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BAROUDEUSE
le 15 janvier 2002

L'Amérique du Nord en BMW K75S

Avril/Juillet 1999Saskia, programmeuse informatique à San Francisco, a pris 3
mois de congés sans solde pour s'offrir un tour d'Amérique du Nord au guidon de sa BMW
K75S. Elle livre à Moto-Net le compte rendu de chacune de
ses étapes, au fil de ses connexions Internet dans les bibliothèques américaines.

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  L E S   R O U T E S  
EN BREF
Prénom : Saskia

Age : 48 ans

Domicile : San Francisco

Métier : Programmeuse informatique

Motos : BMW R100GS et BMW K75S

Activité actuelle : Parcourir l'Amérique du Nord à moto

 BAROUDEUSE
L'Amérique du Nord en BMW K75S
Saskia, programmeuse informatique à San Francisco, a pris 3 mois de congés sans solde pour s'offrir un tour d'Amérique du Nord au guidon de sa BMW K75S. Elle livre à Moto-Net le compte rendu de chacune de ses étapes, au fil de ses connexions Internet dans les bibliothèques américaines...

Tarte aux myrtilles dans le Colorado

Samedi 24 avril 1999. Salut à tous. Me voici dans le Colorado. Merci à tous ceux qui m'ont envoyé des mails. C'est génial de recevoir des nouvelles du quartier (ou de l'endroit où vous êtes) quand on est sur la route. J'ai finalement réussi à atteindre Arches. Et le type de la météo a menti, comme d'habitude.

Cet endroit est absolument fantastique. Si vous avez l'occasion, allez-y ! C'est la "merveille naturelle" la plus spectaculaire que j'ai jamais vue. En arrivant dans le Colorado, je me suis arrêtée au Blue Mountain Cafe à Dove Creek, où une délicieuse part de tarte aux myrtilles ET un café m'on coûté 1,75$ plus taxes ! Dire que le café à lui tout seul m'aurait coûté ce prix là à San Francisco...

Aujourd'hui j'écris depuis le PC d'un nouveau copain. J'avais un petit problème d'arrivée des gaz depuis ma petite chute, donc j'ai consulté mon BMWMOA et j'ai trouvé Chris Vivol à Durango. Après avoir effectué une légère révision de ma moto, il m'a fait visiter Durango - et maintenant j'abuse encore de son hospitalité en utilisant son PC et sa connexion internet.

Le temps est carrément bizarre dans le coin : pluie, neige, vent, soleil - le tout en un quart d'heure. Demain je prévois de visiter Mesa Verde. Je resterai peut-être un jour de plus dans le coin après ça - ou peut-être que je descendrai dans le Sud vers le Nouveau Mexique.

Ojo Caliente au Nouveau Mexique

Mardi 27 avril 1999. OK, maintenant me voici à Santa Fe. Je risque de faire court car je suis à la bibliothèque, et ils sont très pointilleux sur le temps imparti à chacun dans l'utilisation des ordinateurs. J'ai presque mis une demi-heure à télécharger tous mes messages. Merci beaucoup, j'adore recevoir de vos nouvelles !

Lundi j'ai rassemblé mes affaires sous le ciel bleu, et j'ai mis le cap sur Mesa Verde. Le Parc national est à une demi-heure de la route principale, et tandis que je gravissais la montagne, la lumière baissait à tel point que je me suis retrouvée en train de conduire en plein dans un nuage bas et glacial. Il y avait de la neige sur le bas côté, et je pouvais à peine voir devant moi... Mais vous savez à quel point je déteste faire des demi-tours avec cette bécane, alors j'ai continué jusqu'en haut. Et j'ai bien fait : arrivée au sommet, le ciel était redevenu bleu et le soleil brillait à nouveau. J'ai alors commencé à apprécier vraiment cette balade d'une demi-journée. Je n'arrive toujours pas à comprendre comment faisaient ces gens pour construire ces petites "villes" à flanc de falaises... Quel endroit ! J'ai eu la chance d'y être hors saison, donc j'ai pu visiter dans de bonnes conditions.

Il faut maintenant ramener Rose vers le Sud. J'aurais vraiment aimé rester plus longtemps, et profiter de ces routes magiques autour de Durango, mais j'ai suivi les conseils de mon nouvel ami Chris et j'ai quitté la ville avant que le temps ne se gâte à nouveau. Tant pis... Ce sera pour la prochaine fois. Ce n'est quand même pas si loin de la maison ! J'ai donc découvert que j'aimais le Colorado - et j'aurais bien voulu y rester plus longtemps.

Mon but de la journée était Ojo Caliente, au Nouveau Mexique. J'y suis arrivée à 17h30. Sans ce détour par des routes boueuses et pleines de trous, j'aurais pu arriver plus tôt.  (Moi et ma quête insatiable de petites routes "intéressantes"...). Rien de tel qu'un bon bain chaud après une balade, non ? Les sources minérales d'Ojo Caliente contiennent du fer, de la soude, du lithium et de l'arsenic. Il me semble qu'il y a encore autre chose, mais je ne m'en rappelle plus. Enfin bref, je me suis baladée de bassin en bassin en passant un moment délicieux (tout en refusant les avances d'un type nommé Olly ou Carlos - il changeait de nom en même temps que d'interlocuteur - qui voulait me faire un massage aquatique).

La soirée fut splendide et si CALME - avec une lune presque pleine qui brillait au dessus de ma tête. Au matin je suis allée marcher un peu, et me suis assise devant le lever du soleil tandis que des gouttelettes de glace fondue tombaient doucement de la housse de ma moto. C'est si calme et tranquille ici, en écoutant les oiseaux chanter, que je voulais vraiment pas repartir. Mais je ne peux pas m'offrir ce genre de chose trop souvent, ou bien ce voyage serait sérieusement raccourci.

L'Enchanted Circle est assez spectaculaire, mais ce que j'ai trouvé le plus enchanteur c'est tous ces petits virolos sur les routes. J'en avais vraiment marre de rouler tout le temps en ligne droite, même à travers de superbes paysages. J'ai même eu le plaisir de doubler plusieurs voitures et une Harley. Quand le type en Harley m'a rattrapée un peu plus tard alors que je vérifiais mon chemin sur la carte, il m'a dit : "Ces BM ça marche fort, hein ?".

Je reprends la route de Santa Fe. Il faudra que je vous raconte la suite lors de ma prochaine étape, car il y a quelqu'un qui attend son tour pour l'ordinateur...

De Santa Fe à Laredo

Lundi 3 mai 1999. Salut à tous depuis Laredo, Texas. D'où est-ce que je suis partie ? Ah oui, Santa Fe. J'adore Santa Fe et ses alentours - et je pourrais même PEUT-ETRE y habiter si jamais les charmes de San Francisco venaient un jour à me lasser. Sur un coup de tête, je me suis arrêtée à l'hôtel The Inn On the Paseo - où j'avais passé de formidables vacances de Nouvel An 1998. Ceux qui le dirigent/possèdent sont très sympathiques et chaleureux, aussi je me suis arrêtée pour leur dire bonjour. John m'a reparlé de ma dernière visite, et nous avons discuté de mon voyage et de leur achat de l'hôtel.

Comme la période était plutôt tranquille, John a pu me faire un tarif préférentiel et j'ai pu bénéficier d'une chambre magnifique. Un sacré changement par rapport aux terrains de camping et aux écono-motels ! Si jamais vous vous trouvez un jour à Santa Fe, je vous conseille cet endroit (www.innonthepaseo.com). Il offre à la fois le confort d'une maison et les charmes d'un très bon hôtel, et sert un excellent petit déjeuner.

