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JUILLET/AOUT 1999 LES LETTRES DE LEO V. |
| F E U I L L E T O N : L E S L E T T R E S D E L E O V. Léo V. parcourt les routes de France à moto dans le cadre de son travail. Tous les mois, il envoie une lettre à Moto-Net, que nous publions telle quelle même s'il ne parle pas exclusivement de moto. Car après tout, derrière chaque motard se cache un être humain ! Paris, juillet 1999 Samedi dernier j'avais rendez-vous à 14h au Web Bar, avec ma mère. En réalité, on avait décidé de se retrouver à la terrasse du Central mais ma génitrice déteste le soleil aveuglant, les sièges en plastique brûlants et les gens qui s'y vautrent. J'avoue ne pas raffoler des discours enflammés sur le cancer de la peau qu'elle prédit à nos voisins de tables. Alors on est allés au Web Bar, à l'ombre et à l'intérieur. Dès l'entrée elle a commencé à râler. Devant une sculpture exposée dans l'entrée (une plaque de métal découpée en forme de bonhomme, entre le dessin d'enfant et l'art africain), elle secoue la tête d'un air navré. - C'est censé être de l'art ça ? Explique. Elle me regarde comme si elle venait de piger que quand son enfant est né, une nurse satanique l'a remplacé par le rejeton de Lucifer. Elle s'assoit et fait la grimace en levant la tête. - La musique là, c'est quoi ? Puis la discussion roule sur le livre qu'elle est en train de lire pour la VH. (une association qui édite des livres-cassettes pour aveugles). Elle y est donneuse de voix bénévole. - "Les rivières pourpres" de Jean-Christophe Grangé, tu l'as lu ? Nous voilà barrés cinoche. Ma mère est une cinéphile acharnée. Elle passe une bonne partie de son temps libre dans les salles obscures ou devant Canal +. Canal c'est pour revoir les films et en écrire la critique. Puis elle tape ses commentaires et noie les journaux spécialisés de ses analyses judicieuses. Ces périodiques ne la publient jamais. Elle attribue ce refus regrettable au fait que sa plume est trop acerbe et comme elle ne fait pas partie du cercle des initiés Zoé lui a 100 fois expliqué que les critiques formaient peut-être une secte dangereuse mais que surtout, ça n'intéressait personne ces avis qui arrivaient deux ans après la sortie du film. Mais Mummy ne renonce jamais. A propos de Zoé, la voici qui s'immisce dans la discussion. - Ta sur s'arrange pas tu sais. Je suis parfois de cet avis, mais plutôt rouler en Peugeot 104 que d'acquiescer. - Pourquoi ? Je soupire et ouvre mon sac pour prendre mon paquet de cigarettes. J'en sors la dernière plaquette Voxan que m'a filée Eric (celui de Moto-Net, avec qui j'ai dîné hier soir). Ma mère s'en saisit et commence à la feuilleter. Je vois ses yeux s'agrandir d'horreur et stupéfaction au fur et à mesure qu'elle tourne les pages. La dernière fois que je l'ai vue dans cet état c'est quand elle a trouvé un Penthouse dans un isoloir. Elle commence à lire à voix haute les slogans de chaque page et plus elle lit plus sa voix grimpe dans les aigus. - Avant de se dévoiler, la française sait se faire désirer. Les connaisseurs adorent
ça. Voxan motos. C'est une pub pour des motos ? J'imagine ma mère en treillis qui débarque à Issoire avec un sac bourré à craquer de TNT. Pour l'instant, elle suffoque d'indignation. - Ahh, et le connaisseur que vous êtes saura l'apprivoiser !!! T'as bien des
copines motardes non ? Je crains qu'elle ne soit sérieuse. Ma mère n'est jamais grossière sauf quand elle est réellement scandalisée. Deux sujets la font sortir de ses gonds : les atteintes à la dignité des femmes et l'informatisation des bibliothèques municipales. Elle fait collection de ses cartes d'inscription annuelles depuis qu'elle a 12 ans et a de plus en plus de difficulté à trouver des bibliothèques parisiennes pouvant la fournir en cartes papier. Pour finir elle déchire la plaquette Voxan en mille morceaux puis demande : - Qui t'as filé cette horreur ? Voici un ami que je vais éviter de coller face à ma mère durant une vingtaine d'années. - D'ailleurs, j'ai deux trucs à lui dire pour son site. Oh non. Notre père n'arrête pas de nous tanner Zoé et moi avec Paco Rabanne et la destruction de Paris le 11. Il est prêt à nous payer un billet d'avion pour Honolulu pour être sûr qu'on ne sera pas pris dans un tourbillon nucléaire dans Paris en flammes. - Je ne sais pas encore. Pourquoi ? Tu ne vas pas me parler de Paco Rabanne ? Mais voilà, je ne sais pas. J'aime bien Paris au mois d'août. ApL2Far, © Moto-Net n°5 - Juillet/Août 1999 - leo@moto-net.com |
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