![]() |
JUIN 2000 LES LETTRES DE LEO V. |
| F E U I L L E T O N : L E S L E T T R E S D E L E O V. Léo V. parcourt les routes de France à moto dans le cadre de son travail. Tous les mois, il envoie une lettre à Moto-Net, que nous publions telle quelle même s'il ne parle pas exclusivement de moto. Car après tout, derrière chaque motard se cache un être humain ! Paris, juin 2000 Je voudrais tout d'abord m'excuser auprès de toutes les filles que j'ai pu traiter de dingues, que ce soit sur ce site ou ailleurs, surtout Zoé, ma soeur unique et préférée. Avec Paul, nous passions la soirée dans un bar jeudi dernier, quand nous avons étés accostés par ce vieux Jipé, qui était au lycée avec nous. Après les "kesketudeviensdonc" d'usage, ah c'est bien prof d'arts plastiques Paulo, chouette la photo Léo, et toi Jipé ? ben j'ai eu un restau végétarien mais j'ai tout planté à cause d'une femme, là je remonte la pente, doucement, je fais de l'intérim. Oui, mais quoi en intérim ? Oh boh de l'intérim quoi Et à part ça ? Marié ? Des enfants ? Paul a raconté qu'il se remettait doucement d'une rupture douloureuse. Moi que j'étais régulièrement entre une rencontre et une rupture, ce qui était justement le cas. Jipé a dit comme si on lui arrachait deux dents avec un cric: je suis
avec quelqu'un. C'est là qu'il a commencé à nous raconter sa vie amoureuse, composée de la plus belle collection de folles dont j'ai jamais entendu parler ! "Muriel, c'est un Marcel" dit Jipé. Comment ça ? Fille dans son corps, caricature de mec dans sa tête. Elle picole, passe ses journées dans les cafés, ses nuits dans des boîtes, et Jipé l'attend à la maison. "Quand je l'ai connue elle était gentille, elle était pas comme ça, mais avec moi elle s'est sentie libre alors elle a déconné. Par exemple l'autre jour je l'appelle, où tu es? Elle répond mais fous-moi la paix je suis au café! Je marchais dans la rue, mon téléphone sonne, je décroche, c'était une amie...J'ai à peine le temps de dire : allô Djamila, comment tu vas ? que je sens un coup sur la tête très violent. Je me suis retrouvé par terre, roué de coups et c'était Muriel ! Je passais par hasard devant le café où elle était et ça l'a rendue furieuse. Moi : Mais de quoi ? l'impression que tu la surveillais ou parce que tu parlais à une autre ? Jipé : Mais qu'est-ce que tu vas chercher une raison ? Elle en a pas besoin ! Elle me tape c'est tout. Elle squatte mon appart', qui est devenu une poubelle, elle pique mon pognon, elle a vendu ma chaîne, elle dégueule sur mon canapé et quand je proteste elle ameute tout le quartier par ses cris. Paul dit : Mais épouse-la tout de suite! Une princesse pareille, on va te la piquer! Jipé sourit, un peu, et ajoute : Mais attend, moi maintenant je suis clair dans ma tête par rapport à elle. Cette semaine je l'ai emmenée chez un psychiatre, j'ai tout payé bien sûr, après je lui trouve un centre et voilà. Là, j'en peux plus. L'autre nuit elle veut aller en boîte, on va en boîte. Après deux heures de Patrick Juvet et de Compagnie Créole, j'en avais ma tasse. Elle, elle dansait, bourrée de coke et d'ecsta. Je lui dit, d'accord, tu restes, mais je reviens te chercher à 6 heures pile. D'accord ? Elle dit d'accord. Je rentre chez moi, je dors deux heures, je mets mon réveil, je retourne la chercher. Elle danse toujours, entourée de mecs, je lui dis : il est 6 heures, on rentre. Elle :va te faire voir, je rentre pas. Moi: je te préviens, si tu