2019, 2021, 2022, 2023 et 2025 !) et épaulé de pointures du MotoGP ou du WorldSBK.
Les Bleus d'Iwata décrochent - dérobent ?! - quatre victoires de rang entre 2015 et 2018, avec une machine rapide bein sûr, mais aussi particulièrement sobrie. En 2015 déjà, quand la concurrence ravitaillait au 25ème tour, la R1 jouait les prolongations jusqu'au 28eème, économisant à chaque fois de précieuses secondes. Mieux : lors des einterventions de la "safety-car", Bradley Smith poussait le vice à rester scrupuleusement couché sur le réservoir pour réduire sa conso !

Pendant ce temps on l'a vu, Honda mangeait son pain noir, entre la chute de Casey Stoner en 2015 puis celle de Nicky Hayden en 2016, ou les échecs de Takaaki Nakagami et de Takumi Takahashi. Puis vint la pandémie de Covid-19, qui prive Suzuka de course en 2020 et 2021.
Honda profite toutefois de cette pause forcée pour tout reconstruire en coulisses : refonte de la structure officielle Team HRC, développement intensif de la CBR1000RR-R Fireblade SP. Le retour en 2022 sonne comme une revanche méthodique : Takumi Takahashi et Tetsuta Nagashima décrochent une victoire magistarle, sans jamais être vraiment inquiétés. Honda n'a plus lâché le sommet...

Sur le plan technique aussi, le duel passionne en raison de philosophies différentes et assumées entre les deux constructeurs. Bien que fidèles au même 4-cylindres en ligne, Honda mise sur la puissance brute et la rigidité du châssis pour attaquer "son" tracé, quand Yamaha cehrche à affine l'osmose pilote-machine pour maximiser la vitesse de passage en courbe et, choisi un calage asynchrone de son moteur, comme sur la M1. Enfin, l'ancienne M1 !
Pour 2026, les objectifs sont clairs : un cinquième sacre consécutif pour Honda qui égalerait sa série de 2010-2014. Mais le plan initial a dû être sérieusement retravaillé : engagé pour viser une troisième victoire personnelle de rang, Johann Zarco a été contraint au forfait après sa - très - lourde chute au Grand Prix de Catalogne, le 17 mai dernier.

Piégé au second départ, le Français avait vu sa jambe gauche happée contre la roue arrière de la Ducati de Pecco Bagnaia, provoquant des lésions aux ligaments croisés, au ménisque et au péroné, et nécessitant une opération qui n'aura lieu que lorsque de sa peau brûlée le premettra sans trop risquer de complications.
Honda a donc convoqué le Thaïlandais Somkiat Chantra pour former un inédit trio, aux côtés de Takumi Takahashi et de Jonathan Rea. Le sextuple champion du monde Superbike (avec Kawasaki) est de retour à Suzuka pour la première fois depuis 2022. Le nord-irlandais s'est déjà imposé aux 8H de Suzuka : en 2019 sur ZX-10R et en 2012... sur Fireblade, déjà !

En face, Yamaha n'a pas touché à sa formule presque gagnante de 2025 : Katsuyuki Nakasuga, Jack Miller et Andrea Locatelli repartent ensemble pour une deuxième saison commune, avec un objectif limpide, améliorer d'une "simple" place leur classement final en 2026 !
L'enjeu est aussi éminemment sentimental pour les Bleus : 2026 marque la dernière participation de Nakasuga aux 8 Heures avant sa retraite, et tout le paddock semble vouloir lui offrir un dernier chapitre à la hauteur de sa légende. Le champion nippon peut compter sur Honda pour rendre son ultime course mémorable, quel qu'en soit l'issue. A suivre Sur MNC, restez connectés !
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