logo MNC OCTOBRE 2000
LES LETTRES
DE LEO V.
F E U I L L E T O N :
L E S  L E T T R E S  DL E O   V.

Léo V. parcourt les routes de France à moto dans le cadre de son travail. Tous les mois, il envoie une lettre à Moto-Net, que nous publions telle quelle même s'il ne parle pas exclusivement de moto. Car après tout, derrière chaque motard se cache un être humain !

Paris, octobre 2000

J’ai une histoire curieuse à vous raconter. Elle est arrivée au frère d’un ami il y a environ 3 semaines. Le héros de cette histoire s’appelle Olivier. Olivier donc, est l’heureux propriétaire d’une moto (indigne que je suis ! je n’ai même pas pensé à demander à mon pote QUELLE moto ! ! !). Il travaille tard et un soir, quand il sort de son boulot : la bécane a disparu !

Vous imaginez ce que ressent Olivier : l'homme invisible lui colle un uppercut dans l’estomac, sensation de vide, colère puis fatalisme. Il est crevé, il se dit qu’il ira au commissariat le lendemain et il rentre chez lui en taxi, déprimé comme un vieux bénévole du dépouillement électoral lors du référendum. Le lendemain, il se pointe au commissariat et commence à répondre aux questions prodigieusement intéressantes du policier qui prend sa déposition. Il en arrive à l’immatriculation et à la description de la moto quand une lueur apparaît dans l’œil jusque là bovin du claviste badgé. Celui-ci ouvre la porte du bureau, appelle deux collègues, leur dit quelques mots à voix basse et revient dans la pièce avec un roulement d’épaules qui révèle le fan assidu du commissaire Moulin.

Le ton a changé. Les flics lui posent un tas de questions auxquelles il ne comprend rien mais s’efforce de répondre. Puis on le colle dans la cage sans lui expliquer pourquoi et il y passe 24 heures ! 24 heures de garde à vue sans saisir ce qu’on lui reproche et sans que quiconque daigne lui fournir la moindre explication.

Enfin, on lui ouvre la porte et on le libère. On lui raconte de façon résumée que sa moto a servi à un braquage en banlieue parisienne. Les malfrats casqués sont entrés dans une banque, ont exigé la caisse et rien ne se passant comme ils l'avaient prévu, ils ont paniqué et pété les plombs jusqu'à abattre un des vigiles. Ils ont pu s'enfuir mais le n° d'immatriculation de la moto avait été relevé. Le meurtre a eu lieu la veille, dans l'après-midi, alors qu'Olivier travaillait. Ils ont vérifié. Donc il était soupçonné au pire d'avoir prêté sa moto aux bandits, d'avoir paniqué en entendant à la radio que le coup avait raté et se vouloir se blanchir, mais ni d'avoir participé au braquage ni d'avoir tué le vigile.

Il est rentré chez lui assez soulagé, d'être innocenté de tout crime, puis la colère est venue ensuite. On lui pique sa moto et ensuite on le colle derrière une grille, sans explications. Et la présomption d'innocence alors ? Puis plus tard il tombe sur une émission de télé où un homme raconte qu'il a été enfermé durant cinq ans pour un crime qu'il n'avait pas commis. Ensuite, il n'a eu droit à aucune indemnité car le fait qui a donné lieu à une révision du procès (un papier prouvant qu'il était hospitalisé au moment des faits) a été retrouvé par sa mère (ou sa femme) et il était censé s'en souvenir plus tôt… Il a coûté de l'argent à l'état cet homme !

Enfin, dans ces cas là, Olivier est plutôt content d'avoir un casier judiciaire vierge et un travail… S'il avait été chômeur et était resté toute cette journée chez lui devant la télé qui sait combien de temps ils l'auraient gardé.

Bonne route ami(e)s motards et motardes et attachez bien vos engins !

ApL2Far,

Léo

© Moto-Net - Octobre 2000 - leo@moto-net.com


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