rentres pas, c'est fini, c'est eux ou moi. Elle : bon ben c'est eux. Casse-toi. Et elle revient 3 jours après, dégueulasse, dans un état pas possible, et moi, je lui ouvre les bras, je la lave, je la couche, et après je nettoie ses affaires. Tu sais pourquoi ? J'étais malheureux alors j'avais pris un somnifère une demi-heure avant, j'en ai jamais pris de ces saloperies mais ça calme ! Elle serai arrivée plus tôt c'était la guerre nucléaire ! Je suis même allé jusqu'à rappeler son ex, qui m'a envoyé bouler en me souhaitant bon courage mais lui, merci bien, il en avait assez bavé et était trop heureux qu'un imbécile comme moi s'en occupe. Attends, y'en a une autre pas mal aussi! Quand elle m'a annoncé qu'elle était enceinte! Et bien moi, j'étais vachement content ! Mais bon, c'était au début Et 3 jours après elle me dit qu'il est pas de moi ! ça m'a fichu un coup à l'époque mais maintenant j'en voudrai plus. Paul: Ah non ? On lui demande comment il a rencontré cette fille. C'était chez un ami à lui. Il entend qu'une vague connaissance de ce type doit passer, il oublie. Puis, à 3 heures du mat, alors qu'il s'apprêtait à partir, on sonne. Il voit une nana débarquer dans le salon, bourrée jusqu'aux sourcils et qui, avant même de dire bonjour, étale 200 gr de coke sur sa table et en sniffe une bonne partie avec un billet de cent francs. Puis elle lui demande s'il a pas des Lexomil. Elle mélange en permanence tranquillisants coke ecsta et alcool. Coup de foudre. Jipé raconte qu'en ce moment, quand elle est à la maison, elle vide minimum une bouteille de Pastis par jour. Jipé, quant à lui, ne boit jamais, ne se drogue pas et ne fume pas ! Il nous raconte cela en sirotant un thé au jasmin! Paul suggère : Mais fous-là dehors ! Jipé réplique qu'il ne peut pas, il est responsable, il l'a sortie d'un foyer. Quel genre de foyer ? Jipé ouvre grands ses yeux : ben, un foyer pour toxicos! Et s'il la jette dehors, qu'est-ce qu'elle fera ? Elle ira dans la rue etc. Puis on passe à ses ex. Ouiza "si mignonne, si calme et gentille", ça avait bien commencé, "je l'ai rencontrée dans une fête, en partant, direct je l'ai embrassée dans l'escalier, et elle est venue chez moi". Là, elle se couche toute habillée (c'était l'hiver) sur son lit. Il lui touche l'épaule (planquée sous le manteau, les pulls) elle le regarde et dit "surtout, je te préviens, tu me touches pas". Bon, il retient son geste. Elle reste dormir et s'en va au matin, lui dit qu'elle veut le revoir. Elle revient à 5 heures du mat quelques nuits plus tard, dans un drôle d'état. Et se couche à nouveau tout habillée, loin de lui. Il lui demande "nous, en en est où exactement de nos relations ?" Elle répond "oh je t'adore, je t'aime!" mais il doit pas la toucher. Ça dure un moment, où toujours elle débarque la nuit, de temps en temps, sans prévenir. Jipé finit par se dire qu'il ne se passera rien. Il la laisse dormir là mais n'attend rien de plus. Puis il rencontre Muriel et commence une relation amoureuse avec elle. Une nuit, il est avec Muriel, Ouiza débarque. - Je peux dormir là ? Elle part, Jipé referme la porte puis entend un grand bruit. Il ressort, Ouiza a cassé une vitre de l'escalier à coup de poing, elle saigne énormément. Il essaye de comprendre. - Mais enfin, on couche même pas ensemble ! Exit Ouiza. Puis il parle de Ghislaine, qui fumait du shit tout le temps. Quand elle en avait plus elle souffrait. Alors un jour il appelle un copain. "Il