![]() |
MARS 2000 LES LETTRES DE LEO V. |
| F E U I L L E T O N : L E S L E T T R E S D E L E O V. Léo V. parcourt les routes de France à moto dans le cadre de son travail. Tous les mois, il envoie une lettre à Moto-Net, que nous publions telle quelle même s'il ne parle pas exclusivement de moto. Car après tout, derrière chaque motard se cache un être humain ! Paris, 1er mars 2000 Hier soir j'ai dîné avec mon amie Emilie. Elle me demande : Puis au dessert elle me dit : Il a rigolé que ça allait être une autre histoire, fini pour moi le dépôt des mineures, c'est comme quand on passe dans la classe supérieure, il m'a dit que bravo, j'avais réussi l'exam. Il me colle dans la cage, celle avec vue sur l'entrée. Il y avait un jeune mec dans ma cage, l'air complètement paumé. Quand il a compris aux réflexions des flics que j'étais une habituée des lieux il m'a raconté son affaire comme si j'étais son avocate ou une experte. Il avait été chopé à la gare alors qu'il s'apprêtait à prendre un train pour Marseille. Il avait piqué 100 FF, seulement 100 balles dans la caisse. Il pensait les remettre plus tard, dès qu'il pourrait. Ce soir là il avait rendez-vous avec une fille pour boire un verre et il avait pas un rond. Son patron l'a fait avouer le lendemain matin. Il a promis de rembourser, le patron lui a dit "ça va pas se passer comme ça. Tu me dois quinze jours gratis". Au bout des quinze jours il l'a vidé. Le gars prend un aller simple pour retourner chez ses parents à Marseille et l'enfoiré de patron l'a dénoncé, pour un vol de 150 000 francs. Le garçon me déballe toute son histoire, soulagé que je le croie parce que jusque-là, depuis une heure, entre le panier à salade et notre paradis il n'avait entendu que des "ta gueule, c'est ça oui, tu es innocent". T'as déjà vu comment c'est foutu une cage ?, me demande Emilie. Je finissais mon cours quand une vieille femme est arrivée, traînée par deux uniformes. Elle aurait fait imploser un alcootest, elle venait d'éclater deux portes-fenêtres de la Mairie en mimant une corrida avec un caddie plein de saloperies. Elle se met à beugler qu'elle veut pas qu'on l'enferme, que si on l'enferme elle étripe le premier venu parce qu'elle ne le supportera pas, et continue de se débattre tant et plus. - Lâche-moi assassin ! Assassin patenté ! Touche pas à mon sac en plus ! On prend pas son sac à une dame ! La femme balance ses jambes aux bas filés dans leurs chevilles tout en tirant sur son sac poubelle bleu et troué. Ça finit par les agacer et l'un d'eux lui tord le poignet. - Ils la passent à tabac ! s'indigne le garçon. Finalement ils récupèrent le sac, ouvrent la grille et embarquent le garçon au fond, dans une autre cellule. Ils balancent la femme dans ma cage. Elle se relève et se précipite sur la grille. - Voleurs patentés ! Assassins patentés ! Vous allez piquer mes sous ! Elle se remet à gueuler en direction du policier: Elle se tourne vers moi, l'il mauvais. Elle se précipite vers moi, trébuche, je la retiens. Pendant dix minutes il fait joujou avec elle, passe à demi une allumette par la grille puis la retire quand elle avance une main. Ça finit par l'énerver. - Salaud ! Ivrogne ! Va te saouler avec tes putes et monsieur le maire mais pas avec mon fric ! Il retourne jouer aux cartes. Ma collègue se tourne alors vers moi : Pendant trois heures je suis successivement une pute patentée, une salope internationale et sa copine personnelle. Puis, au milieu de la nuit, une caisse arrive. Un chien-loup est enfermé dedans, qui hurle à la mort. - Ouhhhhouhhhh, fait le chien. Plus elle braille plus le chien hurle et dès qu'il hurle elle interrompt sa phrase pour reprendre exactement le même hurlement. Comme ils n'ont plus de place il mettent le chien à la place du garçon, qui revient avec nous, l'air déboussolé. On entend toujours les plaintes du chien et la vieille, accrochée à la grille, continue ses "Ouhhhhouhhhh". Les flics en ont plein les oreilles. L'un d'eux se lève brusquement et crie : Le garçon me raconte qu'ils ont laissé le chien bouclé dans la caisse, une petite
caisse et un gros chien, il doit souffrir. Ce coup-ci elle se jette réellement sur nous en hurlant. Je crie et le garçon
s'interpose, tout rouge. Il tremble, il la saisit à bras le corps et hurle: Aucun flic ne bouge, chacun est passionné par le spectacle. La vieille sourit et
demande : Après, chacun va dans son coin, en silence, et le chien n'aboie plus. Puis vers cinq heures elle recommence à s'agiter et dit qu'elle a envie de pisser. Dans l'indifférence générale. La loi est la loi. Si tu es un homme tu dois être accompagné aux toilettes par un flic et laisser la porte ouverte, au cas où tu trouverais intéressant de te pendre à la chasse d'eau. Une femme ne peut être accompagnée que par une femme flic et comme il n'y a en a pas ici cette nuit, tintin. Au bout d'un quart d'heure de tintouin dans le vide, la vieille s'accroupit et fait pipi au milieu de la cage. Le garçon et moi on relève précipitamment les jambes et on ressemble à deux hérons perchés, c'est très inconfortable. L'épisode est un bon sujet de blagues pour les flics mais l'un d'eux vient quand même jeter dans la cage une serpillière et un seau d'eau. Le garçon se lève sans un mot et nettoie le sol. Quand tout a été lavé le même flic a repris le seau. Le garçon a demandé si on pouvait avoir un verre d'eau et des couvertures, le flic a refusé. On avait froid. C'était l'été, et on avait été arrêtés en T-shirt lui et moi. La vieille s'est allongée par terre sur le sol encore humide et s'est mise à ronfler. Le garçon m'a demandé : - Je peux poser ma tête sur tes genoux ? J'ai sommeil. Je suis restée éveillée tout le temps, les jambes ankylosées mais je n'ai pas bronché pour ne pas le réveiller. Au matin ils ont remis la vieille dans la rue. Une camionnette est venue chercher le chien, toujours muet, si ça se trouve il était mort. Puis ils ont emmenés le garçon. Et moi, en dernier. - Qu'est-ce qu'il est devenu, le garçon ? ApL2Far, © Moto-Net - N°12 - Mars 2000 - leo@moto-net.com |
|
Démarrage - Infos - Dossiers - Trajectoires - Feuilleton - Forum - Routes - Contact |