Une fois la moto chargée, j'ai mis le cap sur le centre-ville. C'est une petite ville, et j'ai retrouvé facilement mon chemin grâce à ma dernière visite. Premier arrêt : Casa Sena, un délicieux restaurant recommandé par un ami (merci Chris !), où j'ai pris place dans un jardin ensoleillé pour déguster des plats merveilleux, sans même avoir un choc violent au moment de l'addition. Un pur paradis !

Alors que je me baladais dans le centre à la recherche de l'Office du tourisme, j'ai rencontré un autre ami. On s'est littéralement rentré dedans en contournant un groupe de touristes qui posaient pour une photo devant une sculpture, comme partout à Santa Fe. On a marché ensemble et engagé la discussion, puis on s'est baladé autour de la Canyon Road. Bel endroit pour passer le temps. 

Après mon formidable petit déjeuner, j'ai dirigé Rose vers le Sud, direction Albuquerque. Enfin, pas DIRECTEMENT vers le Sud... Vous me connaissez. J'ai trouvé une bonne petite route viroleuse qui m'a conduit jusqu'à Sandia Peak. Quelle route incroyable, surtout au sommet ! 13 miles (21 km) de zigzags sur une surface parfaite (imaginez Mount Hamilton avec un vrai revêtement). Bien sûr, plus je me rapprochais du sommet et plus il y avait de neige sur le bas côté, et plus il faisait froid. Arrivée en haut, j'ai trouvé un parking moto ! Carrément étrange. C'est la première fois que j'en voyais un au cours de ce voyage. La vue devait être chouette, mais c'était couvert donc j'ai dû me taper la route en sens inverse, en redescendant. J'ai croisé trois biches au comportement irréprochable, qui sont sagement restées sur le bord de la route (endroit qu'elles ne devraient jamais quitter !).

Au centre commercial Corondo Mall à Albuquerque, je suis allée voir ma copine Penny dans sa boutique "Papyrus", où elle avait la visite d'un ancien collègue de chez Levi's. J'étais ravie qu'elle puisse trouver un peu de temps à me consacrer, et j'ai beaucoup apprécié de passer une soirée entre amis à la maison. Penny et Tony m'ont si bien accueillie que j'ai failli rester un ou deux jours de plus - mais l'appel de la route fut plus fort, comme d'habitude.

Carlsbad Caverns : Si vous ne connaissez pas, allez-y ! J'ai failli ne pas y passer, car je pensais que ce serait PLEIN d'autres touristes et de lumières criardes - les dernières photos que j'avais vues dataient des années 50, je suppose. C'est un endroit à la fois beau et fascinant. C'est très légèrement illuminé, et il m'a fallu un moment pour que mes yeux s'habituent. J'ai choisis la formule "visite avec écouteurs", que je recommande car c'est très bien fait. Quant à la foule, en réalité j'étais le plus souvent toute seule, et seuls le bruit de mes pas et le crissement de mon pantalon en cuir venaient perturber le silence lors des pauses de la K7 de visite.

Les vents soufflaient si fort que j'ai dû attendre au Motel 6 jusqu'à 10h30 - un peu inquiète à l'idée de me faire emporter ! Lorsque ça s'est calmé un peu, j'ai pu mettre le cap sur le Texas. Route 118 depuis Kent Fort Davis. La traversée du Texas fut un pur délice, avec des vents tournoyants autour des Davis Mountains. Il y a aussi plein de petits coins sympas pour pique-niquer, à l'ombre. Fort Davis est une belle petite ville - où tout le monde semble conduire un pick-up diesel et bruyant. Très bon chili et tarte aux pêches maison au Blue Moon Diner, où le slogan est "Bon Appetit, Y'all". 

Big Bend National Monument: Vous pensiez qu'il n'y avait pas de montagnes au Texas, hein ? Eh bien moi aussi, mais en réalité j'avais tort. Bien que la route entre Presidio et Terilingua ne soit pas à proprement parler dangereuse, elle requiert quand même beaucoup de concentration : dos d'âne, nids de poules, virages en dévers... Ne la prenez pas de nuit ! Il y aussi pas mal de vie sauvage sur cette route : oiseaux, vaches, serpents, lézards, lapins... Sans oublier de très très nombreuses fleurs sauvages aux couleurs vives, et des cactus fleuris dans le parc malgré les avertissements de sécheresse. Je suis finalement arrivée au camping en pleine nuit, sous le ciel du désert, avec en prime une superbe pleine lune. Il y a tellement de mises en garde contre les animaux sauvages et notamment les ours (chaque terrain de camping affiche un ENORME panneau "Attention aux ours") que j'ai commencé à m'imaginer que j'allais vite devenir un petit encas de minuit ! Mais je me suis réveillée intacte à 6h00 du matin, j'ai fait mes sacs et j'ai pris la route sous le clair de lune.

Hier, j'ai passé toute la journée sur la route. En arrivant à Laredo j'ai pu me vautrer dans le luxe d'une chambre du Marriott Courtyard (MERCI Greg !). Et là, je viens de dépasser de 10 minutes le temps qui m'était imparti sur cet ordinateur, et je vais finir par m'attirer des ennuis.

De Laredo (Texas) à Baton Rouge (Louisiane)

Vendredi 7 mai 1999. Si le fait de croiser le chemin d'un chat noir porte malheur, qu'en est-il lorsqu'un flamand rose s'envole juste devant vous, sur la route ?

Après m'être vautrée dans le luxe de mon lit Marriott, j'ai emmené Rose prendre un bain et se préparer pour Corpus Christi. Ce fut un parcours sans grand intérêt - bruine omniprésente et fortes rafales de vent. Mais j'ai quand même eu de la chance d'avoir ça plutôt que les tornades qui sévissent légèrement plus au nord. Le meilleur moment fut lorsque j'ai vu toutes ces fleurs sauvages le long de la Route 285. J'étais si impressionnée que je me suis arrêtée pour prendre des photos ! L'arrivée à Corpus Christi par la 358 fut tout simplement abominable. Je n'ai jamais vu un endroit aussi artificiel, avec TOUTES les chaînes de magasins et de restaurants du pays représentées au moins une fois. J'ai trouvé ça carrément flippant et j'ai dû quitter cet endroit au plus vite. A tout prendre je préfère de loin Ocean Drive... plus joli et plus calme. J'ai passé la nuit au Koronado Motel, juste sur la plage. Le vent a hurlé toute la nuit.

Le lendemain j'ai suivi la Gulf Coast, que j'ai beaucoup appréciée, en empruntant de nombreux ponts et ferries. Toutes les maisons semblent tenir sur pilotis, et même celles qui ont une jolie façade côté route ont des espèces de béquilles derrière. Je suis restée sur les Farm Roads, comme ils les appellent au Texas, en essayant d'éviter les zones trop commerciales. Je trouve que voyager aux Etats-Unis est un peu déprimant, car tout le caractère unique des petites villes est en train de disparaître sous l'assaut des chaînes de restaurants et de magasins de détail. A l'approche de chaque nouvelle ville, je me surprenais en train d'essayer de deviner si j'allais d'abord être accueillie par un Dairy Queen, un McDonalds ou un Sonic Drive-In. Les villes vraiment très petites n'ont pas tout ça - elles ont simplement une station-service, un bureau de poste et une église baptiste. Sur les églises ont peut lire des slogans du genre "Les gens utilisent du scotch pour réparer n'importe quoi, Dieu utilise des clous", "Le temps que vous passez à genoux vous met en bonne relation avec Dieu", "Dimanche retrouvons-nous à la maison avant le match - Dieu"... (C'était intéressant pour moi car je n'avais jamais vu de tels panneaux !).