me dit qu'il peut m'avoir une savonnette. Je dis à Ghislaine: ça ira une savonnette ? Elle était contente. Tu parles, ça coûte cher ce truc, moi au départ j'en savais rien, j'en ai eu au moins pour 2000 balles. Et là elle veut aller en Bretagne, avec Marilyne, sa sur jumelle, aussi cinglée qu'elle. ET je te jure que c'est vrai, quand on est arrivés en Bretagne y'avait plus rien, toute la savonnette elles l'ont fumé ! Et comme c'était l'hiver et qu'il faisait froid les vitres sont restées fermées tout le temps. Je suis arrivé en roulant à 60 sur l'autoroute et j'avais la tête qui tournait." Et Karin, la danoise, qui, si elle faisait tomber une petite cuiller n'avait pas le temps de la ramasser car Jipé était déjà par terre à la chercher avant qu'elle touche le sol. Avec elle, c'était sérieux, ils ont vécu trois ans ensemble. Le Danemark, Jipé raconte que ça a été un choc pour lui. En France il n'avait que des problèmes avec les femmes et il débarque là-bas et "c'était génial tu comprends! Non seulement quand je leur adressais la parole elles me répondaient mais en plus elles posaient des questions ! Je leur prenais la main elles étaient contentes ! Tu viens boire un verre ? OUI. On va dîner ensemble ? OUI. Moi: Tu viens chez moi ? Ben alors, tu pouvais pas le demander plus tôt ? Jipé : Il suffisait que je dise que j'étais français pour qu'elles s'intéressent à moi. Et des femmes cultivées, brillantes, saines ! Parce que celles que je rencontre à Paris, elles s'intéressent à rien. La littérature connais pas, et la peinture c'est même pas la peine Bien que, j'en ai connu une qui sniffait même la glycero Karin était directrice du marketing dans une boîte de pièces détachées pour voitures et elle étudiait la médecine naturelle durant ses loisirs. Elle expérimentait toutes sortes de produits sur ses chats, c'était original. Elle avait un cerveau cette nana. "Combien de chats ?" je demande. Alors, conclut Jipé, je crois que j'aime les dingues. Elles m'en font baver mais les autres, elles me cassent les pieds. Qu'est-ce que je vais devenir ? Je vous épargne Zelda, Sylvie et Juliette, trois autres frappadingues qui ont partagé sa vie. Je dis à Jipé qu'il faudrait qu'il arrête de se prendre pour le Sauveur des Filles en Perdition. Il est d'accord et effectivement, à 31 ans, commence à se dire que le hasard n'est pas le seul élément de ces rencontres. Que, peut-être, il y a quelque part une fille équilibrée pas forcément ennuyeuse. Soudain, Paul saute sur sa chaise et me regarde. Léo, hurle-t-il, tu te souviens de Caroline-la-flippée ? Hein quoi ? Oui! Caroline ! Une fille qui a passé un trimestre dans notre classe de seconde. Elle marchait dans les couloirs en rasant les murs, était agoraphobe et faisait à un cours sur 4 des crises de tétanie. Elle a quitté le lycée et on a appris qu'elle avait été envoyée dans un établissement psychiatrique. Et oui, tout m'est revenu d'un coup. L'admirateur numéro 1 (et le seul) de cette fille malheureuse et déboussolée c'était Jipé ! Qui dit d'ailleurs : Caroline, j'étais raide dingue de cette fille !
Elle était géniale ! Espérons pour elle qu'elle est devenue le type de femme qui n'intéresse pas Jipé Un ami comme lui, ça relativise les choses, et Zoé, à côté de la collection de folles de Jipé, c'est un modèle d'équilibre. ApL2Far, © Moto-Net - N°15 - Juin 2000 - leo@moto-net.com |
|
Démarrage - Infos - Dossiers - Trajectoires - Feuilleton - Routes - Contact |