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AVRIL 2000 LES LETTRES DE LEO V. |
| F E U I L L E T O N : L E S L E T T R E S D E L E O V. Léo V. parcourt les routes de France à moto dans le cadre de son travail. Tous les mois, il envoie une lettre à Moto-Net, que nous publions telle quelle même s'il ne parle pas exclusivement de moto. Car après tout, derrière chaque motard se cache un être humain ! Washington, avril 2000 I l y a deux mois, Zoé - ma sur, pour les petits nouveaux - a rencontré une fille dans une soirée, Paloma, qui lui a proposé de la remplacer dans son travail. Cette fille garde les deux enfants d'un couple d'Argentins. Le père est architecte et la mère écrit des contes pour enfants. Ils voyagent beaucoup et c'est un travail qui laisse du temps à la fille qui s'occupe des enfants (un garçon et une fille, Arturo et Ayane). Elle les garde de 10h à 18h, tous ses frais sont pris en charge par le couple et elle a ainsi vécu depuis deux ans à Singapour, Buenos Aires, San Francisco, Douala et Paris. Mais Paloma, à Paris, a rencontré David, un ami de Zoé, et quand elle a appris que les Dos Santos partaient à Washington pour un mois, elle s'est mise à chercher une remplaçante pour pouvoir rester avec David.Zoé a sauté sur l'occasion (pour voir du pays tous frais payés, pas pour entamer une carrière de jeune fille au pair...) Et moi, pourquoi je raconte tout ça ? C'est que Zoé a parlé de moi à Carla et Diego Dos Santos, et que ça leur a donné l'idée de faire photographier leurs enfants par un professionnel (et lequel !) durant ce voyage Voila donc comment je me trouve à Washington, escortant, appareil en bandoulière, Zoé et les petits Arturo et Ayane D.S. dans toutes leurs promenades. Nous avons sillonné presque tous les jours le National Mall, une immensément large avenue d'environ 3 km de long et 500 m de large, du Lincoln Memorial au Capitole, et bordée de part et d'autre de musées et de monuments. Zoé et moi sommes partis enthousiastes mais on commence à donner des signes inquiétants de dysfonctionnement mental rien qu'en entendant Carla ou Diego établir le programme culturel du lendemain pour leurs rejetons. Au seul mot de "museum", Zoé avale un pot entier de Peanuts Butter et je songe à m'engager dans les Marines. Je suis censé immortaliser les gosses à l'entrée ET à la sortie de chaque bâtiment... Pourquoi ? Zoé et moi en avons longuement débattu. Elle pense que ce qui intéresse Diego est de voir ses enfants, ses créations humaines, devant les créations de pierre de ses confrères, et que Carla en voulant une photo avant la visite du musée et une après, cherche dans l'expression de leur visage l'influence subie par ce qu'ils ont vu et appris de nouveau et d'intéressant. Je crois qu'ils sont dingues. La journée d'hier est un bon exemple de ce que nous vivons chaque jour. Au programme du matin : la Maison Blanche. Nous y arrivons à 10h, les visites se terminant à 12h30. Une femme en costume de Ranger (ça y ressemblait en tout cas) nous dit qu'il faut prendre les billets au Visitor Center, Pennsylvania Av. Pourquoi ? Nous pensions que la visite était gratuite (comme celle de tous les musées ici). Yes, it's free mais faut quand même des billets. 10 mn après on me colle un tampon sur la main et on me donne 4 billets avec l'heure de la visite (11h40) et un numéro (11). On a plus d'une heure à patienter et rien à voir dans le coin, ni boutiques ni troquets, RIEN. Les boutiques sont les Museum Shops et les cafés sont à l'intérieur des musées, ils sont chers, mauvais, et non fumeurs. Pour Zoé, le café sans cigarette a autant d'intérêt que Pamela Anderson sans silicone pour mon garagiste. Sur l'Ellipse (un immense espace vert en forme de) devant the White House, nous voyons une ribambelle de filles agiter des pompons rose fushia. On va voir de quoi il retourne et en plus des filles en survet' blanc empomponnées, un orchestre d'instruments à cordes répète, des garçons font des mouvements artistiquement martiaux, d'autres déroulent des dragons de tissu et une jeune femme nous aborde, sourire