Pendant ce temps, la chaleur et l'humidité se faisaient plus pressantes. Un matin, alors que je sortais Rose à 6h30, j'ai eu l'impression de marcher dans un bain de vapeur. Ma veste est devenue moite immédiatement. J'ai bien aimé suivre le Creole Nature Trail (Route 82), en Louisiane. Des snowy egrets sortaient de l'eau pour s'éloigner de moi, et il y avait aussi plein d'oiseaux noirs aux ailes rouges. Des chênes bordaient un côté de la route, avec leurs voiles de mousse grise en lambeaux, et de l'autre côté des canaux remplis d'algues vertes - on imaginait très bien qu'un alligator puisse surgir tout à coup du marécage. J'ai beaucoup aimé, mais il n'y avait aucun endroit pour stationner 5 minutes, pour se reposer ou manger un morceau. Je me suis finalement arrêtée sous un arbre immense au bord de la route, et j'ai mangé un sandwich au fromage comme petit déjeuner. Vers midi, à New Iberia, la chaleur et l'humidité ont commencé à m'importuner, alors je me suis arrêtée à nouveau pour manger un sorbet aux framboises et j'ai appelé Hebert BMW à Baton Rouge. J'ai abandonné mes plans d'exploration plus approfondie de la Louisiane, et me suis dirigée vers le Nord.

J'ai trouvé que conduire en Louisiane était très frustrant, à cause d'un manque caractérisé de panneaux indicateurs et d'endroits où stationner, de conducteurs aussi mauvais qu'en Californie, et il est extrêmement difficile de changer de direction si vous vous êtes trompé (à cause du manque de panneaux). Je préfère vraiment conduire au Texas, avec ses sorties de voies expresses très bien conçues, ses conducteurs courtois et ses larges bas-côtés pour le stationnement.

Maintenant vous en avez sûrement marre de lire tout ça, comme j'en ai marre d'écrire. Il se fait tard pour moi, donc j'arrête pour aujourd'hui.

A la prochaine...

De Baton Rouge à Tampa
Lundi 10 mai 1999. "On The Road Again"... C'est décidément mon air préféré en ce moment... J'ai comme l'impression d'avoir oublié comment je me débrouillais pour faire des pauses d'un jour ou deux de temps en temps...

En quittant Bâton Rouge, je me suis perdue un petit moment, mais je me suis finalement retrouvée sur la Route 450 (qui a été recommandée par un récent article de BMWMOA sur les meilleures routes). Elle est assez jolie, verdoyante et agréablement viroleuse. J'avais prévu de prendre le ferry, mais je suis restée bloquée derrière un camion poubelles (!)... et plus de ferry en vue. Heureusement j'avais un Plan B: suivre la rive ouest du Mississippi jusqu'à Natchez. Mais d'abord, je me suis paumée encore une fois, dans la jolie petite ville de New Roads. La route qui longe la rivière (Route 15) était belle, verdoyante et venteuse, et sentait très bon aussi.

Je cherchais un endroit où m'arrêter et me reposer un peu, et j'ai finalement suivi un petit chemin poussiéreux avec un panneau indiquant "terrain de camping". Je n'ai pas trouvé de terrain de camping ni d'éventuelles tables de pique-nique, mais un vieux bateaux à roues à aubes rouillé qui gisait dans l'herbe haute. Une exploration plus poussée m'a menée à un petit coin marécageux et sombre : l'étrange petite "ville" de Deer Park. Cet endroit est composé de mobile homes perchés très haut sur pilotis, parmi de gros arbres moussus. J'aurais bien aimé faire une photo, mais j'avais la curieuse impression d'être regardée : effectivement plusieurs personnes se tenaient ça et là, dans le noir. Cela m'a paru un excellent moment pour faire demi-tour et retourner sur la route principale !

A la sortie de Natchez, j'ai décidé d'essayer le Natchez Trace Parkway pour un moment. Les mecs de Hebron Cycles à Baton Rouge m'avaient prévenue que la limitation de vitesse à 50 mph était très strictement appliquée, et donc que c'était pas très marrant, mais j'ai voulu essayer quand même. Peut-être était-ce dû au fait qu'on était en semaine, mais je n'ai pas vu un seul flic et j'ai pu me permettre un solide 60 mph, comme tout le monde. C'était très vert et reposant, avec des virages très doux. C'est vite devenu un petit peu TROP reposant, alors j'ai décidé de traverser l'Alabama par les Routes 61, 3 et 7 à un rythme plus soutenu. En général, j'ai constaté que je pouvais rouler sans problème autour de 70 mph sur ce genre de routes secondaires (sauf dans les villages, bien sûr).

Si jamais vous passez à Yazoo City, Alabama, pensez à vous arrêter à River-Bend Catfish House, où "Nos poissons-chats adorent nager dans l'huile d'arachide". En rentrant à l'intérieur, j'ai rencontré un jeune couple qui se dirigeait vers le côté du bâtiment, où il y a une jolie terrasse qui donne sur la rivière. Ils m'ont invitée à partager leur déjeuner, et nous avons passé un agréable moment à regarder les tortues se faire bronzer sur la berge. Et le poisson chat ? Hummmm - frais et moelleux et délicieux.

J'ai fini la journée chez ma soeur, juste à la sortie de Byhalia, Mississippi (près de Memphis) - où j'ai été très chaleureusement accueillie par des membres de ma famille que je n'avais pas vus depuis des années. Leur hospitalité m'a presque convaincue de rester quelques jours avec eux, mais... les démangeaisons du voyage l'ont emporté, et me voici "on the road again".

Le Mississippi et l'Alabama ont beaucoup d'atouts à offrir au touriste "culturel" (surtout vous, les mordus de la Guerre civile), mais ce n'est pas mon genre de voyage. J'ai plutôt traversé tout ça en diagonale, l'un en montant et l'autre en descendant. J'ai bien aimé la campagne très verte, les superbes fleurs sauvages du printemps, et les maisons avec leurs petites entrées blanches et les rocking chairs sous la véranda. Dans le sud de l'Alabama, j'ai vu plus de voitures de patrouilles que pendant tout le reste du voyage, mais surtout dans les petites villes - et pas sur la route à traquer le motard un peu trop rapide.

Hier je suis arrivée chez mon copain Rick, qui vit ici, à Tampa. Quel plaisir de se laisser aller dans le confort et l'air conditionné de sa mignonne petite maison ! Il m'a emmenée dîner et m'a indiqué un nouveau cyber-restaurant tout proche.

Comme j'avais des tonnes de messages à lire et à envoyer, je suis allée à la bibliothèque ce matin. Ils m'ont foutue dehors après que j'ai utilisé l'ordinateur bien au delà de l'heure réglementaire, car quelqu'un d'autre voulait l'utiliser. J'ai eu de la chance de pouvoir le garder aussi longtemps. Là, je suis au cyber-restaurant que Rick m'avait montré hier soir, le "WebSite". Ils ont un menu génial avec des combinaisons de saveurs très imaginatives (essayez le Low Country Egg Roll!), des TONNES d'ordinateurs, et une connexion T1 vraiment très rapide. Vous pouvez manger et boire en surfant sur le web. Aussi surprenant que ça puisse paraître, ils disent que leurs claviers n'ont pas subi de réelles catastrophes. Un petit compteur en bas à droite de l'écran vous tient informé du prix de la connexion. Ils font payer 8,40 $ de l'heure, ce qui est nettement moins cher que le Kinko's à $12. Donc je suis contente de payer, et de toute façon j'avais faim.

