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LES LETTRES
DE LEO V.
F E U I L L E T O N :
L E S  L E T T R E S  DL E O   V.

Léo V. parcourt les routes de France à moto dans le cadre de son travail. Tous les mois, il envoie une lettre à Moto-Net, que nous publions telle quelle même s'il ne parle pas exclusivement de moto. Car après tout, derrière chaque motard se cache un être humain !

Paris, mai 2000

Alors comme ça, on fait parle de l'Italie sur Moto-Net ? Personnellement je ne connais que Rome et Venise. J'ai adoré les deux.

Rome, numéro uno du box office de la ville où l'on roule le plus en deux roues.
Venise, incontestablement numéro ultimo du même hit parade.

Voici une histoire italienne que m'a raconté Emilie :

Sa grand-mère, Giulia, est née en Sicile. Le père de Giulia est mort alors qu'elle avait cinq ans. Sa mère, Paulina (donc l'arrière grand-mère d'Emilie, vous suivez ?) a alors décidé de partir pour Venise avec ses trois enfants car son frère préféré y vivait.

Giulia a été très malade sur le bateau et a pris l'eau en horreur. Et voici cette gamine aquaphobique qui grandit à Venise, ses îles et ses centaines de ponts traversant les canaux. Il paraît qu'elle n'a jamais quitté son quartier de la Giudecca et même jamais traversé un pont de toute sa vie, qui fut longue. Elle y a rencontré son mari et élevé ses cinq enfants, dont Ugo, le père d'Emilie, qui a émigré à Paris.

Giulia est morte récemment, en février 2000, sans avoir vu une voiture, un avion, une mobylette, une station essence ou un feu rouge ailleurs qu'à la télévision. Elle disait qu'elle ne reprendrait le bateau que pour aller à San Michele, l'île-cimetière de la Sérénissime Venezia. Et c'est ce qu'elle a fait.

Quant à moi je n'ai pas grand chose à raconter, si ce n'est que ce matin j'ai enfin fait la connaissance du chien qui soulage sa vessie tous les matins sur les jantes de ma moto. Vous connaissez sûrement ce petit souci typiquement parisien… celui qui consiste à enlever un U ave des gestes de chiruirgien pour éviter le contact poisseux de la pisse canine.

Et voilà que je le coince enfin, il se nomme Kiki, ce petit rat ridicule d'un beige sale ! Sa maîtresse, une imposante sexagénaire aux cheveux bleus me toise avec stupéfaction quand j'ose émettre un début de protestation.

- Mais enfin monsieur, il pisse où il veut mon chien ! C'est un monde ça ! Et puis c'est mon quartier ! J'habite là ! dit-elle en montrant la porte à côté.
- Moi aussi madame c'est mon quartier ! Vous habitez à quel étage exactement ?
- Et pourquoi ?
- Pour aller pisser sur votre porte madame. Comme ça le chien et moi on fait comme on veut, vous lavez votre porte, moi ma moto, et tout le monde est à égalité.
- Il y a une différence tout de même…
- Oui, certainement, et pas qu'une.

Voilà qu'une autre dame à chien se ramène avec Balto, un épagneul. Et se mêle à la conversation.

Les chiens sont gentils et les hommes méchants, les gens qui aiment pas les bêtes sont pas humains, si les humains prenaient exemple sur les bêtes le monde serait meilleur, je suis un monstre dégénéré et voilà que l'une raconte à l'autre que je l'ai menacée d'aller pisser chez elle. Pourquoi pas tous les matins sur le napperon en dentelle posé sur sa télé ?

Pendant ce temps-là j'ai poussé Kiki du pied et détaché mon U.

Je les laisse à leur conversation animée pendant que Kiki essaie désespérément de grimper sur le dos de Balto dans un but explicitement sexuel.

J'aime pas les chiens. D'ailleurs, y'en a pas beaucoup en Italie.

ApL2Far,

Léo

© Moto-Net - N°14 - mai 2000 - leo@moto-net.com


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