dehors. Elle nous explique qu'ils, la Qijong Academy, viennent de Taiwan donner un spectacle pour la paix et l'amour dans le monde. On a à peine réussi à se décoller d'elle que son frère, 20 m plus loin, fond sur nous. Paix et amour universel nous entourent de toutes parts, ça devient oppressant, Ayane fond en larmes. Nous fuyons les Qijong et, voyant marcher une file de gens vers la Maison Blanche, nous nous glissons parmi eux. Mais cette manoeuvre frauduleuse typically french est repérée par une autre Ranger qui fonctionne plus au bon ordre et la bonne marche des choses qu'à l'amour universel et nous renvoie fermement. Les gens qui marchent ont un 8 sur leur ticket, nous un 11 alors faut pas déconner. On nous renvoie vers une construction au bord de l'ellipse (mais assez loin) ou les gens patientent sur des gradins. Le numéro neuf est affiché sur un panneau et une barrière fermée empêche quiconque de tricher. Les 9 se lèvent, descendent des gradins et une file d'attente se forme. Puis les 10. Arturo regarde son ticket et le panneau alternativement 15 000 fois par seconde comme pour vérifier si par magie son numéro n'aurait pas changé. Puis le 12 s'affiche. Le 12 ?! Comment le 12 ? Et les 11 alors ? Et nous ? Confusion dans la foule. Les 12 aux tickets oranges se précipitent contre la barrière, les 11 (tickets verts) flottent entre révolte et résignation. Les questions fusent, un brouhaha formé de ''eleven'' et ''twelve'' emplit l'espace. Zoé va se renseigner. Elle revient. Les 11 n'ont qu'à y aller avec les 12, it's OK, elle n'a pas réussi à obtenir d'explication plus précise. La file se met en marche, s'arrête (une rue à traverser et un feu rouge interminable). Une fois dans l'enceinte de la Maison Blanche, des hauts-parleurs posés au sol sur les côtés diffusent de la musique mi-militaire mi-ascenceur, coupée par des phrases dites par une suave voix féminine qui nous incite à reconnaître la chance unique que nous avons de pénétrer en ce lieu exceptionnel. La visite, heureusement non guidée, consiste en une traversée rapide de 5 pièces aux meubles atroces et tape à l'oeil, anciens sans doute mais ça ne justifie pas tout. Aux plafonds pendent des lustres hideux, tout ce qui est doré fait faux et se vendrait à grand peine à Promotion 7. Les tapis au sol sont roulés. Nous supposons qu'ils les déroulent pour les réceptions officielles. Sûrement. J'imagine mal l'empereur de Japon ou J. et B. Chirac faisant la queue avec un ticket numéroté dans la main... Puis une énervée m'attrape par le bras en bégayant d'émotion. Juste parce que j'étais à sa portée, elle aurait sauté sur n'importe qui. Elle me pousse contre la fenêtre et pointe son doigt sur un chien qui court dans le parc. Je suis très perplexe et malgré son état de folie temporaire avancé elle s'en rend bien compte. Elle bégaye ''Buddy, Buddy'' plusieurs fois. Veut-elle dire qu'elle a senti en moi les qualités qu'elle cherche depuis des années pour être son ami idéal ? Que nenni. Zoé, qui intriguée a regardé par la fenêtre, me dit avant de repartir d'un air dégoûté : - Buddy, c'est le clebs de Bill. Godness, le chien des Clinton s'ébat dans le parc sous mes yeux ébaubis! Ma nouvelle camarade voulait seulement me faire partager ce grand moment de sa vie ! Voir Buddy The Dog of the President, courir dans le jardin, j'ai bien cru qu'elle allait en faire pipi dans sa culotte !!! La visite a duré 10 minutes. J'ai pris comme à l'accoutumée deux photos d'Arturo et Ayane, avant et après. Je doute que leur mère lise grand chose sur leurs visages... Les seuls motards que j'ai vu ici depuis deux semaines sont ceux de la police... En Harley bien sûr. Question deux roues, c'est minable... Le revêtement des rues est lamentable, la circulation tranquille sauf aux heures de pointe. Le temps est clément mais peut-être ne sortent-ils les bikers qu'à plus de 28°C. J'ai aussi vu une moto bizarre au Musée de l'Air et de l'Espace... Nous prenons le métro... ApL2Far, © Moto-Net - N°13 - avril 2000 - leo@moto-net.com |
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