OK, ça suffit maintenant non ? Est-ce que ça ressemble plus à un guide gastronomique qu'à un récit de voyage ? Eh bien, vous savez à qui vous avez à faire maintenant ;-)

A +

Bilan après 6 694 miles au guidon...
Pendant que je rechargeais mes batteries en Floride, avec mes amis et ma famille, j'ai pu repenser à mes 4 premières semaines de route. Et à propos des routes en elles-mêmes, j'ai réalisé qu'elles étaient vraiment très différentes d'un Etat à l'autre :

Californie : comme c'est chez moi, je n'y prête pas une très grande attention, mais néanmoins J'ADORE le fait que le slalom entre les files de voitures y soit légal. J'ai pu penser à ça très longuement alors que j'étais coincée dans les embouteillages dans d'autres Etats, en attendant désespérément que le feu passe au vert alors qu'il aurait été si simple de se faufiler pour arriver en tête au feu...

Arizona : les routes n'ont rien de spécial, mais j'ai particulièrement apprécié le passage viroleux de la Route 66, qui a en outre été conservé en excellent état. J'ai découvert un nouveau concept, le "wash", qui apparemment est une portion de route plus basse que le reste, susceptible d'être inondée. Eh bien, en Arizona, il y a un nom pour ça. Mes deux préférés étaient le "Fried Liver Wash" et le "Holy Moses Wash".

Nouveau Mexique : Ce que j'ai préféré dans cet Etat, c'est le nombre d'aires de stationnement le long des routes. On y trouve quelques tables de pique-nique, et des genres de structures pour faire de l'ombre. Malheureusement, ces aires de repos ne sont pas toutes en bon état. Le Nouveau Mexique semble aussi avoir un grand nombre de panneaux "danger" : "Attention à l'eau sur la route", "Attention chute de pierres", "Attention sortie de camions", "Attention aux motos" ????!! Ce dernier m'a vraiment surprise, et j'imaginais des motos emportées par le vent le long des routes. (J'ai dû batailler ferme contre des vents très fort).

Texas : Le Texas est un GRAND Etat, aussi mes commentaires ne seront peut-être pas valables pour la majeure partie de ses routes. Je suis surtout restée près de la Gulf Coast. A part une portion très viroleuse (parsemée d'animaux morts ou vifs) en direction de Big Bend, les routes sont en bon état, larges et lisses. Les caisseux (1) que j'ai rencontrés étaient très courtois. Ils mettent même leur clignotant, et à bon escient encore ! Encore mieux, lorsque j'arrivais à leur hauteur, ils se serraient sur la droite pour me laisser passer (qu'il y ait quelqu'un en face ou pas). Les aires de repos sont les meilleures que je connaisse. Je pouvais sans problème compter en voir une toutes les heures, et elles sont propres et ombragées. (Remarque: au Nouveau Mexique et au Texas, les aires de repos ne comportent pas de toilettes en général). Enfin, le Texas offre les bords de routes les plus fournis en fleurs sauvages. Merci Ladybird !

Louisiane : J'ai beaucoup aimé la Louisiane pour ses marais mystérieux et sa nourriture délicieuse, mais c'est l'Etat dans lequel il est le plus difficile de trouver son chemin. Apparemment, les autorités pensent que si vous n'êtes pas capable de vous orienter sans panneaux indicateurs, vous n'avez rien à faire ici. Ou peut-être qu'ils croient qu'on a tous un sens aigu de l'orientation. Je n'ai vu qu'une seule aire de repos pendant tout mon trajet en Louisiane - et c'était sur une voie express surchargée. A part les autoroutes inter étatiques, les routes n'ont pas de zone de stationnement. Si vous voulez vous arrêter, il faudra le faire sur la route ou chez quelqu'un...

Mississippi et Alabama : Mes excuses à ces Etats pour les associer dans mes commentaires, mais ils m'ont paru très similaires. Tous les deux on BEAUCOUP de routes secondaires, ce qui fait que leurs cartes régionales ressemblent à des toiles d'araignée. Il sont généreux en panneaux, même sur les toutes petites routes. Ces deux Etats étaient très verdoyants quand je les ai traversés, avec de nombreuses maisons et des jardins très bien aménagés.

Floride : Ceci est un Etat touristique. Ce qui signifie qu'il y a plein de panneaux indicateurs, et encore plus de panneaux publicitaires. J'ai trouvé ça un peu déprimant. Si vous devez vous rendre de Tampa (Busch Gardens) à Orlando (Mickey), passez par Key West. Vous ne voudrez même pas entendre parler des choix plus évidents, comme l'Interstate 4 ou la Route 92.

Maintenant, l'appel de la route recommence à me démanger. J'ai envie d'aller à Deals Gap pour "dompter le Dragon" (2). Je vous tiendrai au courant.

De Franklin à Strasburg (Virginia)
Merci à tous pour vos questions ! Oui, ce break m'a fait du bien, et maintenant je suis de retour sur la route. Ceci dit, je fais maintenant des étapes plus courtes, et j'essaye de ne pas rouler plus de 250 miles par jour : je ne veux pas faire une rechute du poignet !

J'ai quitté la jolie petite ville de Franklin un peu à contrecoeur... Pour tout dire, je me suis même surprise à regarder les cours de l'immobilier pendant que j'étais là-bas... Quitter San Francisco, moi ? Non, sérieusement, ça m'étonnerait fort. 

La Route 64 est étroite, boisée, et se fraie son chemin à travers une grande partie de la Caroline du Nord. Juste après Franklin, elle serpente le long d'une jolie petite rivière, avec de superbes cascades. Mais attention, la route demande pas mal d'attention, et je vous conseille de ne pas admirer les chutes d'eau plus d'une seconde ! Pour la plupart des gens normaux, ça vaut certainement le coup de s'arrêter pour prendre quelques photos. Quand j'ai quitté la Route 64, je me suis engagée sur l'autoroute (la 40, je crois), et me suis dirigée vers l'Est. Car bien que je déteste rouler là dessus en général, c'est parfois nécessaire pour gagner du temps.

En plus, les autoroutes de Caroline du Nord ne sont pas trop pénibles et plutôt belles, avec leurs superbes arrangements floraux entre les voies. Les potes de Greg vivent à Greensboro et m'ont accueillie très gentiment chez eux. (A vrai dire, ils m'ont pourrie gâtée et ce fut assez difficile de repartir.)

En quittant Greensboro dimanche, j'ai consulté mon 1999 BMWMOA Rally Schedule et j'ai vu que je pourrais peut-être arriver à voir le Cass Memorial Day Rally à Greenbank, West Virgina. Je me suis perdue plusieurs fois en arrivant, mais j'ai découvert que la West Virginia était l'endroit idéal pour se perdre. Il semble qu'il n'y ait pas une seule route sans virages ! Puis j'ai commencé à voir des BMW sur la route, et je me suis dit que je ne devais plus être loin. De nombreux visiteurs partaient déjà le dimanche, ce qui m'a paru étrange étant donné que c'était un week-end de trois jours. Après avoir été accueillie avec un bol de chili très hot, j'ai appris que j'aurais pu recevoir le prix de la plus grande distance parcourue si j'étais arrivée samedi soir...

Le terrain de camping était génial. Il fait partie du Boyer's Station Restaurant, Motel, and Campground. Et vu qu'il est situé en plein milieu d'un territoire particulièrement propice aux virées à moto, ça ferait un très bon camp de base pour une excursion en West Virginia, que vous préfériez camper ou aller au motel. En plus le restau est très bon (surtout la tarte aux pommes).

La Route 66 est très sympa, mais vous pouvez éviter le "Scenic Drive", qui est une boucle de la Route 150. Tout est grand, les courbes sont larges et rapides (limitées à 45 mph, soit 72 km/h), et il y a de nombreux arbres. En deux jours de balade dans les deux Virginies, j'ai vu plus de fringues pendues dehors en train de sécher qu'au cours des neuf dernières années en Californie !

