logo MNC DECEMBRE 1999
LES LETTRES
DE LEO V.
F E U I L L E T O N :
L E S  L E T T R E S  DL E O   V.

Léo V. parcourt les routes de France à moto dans le cadre de son travail. Tous les mois, il envoie une lettre à Moto-Net, que nous publions telle quelle même s'il ne parle pas exclusivement de moto. Car après tout, derrière chaque motard se cache un être humain !

Paris, décembre 1999

En direct depuis chez moi, minuit et demi, j'ai la grippe ou un microbe apparenté comme pas mal de personnes en ce moment.

Pas grand chose à raconter... Je suis remonté sur ma bécane. J'ai travaillé pour un CDRom sur Paris pour une boîte américaine. Plutôt intéressant. Kyle, le superviseur venu des Etats-Unis, connaît bien la capitale et désirait autre chose que les photos habituelles de la Tour Eiffel et des Champs. Je l'ai beaucoup trimballé en tant que passager sur ma R100 et je l'ai presque convaincu de s'acheter une moto.

En effet, Kyle vit à Seattle. Pour moi, Seattle c'est Nirvana mais il m'a raconté que c'est une ville en réalité très bourgeoise, traversée par un large fleuve, la ville ennuyeuse par excellence que ce soit rive droite ou rive gauche. Ce qui est dingue c'est que le seul moyen de passer d'une rive à l'autre ce sont deux ponts. Pas de métro ou de train. Il vit sur une rive et bosse sur l'autre. La nuit, son trajet prend 10 minutes, et aux heures de pointe 2 plombes. Il n'y a pas de piste cyclable non plus. Evidemment j'ai demandé (dans mon parfait anglais…) pourquoi il ne circulait pas à moto. Il a répondu qu'il pleut 8 mois sur 12 et qu'il fait froid. Well, je lui ai conseillé d'acheter une combinaison de pluie tout ce qu'il y a de mieux. Ce garçon logeait au Novotel des Halles et sortait tous les soirs dîner au restaurant et écouter de la musique. Les dollars avaient plus l'air de l'encombrer que lui de courir après. De plus, on a roulé tous les deux sous la pluie ou dans le froid et il a apprécié de ne pas être coincé dans les embouteillages parisiens. Un vendredi soir à 8 heures sur le périph' il s'est même exclamé que c'était pire qu'à Los Angeles aux heures les plus noires. Donc je me suis beaucoup promené dans ma ville et j'ai photographié nos plus beaux monuments.

Sinon j'ai reçu pas mal d'e-mails à propos de mes aventures avec la fille à la Harley. Mettons les choses au point : je sais qu'il y a des filles délicieuses et adorables qui roulent en moto, et certaines de mes amies sont motardes. Pas toutes, car je ne place pas le fait d'avoir une moto en critère n° 1 pour choisir mes ami(e)s. Il y a des choses plus importantes, non ? Autre chose, je suis touché que ma vie amoureuse et sexuelle intéresse tant d'entre vous, mais je suis un garçon assez discret.

- Quoi ? a hurlé Zoé, t'as raconté ça sur le site de ton pote ? T'es malade ou quoi ? Tu déballes ta vie privée dans le monde entier !
- Pas vraiment, j'ai répondu, c'est juste que c'était en relation avec la moto. J'ai rien raconté de l'histoire avec Sophie par exemple.
- Quand même, et si ça t'avais plu et que t'ai couché avec elle t'aurais tout raconté aussi ?
- Non, j'ai dit. C'est vrai. J'aurai pas eu envie.
- Bon, c'est ton affaire mais au bout du compte tu vas passer pour le champion de la veste d'or à raconter que tes gamelles et tes ratages.
- Et toi ? Quand je parle de toi ça ne te déranges pas ?
- Oh non, j'adore ! s'est exclamé Zoé, j'ai l'impression d'avoir mon paparazzi personnel et d'être une héroïne de fiction, c'est génial. D'ailleurs, tu ne parles pas assez de moi à mon avis.
- C'est pas très logique tout ça.
- A la poubelle la logique !

Sur ce je vais reprendre une aspirine et me recoucher. Léo

Salut, c'est Zoé !

J'arrive chez mon frère, dans le placard en désordre qu'il nomme son studio et je trouve une pauvre chose au nez rouge et aux yeux de crapaud, aussi vif qu'un petit chiffon. La chose toussotte et renifle, marmonne trois mots incompréhensibles et va se cacher sous la couette. Désolée pour celles qui fantasmeraient sur Léo le motard solitaire mais là, il est aussi sexy que la robe de chambre à pompons de notre grand-père. L'écran de l'ordinateur était allumé et sans le faire exprès je vois mon nom.

- Je peux lire ? je demande.
- Mmmm.

C'est inintéressant au possible cette histoire de Seattle et ce qui s'ensuit ! Il dit :
- Ben vas-y donc, écris toi-même !
- D'accord. Mais je peux raconter ce que je veux ?
- Mmmm.
- Tu vas pas me censurer si je parle de toi d'une façon qui te déplaît ?
- Mmmm….non.
- Même si je raconte la fois où tu t'es habillé en Goldorak pour demander à Mélanie si elle voulait bien être ta fiancée ?
- Tu te souviens de ça ?
- Ben tiens, t'étais en CE2 et moi en CP, je m'en souviens comme si c'était hier.
- Si ça t'amuse, mais je ne vois pas en quoi c'est plus passionnant que le trafic de Seattle.
- C'est ça ton problème, tu ne vois rien.

Donc mon frère Léo se déguise en Goldorak et débarque dans la cour de récré en plastronnant. Sa Mélanie (une fade petite fille aux yeux bovins) ne lui jette pas un regard. Alors pour attirer son attention il saute en hurlant sur un banc de la cour et, hasard incroyable, l'autre extrémité du banc est dessoudée et il se la prend en pleine figure… Le coup du râteau en beauté ! Il hurle et saigne beaucoup, deux instits le ramassent et tentent de le calmer, quelques enfants pleurent aussi devant tout ce sang et la majorité des autres sont pliés en quatre de rire. Dont cette fameuse Mélanie.

On emmène Léo à l'infirmerie puis à l'hôpital faire une radio. Il a une fracture du nez, sans déplacement d'os. Grâce à ça il évite le port du plâtre mais il a une bouille incroyable, un nez enflé de petit cochon et des yeux au beurre noir (puis mauve, puis jaune). Ce qu'il y a de positif dans cette histoire c'est qu'il n'a pas demandé à l'autre méchante de devenir sa fiancée…

Bon, je me sens plutôt bien moi, je crois que je vais aller au ciné.

Salut les motard(e)s !

Zoé V. (la soeur du héros)

© Moto-Net - N°9 - Décembre 1999 - leo@moto-net.com


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