La Route 33 depuis la West Virgina jusqu'en Virginia fut le meilleur moment de la journée. J'ai carrément adoré grimper grimper grimper puis soudain redescendre, en inscrivant ma moto sur un angle puis sur l'autre au fil des courbes ondulantes. Il n'y avait quasiment pas de circulation, mais soudain une odeur de liquide de frein surchauffé m'a prévenu de ce que j'allais trouver après la prochaine courbe. Juste après avoir redressé la moto à la sortie d'un virage, la route s'est rétrécie et j'ai dû doubler d'un coup sept voitures ET un tracteur Ace Hardware qui ralentissait tout le monde. Ils ont à peine eu le temps de s'apercevoir de ma présence que j'étais déjà très loin. J'ai ensuite fêté ça en déjeunant au Upstairs Restaurant à Seneca Rocks, où je me suis installée en terrasse, face aux rochers. La campagne de Virginie est si belle que j'avais parfois l'impression de rouler dans une toile de Grandma Moses.

Aïe, je suis en train d'attirer l'attention du bibliothécaire, ici à Binghamton, NY, donc il vaut mieux que je vous raconte la Pennsylvanie plus tard. A+ !

De Strasburg (Virginia) à Gorham (Maine)
Alors, où en étais-je ? Ah oui, j'étais à  Binghamton lorsque le bibliothécaire m'a éjectée de mon ordinateur. Me voici maintenant à Strasburg, Virgina. Je terminais une belle journée de balade. La fin d'après-midi fut plutôt chaude, et je flirtais dangereusement avec l'état de panique générale dans lequel je me trouve lorsque je crève de chaud, que j'ai faim et que je suis fatiguée. J'ai donc renoncé à aller plus avant, et me suis réfugiée au Strasburg Hotel. Très bel endroit. Si vous passez en Virginie du Nord, et si vous cherchez un endroit un peu chic et historique, allez y faire un tour : <http://www.svta.org/thehotel>

Le lendemain matin, il faisait déjà très chaud et humide. Heureusement, l'air s'est peu à peu rafraîchi lorsque je suis arrivée dans le Maryland. C'est là que j'ai vu pour la première fois un panneau signalant "horse & buggy", et une femme avec une casquette blanche et une longue robe noire travaillant dans les champs.  En réalité, je ne pensais pas rencontrer les Amish avant d'arriver en Pennsylvanie. A part ma visite au Frank Lloyd Wright’s "Falling Waters" (un incroyable mélange entre l'environnement extérieur et l'habitat intérieur), ma deuxième étape marquante fut ce restaurant que les gamins de la station-service de New Lexington, Pensylvania, m'avaient fermement déconseillé. Il s'agit du Shepherd Farm Restaurant (le restaurant de la bergerie), et en effet, ils servent essentiellement de l'agneau ! J'avais une vue exceptionnelle depuis ma table, sur les superbes arbres et les vertes vallée, sur fond de bêlements de moutons. Un des propriétaires du restau m'a parlé de la dernière saison d'agnelage, au cours de laquelle 200 agneaux sont nés (pour 120 brebis). Pas mal de jumeaux, des triplés, et même quelques quadruplés ! Etant donné que je suis principalement une citadine, je n'imaginais pas que de telles choses étaient possibles. Je mène une vie si moutonnière ! A la fin de la journée, mes images de Pennsylvanie étaient constituées de silos, de drapeaux, et de fanions rouge blanc bleu. Very Americana !

Le lendemain, la Route 30 était plutôt encombrée à Gettysburg. Alors que j'attendais qu'un feu passe au vert, j'ai remarqué deux hommes assis à l'ombre d'un porche, à la terrasse d'un café. Quand le feu est passé au vert, j'ai fait le tour du pâté de maisons et me suis garée juste devant le Gettysburg Coffee Company. C'est un endroit génial, où j'ai commandé un sandwich emballé et un très bon café. A propos de café, le seul Starbucks (chaîne de cafés américaine, NDLR) que j'ai vu pendant tout ce voyage était à la sortie de Greensboro, NC. Comment se fait-il ? Je croyais qu'ils avaient conquis le monde entier... Le Gettysburg Coffee offre un magnifique patio, et deux salles à l'intérieur agréablement rafraîchies par de grands ventilateurs au plafond. Mais l'aspect le plus positif de cet endroit, c'est ce panneau proclamant : "Café sans téléphone portable. Merci de votre compréhension". Nous devrions implanter ce genre de choses à San Francisco !

Les Routes 372 et 896 m'ont finalement menée en territoire Amish. Ici, la ligne vestimentaire se résume à des pantalons et robes noirs, et des chemises et des blouses sont bleues, vertes ou violettes. Il y a des chariots tirés par des chevaux et des équipements agricoles partout - et du crottin de cheval sur les routes. D'un côté de la route, j'ai vu un homme labourer son champ avec un attelage de chevaux, tandis que de l'autre son voisin tirait sa charrue avec un tracteur de jardin. En arrivant à Lancaster, la paisible contrée Amish laissa la place à un obscène centre commercial, le plus grand que j'aie jamais vu, accompagné de toutes les chaînes de restaurants possible et imaginables...

Dans la matinée, j'avais parcouru des routes non numérotées dans une campagne boisée et brumeuse, et je me suis égarée plusieurs fois. Mais c'était une journée agréable pour se perdre. Puis j'ai pris l'Interstate 476 jusqu'à la Route 29, qui m'a emmenée à Binghamton, NY, où je décidai de passer la nuit. J'arrivais maintenant en terrain connu, puisqu'il y a 20 ans, je venais souvent passer des week-ends dans le nord de l'Etat de New York, depuis ma maison dans le Maine. C'est une région si belle que j'y reviendrais volontiers plusieurs fois. J'ai eu la chance d'avoir des températures agréables, du ciel bleu, du soleil et d'épais nuages blancs au dessus des montagnes et des lacs. J'ai suivi la Route 12 en traversant de très jolies petites villes jusqu'à la Forêt d'Adirondack (Adirondack National Forest). Une fois là bas, il est impossible de choisir une mauvaise route. Elles sont toutes plaisamment viroleuses, bien goudronnées et panoramiques. Je suis arrivée chez John Evans, dans les  Adirondack Saddle Tours (Eagle Bay), juste au moment où un petit groupe de cavaliers montaient en selle. John m'a accueillie avec une accolade, et m'a demandée si j'étais partante pour une balade à cheval derrière lui. Ainsi, en moins de 10 minutes, je suis passée d'un type de monture à une autre. (Les chevaux sont BEAUCOUP plus hauts que les motos.) Cette promenade d'une heure dans la forêt odorante était absolument délicieuse, surtout après les dernières heures passées au guidon de ma moto à enquiller les virages. John propose des balades à cheval qui durent entre une heure et 4 jours. Il a même un sauna portable, qu'il emmène lors des virées un peu longues !

Le matin suivant, après avoir avalé mon petit déjeuner au Walt’s Diner à Old Forge, j'ai dirigée Rose vers l'Est, impatiente de parcourir la dernière partie du voyage qui me mènerait à mon ancienne maison. La Route 28 n'est pas un must de pilotage, mais elle est assez jolie. A Glen Falls, New York, les rues étaient pleines de motos : Americade était en ville ! Les Green Mountains du Vermont étaient aussi jolies que dans mon souvenir. C'est VRAIMENT beau. Et je m'y suis sentie chez moi. Ma chère amie Deborah a pris sa belle Harley pour venir me rencontrer à Lebanon, dans le New Hampshire, et nous avons roulé ensemble (pour la première fois depuis 10 ans) jusqu'à sa maison à Gorham, dans le Maine. C'était agréable d'être de retour, de rouler sur des routes familières et de revoir mes vieux potes.

De Gorham (Maine) à Marquette (Michigan), via le Canada
17 juin - Ce matin, je suis dans le paradis de l'accès internet: l'Internet Bagel, situé sur la 3ème rue, dans la jolie ville de Marquette, Michigan. Je bois un Kona coffee en grignotant un bagel, et j'écoute de vieux tubes (malheureusement, je connais toutes les paroles). Le café, excellent, ne coûte que 1$, le bagel 1,25$, et l'accès internet est GRATUIT!!

La vague de chaleur qui sévissait dans le Maine (jusqu'à 105° F) m'a un peu décidée à ne pas entreprendre de grandes balades dans la région. On en a fait quand même un petit tour, et j'ai été piquée par une abeille qui s'était faufilée dans ma chemise (le col de mon blouson était ouvert à cause de la chaleur). Vous aurez probablement remarqué que je goûtais à tous les genres de cuisine au fil de mon parcours nord-américain. Mes amis Deb et Scott ont donné dans le plus pur style Maine: homard à la vapeur et orignal grillé, suivi d'un dessert à la rhubarbe. Assurément, une très bonne place dans le palmarès de mes aventures culinaires. 

Mère Nature était revenue à un climat plus normal pour le Maine lorsque je suis partie, mercredi matin. Enfin, cap vers l'ouest ! La Route 25 est une très belle route vers l'ouest en direction du New Hampshire. Pour faire un break, je recommande le petit parc de Limington Rapids, un peu à l'ouest de Gorham, Maine. C'est une rivière splendide, entourée d'arbres et de tables de pique-nique. J'ai grignoté mon beignet/gâteau au sucre (impossible à trouver en dehors du Maine apparemment), puis me suis dirigée vers la Kancamagus Highway. Il s'agit de la Route 12, qui est une des routes favorites des motards de New England. Au début de l'autoroute, j'ai remarqué un panneau représentant un énorme orignal avec des bois immenses, et la légende indiquait: "Freinez toujours face à un orignal. Cela peut vous sauver la vie". Y a-t-il vraiment des gens dans le coin qui ne penseraient pas à freiner pour éviter un animal qui peut regarder leur véhicule de haut ? Et si oui, doit-on vraiment essayer de leur sauver la vie ? Puis la canicule a laissé la place à la pluie. Les nuages stagnaient au dessus des montagnes, et chaque fois que je montais en altitude, je prenais la pluie et traversais un épais brouillard. Je n'ai donc pas pu rejoindre la Kancamagus comme je l'aurais souhaité. Malgré tout, mes années passées à sillonner les Sierras m'ont permis de trouver cette épreuve beaucoup moins éprouvante que dans le temps.

La Route 17 à travers le Vermont fut très plaisante, et le soleil a même commencé à apparaître pendant ma pause déjeuner à Bristol, où j'ai dégotté une petite boulangerie/café géniale, juste dans la rue principale. Il y avait des motos partout, apparemment en déplacement d'une journée depuis Americade. Juste en revenant dans l'Etat de New York, la pluie s'est remise à tomber. J'ai donc laissé tomber pour aujourd'hui, et me suis réfugiée à Tupper Lake, dans le très spartiate - mais propre et pas cher - Top Notch Motel.

Le jour suivant fut bichromatique: gris et vert. Route grise, champs verts. Ciel gris, arbres verts. Beaucoup d'endroits agréables pour faire des pauses. Une fois arrivée sur la rive sud du Lac Ontario, le ciel a viré au bleu. J'ai suivi les routes le long du lac, et devais constamment me forcer à penser que ce n'était PAS l'océan. Maintenant, je sais réellement pourquoi on appelle ça des "grands" lacs ! C'est comme regardé l'Atlantique à perte de vue, sans l'air marin ni le surf. Les numéros de route changent, mais la direction est toujours bien indiquée avec des panneaux "Seaview Trail". Tout le chemin est bordé de jolies maisons, d'étangs aux abords fleuris, et de marécages peuplés d'oiseaux noirs aux ailes rouges. En arrivant à Niagra Gorge, j'ai réalisé que j'allais débarquer chez ma cousine un jour plus tôt que prévu. Apparemment, j'avais dû me tromper dans mes estimations. Peu importe, Hanne m'a accueillie très chaleureusement, bien que je l'aie interrompue alors qu'elle était en train de changer le papier peint de sa cuisine. J'ai apprécié ces quelques jours chez elle, à rencontrer de nouveaux amis, et à jouer au touriste pendant que Rose faisait sa révision des 48 000 miles. Les miles s'additionnent à une vitesse vertigineuse: déjà plus de 11 000 !

Sortir de la banlieue de Toronto a été un peu galère. J'ai zigzagué entre la pluie, la bruine, et les travaux sur la route. Après avoir retrouvé les grands espaces, le soleil et le ciel bleu étaient de retour - mais il faisait très froid. C'est là que j'ai découvert que ma veste électrique ne fonctionnait pas. Allez savoir pourquoi, le fait d'avoir froid m'a un peu endormie, et je me suis surprise en train de piquer du nez. C'était le moment de trouver une table de pique-nique ! Heureusement, les endroits sympas pour s'arrêter sont légion dans la province de l'Ontario. Voyager le long de la Highway 17 donne l'impression que le Canada est dans un état de propreté incroyable... les lacs, les bord de routes, tout.

J'ai rencontré énormément de gens sympas au cours de ce voyage. Les Canadiens étaient particulièrement intéressés et bavards, et engageaient la conversation dans les restaurants ou dehors, à côté de la moto. Ma préférence va à ce couple un peu âgé, sur le parking d'un Tim Horton's (les beignets semblent être une pièce maîtresse de l'alimentation canadienne). Lui me bombardait de questions, tout en s'excusant d'être indiscret, et elle le regardait avec indulgence. J'ai beaucoup ri lorsqu'il m'a demandé: "Qu'est ce qui vous a pris de faire ça ?", faisant référence au fait que j'entreprenne un voyage à moto en solitaire. Les jeunes employés des offices de tourisme de l'Ontario ont aussi été particulièrement sympathiques, et m'ont rendu bien des services.

A cause des températures toujours très fraîches et des panneaux indiquant de gros travaux sur la Highway 17 Nord le long des Grands lacs, j'ai décidé de modifier mon itinéraire et de couper par l'Upper Peninsula Michigan, à Sault Ste Marie. La Route 28 de Munising à Marquette est incroyablement belle. Certains endroits peuvent même rivaliser avec Big Sur. Comme j'en avais marre d'avoir froid, c'est là que j'ai décidé de consulter à nouveau mon BMW Anonymous Book, espérant trouver une solution à mon problème de panne d'électricité. Le manuel m'a conduit jusqu'à chez Dick Zambon, un vendeur de motos à la retraite. Il m'avait fait du café, que j'ai bu avec un grand plaisir pendant qu'il essayait de trouver d'où venait la panne. En fait cela ne venait pas d'un problème électrique sur la moto, c'était le nouvel adaptateur qui ne fonctionnait pas. Il a fait les réparations nécessaires, m'a donné un dépliant sur les manifestations dans la région, m'a indiqué un charmant petit motel et m'a regardé reprendre la route. Un type vraiment sympa, avec trois générations de motards dans sa famille. Je vous l'avais bien dit que c'était génétique !

Le Birchmont Motel à Marquette est bon marché (42$ avec une mini cuisine), et donne sur le Lac supérieur. Bien qu'il soit situé sur une route très passante, il y a un petit sentier très agréable qui longe le lac. Ma balade à pied, dans la soirée, fut un véritable enchantement: du bleu, du violet, de la lavande, des orchidées, et un ensemble de couleurs qui teintaient la surface du lac et le ciel, juste après le coucher du soleil à 21h45. Et maintenant... une autre tasse de ce délicieux café Kona. Amitiés à tous !

De Marquette (Michigan) à Bozeman (Montana)
Dimanche 27 juin - Quittant à regret cet agréable café, j'ai continué ma route vers l'ouest le long de la Route 28. La route en elle-même n'a rien d'extraordinaire, mais les aires de stationnement de l'Etat du Michigan (signalés par de grands panneaux bleus), oui !  Ils sont toujours verts et très bien aménagés, avec des tables de pique-nique, des toilettes, des barbecues... le long d'un lac, d'une rivière ou d'une crique. Très bien ! La petite gâterie culinaire du jour fut un pasty. J'avais vu des publicités à leur sujet toute la journée, et j'ai donc décidé de satisfaire ma curiosité en même temps que mon appétit. Comme je le supposais, c'est à base de pâte. Celui que j'ai mangé était un genre de pâte brisée contenant du boeuf, des pommes de terre, des carottes, des oignons et du rutabaga. Quand avez-vous donc mangé du rutabaga pour la dernière fois ? En fin d'après-midi, je posais mes affaires dans un nouveau petit motel sympa, le Crest Motel, toujours sur le Lac supérieur (le Lac supérieur est vraiment immense).

Les jours suivants ne furent guère riches en événements, à part quand j'ai vu un ENORME ours noir traverser la route devant moi, dans le Wisconsin - avant même que j'aie pris mon café du matin. Autant dire que ça m'a réveillé instantanément !

Ma visite de l'usine Aerostich à Duluth fut décevante. J'avais espéré y trouver une veste Darien à ma taille... Mon RoadCrafter n'a jamais été super. Mais les Darien ne se font qu'en S, M, L ou XL. Et il n'y a que des tailles hommes. Rien n'était à ma taille. La jeune femme qui travaillait là m'a expliqué que beaucoup beaucoup de gens avaient déjà dit à Andy qu'il était grand temps de proposer une ligne de vêtements pour femme, mais ça ne l'intéresse tout simplement pas. J'ai trouvé ça plutôt chiant. J'imagine donc que BMW continuera à recevoir mon argent... Eux au moins, ils ont été bons en réalisant qu'il y avait aussi des motardes.

J'ai ensuite repris la route jusqu'aux Badlands de South Dakota. En chemin j'ai dû m'arrêter au Corn Palace à Mitchell, SD - après avoir lu tous ces panneaux proclamant sa magnificence pendant les derniers miles, désespérément plats et chiants. Je n'ai pas visité la Crystal Cavern. En arrivant dans le Badlands National Park il faisait très chaud (95°F), ma tente "KOA Kamping Kabin" était brûlante, il y avait plein de moustiques, et j'ai réalisé que j'avais oublié ma serviette quelque part sur la route. Je sais bien que je ne suis pas la première campeuse à me sécher avec mon T-shirt ! Mais les Badlands valent certainement le coup. Le paysage est vraiment impressionnant.

Les moustiques m'ont chassée de ma tente TRES TOT le lendemain matin... Je n'en pouvais plus. L'air frais m'a fait du bien en roulant vers Rapid City, où j(ai acheté un nouveau pneu arrière. Ne pensez même pas à passer la nuit à Rapid City: le Motel 6 le moins cher coûte 75$ par personne. Les Black Hills furent un passage remarquable. Enfin, à nouveau des virages ! Après la photo obligatoire à Mt Rushmore, j'ai commencé à penser que je pourrais déjeuner à Hill City (sur la Route 385). Le Betty's Bait Shop and Bakery était tentant, mais j'ai préféré m'installer sur la terrasse ombragée de l'Alpine Inn, pour de la nourriture bavaroise. Ils avaient un large choix de plats de toutes sortes, mais j'ai opté pour un menu-dégustation allemand traditionnel, qui m'a rappelé les dîners que ma mère préparait le dimanche soir.

La Route 14A de Cheyenne Crossing à Spearfish suit la très fréquentée Spearfish Creek. C'est plutôt sympa, mais la route a vraiment besoin d'un nouveau revêtement, car il y a beaucoup de rainures glissantes qui requièrent une grande concentration de pilotage. La Route 34/24 de Belle Fourche à Hewlett, Wyoming, est belle et agréable : bon revêtement, roches rouges, verdure éclatante et aperçus saisissants de la Devil's Tower, qui domine le paysage. C'était le milieu de l'après-midi, et donc le moment de faire une pause. Les panneaux "Espresso and Ice Cream" ont attiré mon regard, et je me suis arrêtée pour regarder mes cartes. A côté du café, il y avait une boutique de souvenirs et un joli petit motel. Tiens, on dirait bien ma maison pour les prochains jours ! C'est un très bel endroit avec une belle terrasse ensoleillée à l'arrière, et un banc tranquille à côté de la Belle Fourche River. Pour tout renseignement, vous pouvez contacter info@HulettWyoming.com. De l'autre côté de la rue, le Ponderosa Cafe & Bar sert de délicieuses truites de Black Hill et des tartes aux pêches.

Après m'être agréablement prélassée autour de Hulett quelques jours, j'ai repris mon trajet vers l'ouest sur la Route 14, en passant par les Big Horn Mountains. Panorama fantastique, et des points de vues imprenables si vous parvenez à vous arrêter au bord de la route. Personnellement je n'ai pas pu, car c'était vraiment trop le pied de conduire ! Le plaisir fut brièvement gâché par d'énormes travaux de réfection. La route était carrément à l'état BRUT, et il y avait d'énormes engins mécaniques à l'allure diabolique, toutes griffes et tous crocs dehors. Une fois passée cette horreur, j'ai retrouvé le ciel bleu et ses gros nuages blancs, éclatants, et de superbes fleurs sauvages jaunes, violettes et blanches. Cody, Wyoming est une ville touristique. Je n'ai pas aimé, sauf les très étranges mais délicieux oeufs rancheros.

Le lendemain matin, la Chief Joseph Scenic Highway (296) était à moi toute seule. Enfin, presque. Il y avait ce gros camion vert qui me collait au train dès que je m'arrêtais pour prendre une photo. Tout était si beau et le ciel si bleu que je n'ai pas arrêté de faire des photos. A propos, si vous pratiquez ce genre de photo en roulant et en s'arrêtant, pensez à bien vous enrouler la bandoulière de l'appareil autour du cou. Comme ça, vous n'aurez pas à le rattraper quand il glissera du sac de réservoir à 50 mph (80 km/h)...  En fait, tout ceci n'était qu'un échauffement avant la Route 212 après Bear Tooth Pass, où j'ai pu profiter des panoramas les plus hallucinants de tout ce voyage. Au début j'ai vu un panneau qui indiquait - je le jure ! - quelque chose comme "Zone à Grizzly. Prenez vos précautions", avec l'image d'une empreinte de patte d'ours. Ceci m'a fait réaliser que je ne me situais plus tout en haut de la chaîne alimentaire... Je me suis même demandé si les protections de ma veste seraient croustillantes ou caoutchouteuses...  La route monte jusqu'à 11 000 pieds (environ 3 600 m), et zigzague jusqu'à la neige. Parfois j'avais l'impression de participer à une course de slalom. En montant, je pouvais voir en contrebas un grand lac, comme une masse de bleu avec les éclats blancs des morceaux de glace en train de fondre.   Arrivée en haut, j'ai vu Bear Tooth mais je n'ai pas fait de photo. En redescendant, j'ai eu un aperçu des virages en épingle qui constituaient mon futur immédiat, le long de rivières rendues encore plus tumultueuses par la fonte des neiges.

Après une taco salade au Dew Drop Inn à Absarokee, j'ai continué sur la Route 76 qui traverse un genre de prairie alpine, très douce comparée à toute cette pierre que je venais de voir. Ensuite, gaz jusqu'à Bozeman, Montana. J'ai bien aimé Bozeman. La rue principale est très bien préservée, avec de superbes magasins, des pubs et des restaurants. Dans un de ces pubs, j'ai partagé quelques verres de vin avec Duner Tor, l'ami d'un ami, et me suis couchée vers minuit. A plus !

De Bozeman (MT) à Redmond (WA)
Bien bien bien... Pour tous ceux d'entre vous qui ont l'esprit mal tourné (ils se reconnaîtront), quand j'ai terminé de dîner avec Duner, je suis retournée à l'Imperial Inn et il est rentré chez lui, retrouver sa femme et ses quatre charmants enfants. Alors ça suffit maintenant !

Et même si certains d'entre vous en ont marre de mes digressions sur les critiques de restaurants, je dois absolument vous recommander le O'Brians à Bozeman si vous cherchez un bon petit déjeuner.  Il se trouve à l'extrémité sud de Main Street et on y trouve de très bonnes choses, servies en quantités par un personnel très sympa.

En me dirigeant vers le nord sur la 89, je n'ai pas pu résister à l'appel de la caféine à Townsend, en voyant un panneau disant "The Copy Cup - Copy, fax, and computer services. Foam on the Range - Espresso drinks". Cela ressemblait bien à un excellent endroit pour consulter mes e-mails, tout en prenant ma dose de caféine. Quand j'ai demandé les tarifs de l'accès internet, ils m'ont dit qu'ils n'en n'avaient pas mais que la fille là-bas pourrait m'aider. Là-bas il y avait une grande maison en bois avec une véranda, un bureau et un ordinateur. Il y avait aussi une maman chat et ses quatre petits chatons, du jazz à fond, et une jeune femme très sympa, Mary, qui m'a dit que je pouvais me connecter avec son ordinateur professionnel pour 5$ de l'heure. Très bien pour moi.

Je suivais la Route 200 vers le Canada, et les routes n'avaient rien d'exceptionnel juste très boisées, un peu venteuses et agréables. A Lincoln, Montana, je me suis arrêtée au Lost Woodsman Cafe, Saloon, Gallery, and Studio. Rick Rowley, un sculpteur à la tronçonneuse, y crée et y expose une grande partie de son travail.  Ils servent notamment des burgers merveilleux et des bagel croissants. Pendant que j'y étais, je me suis renseignée sur le Lindcoln Lodge, tout proche. C'est une énorme structure en rondins, construite vers 1906. Les chambres ont toutes des murs en rondins et des poutres au plafond. C'est vraiment très beau. Je devais dormir là ! Les types qui s'occupent de l'hôtel étaient très sympas, et le restaurant sert de très bons plats (je sais, je sais, donc je ne vous dirai pas ce que j'ai mangé !). L'attraction de ce samedi soir, c'était un couple de "gitans" allant sur leurs 70 ans, interprétant des chansons et faisant de l'humour. Mais il vaut mieux être sur place pour apprécier.

Ensuite, trajet vers Cranbrook, BC, en suivant la Route 56 qui longe et traverse la Bull River plusieurs fois. La Route 37, qui est parallèle à la Kootenai River, est encore plus jolie. J'ai vu arriver des averses en direction de la frontière canadienne, donc je me suis arrêtée au First Last Chance Restaurant, à l'orée de Rooseville, le temps que le déluge passe son chemin. Pluie et bruine passagères sur les prochains miles, jusqu'à ce que j'aperçoive un motel Super8 avec baignoire et accès internet ! Une combinaison parfaite: ce fut chez moi pour la nuit. J'avais l'ordinateur pour moi toute seule, donc j'ai pu répondre à tous mes e-mails et envoyer mon dernier compte rendu de voyage.

La matinée suivante était claire et froide: de bonnes conditions pour emprunter la Crow's Nest Highway (Route 3) canadienne. Je suis très reconnaissante envers M. Zambon pour avoir réparé ma veste électrique ! Puis le temps s'est dégradé, avec de la pluie et de la bruine. Peut-être parce que j'arrivais près de Seattle... Alors que j'étais arrêtée à Castlegar pour regarder ma carte, on m'a donné un conseil (non sollicité): un restau qui sert de l'authentique cuisine russe. Apparemment, même les gens qui ne me connaissent pas peuvent voir que je suis une gastronome ! Il y a une importante communauté russe dans la région de Grand Forks. Ce qui explique en partie le panneau que j'avais vu sur un restaurant pour routier: "Burgers, borsch et gâteau aux carottes". Bref, le Grand Forks Hotel Restaurant (première à gauche après le pont) propos effectivement une excellente cuisine russe - que je vous détaillerai pas. En continuant ma route, j'ai traversé des paysages exceptionnels. Mais les montagnes bleutées étaient en majeure partie occultées par des nuages ressemblant à de la fumée, qui serait sortie par ces sortes de "cheminées". En fin d'après-midi, le soleil est enfin apparu alors que j'étais déjà installée dans un motel à Osoyoos.

Hier, il a à nouveau fait froid. Veste électrique de rigueur. J'étais si impatiente de reprendre la route que j'ai probablement raté un excellent petit déjeuner. La ville de Winthrop, sur la Route 20, semblait valoir le coup d'oeil, mais j'étais trop impatiente pour pouvoir m'arrêter. Donc il faudra vérifier ça par vous-même... La traversée du North Cascades Park et du Rainy Pass fut fantastique, mais très très froide en altitude. Il y avait de la neige partout, SAUF sur la route, dieu merci. Et il n'y avait absolument AUCUNE circulation ! La partie ouest fut la plus agréable, et en redescendant un peu, j'ai pu voir de superbes digitales pourprées, blanches et rouges, le long de la route. La Route 9 est parallèle à l'Interstate 5, et c'est une excellente alternative en descendant vers le sud (une de ces routes de campagne étroites et venteuses). Après une trop courte pause café chez mon ami Henri, je me suis engouffrée dans les embouteillages de Seattle (vraiment pas un truc sympa) pour aller à Redmond où vit mon ami Chris. Comme promis, il m'avait préparé un repas extraordinaire, QUE JE VAIS PAS RACONTER ICI !

Retour à la maison après 15 777 miles (25 385 km)
8 juillet - Les embouteillages autour de Seattle m'ont vraiment marquée... Je ne savais pas qu'ils étaient réputés pour être aussi déments - voire pire - que ceux de la Baie de San Francisco. En quittant la maison de Chris à Redmond et en me dirigeant vers le sud vers 15h, j'ai eu un aperçu de ce que les embouteillages des vraies heures de pointe pouvaient être... Pas très plaisant ! Le trajet jusqu'à Ilwaco, Washington ne fut pas spécialement remarquable. La dernière heure, sur la 101, aurait pu être assez sympa avec plus de visibilité et moins de pluie. Chaque fois que j'ai voulu m'arrêter pour mettre ma combi et mes surgants, le temps s'éclaircissait... Puis après quelques miles la pluie et le bruine recommençaient. Je suis donc arrivée chez mes amis Michael et Pam dans un sale état.

Tous les gens chez qui j'ai habité pendant ce voyage se sont vraiment mis en quatre pour que mon séjour soit agréable et intéressant. Ma soeur Avis m'a emmenée faire un petit tour à Memphis. Mon frère AK et sa fiancée Cearlon m'ont invitée au complexe Disney et à dîner au Rain Forest Café. Ma cousine m'a fait découvrir les Chutes du Niagara. Et il ne s'agit là que de ma famille, ils n'ont même pas BESOIN de me faire plaisir ! Mais Pam et Michael ont définitivement remporté la palme en organisant un tremblement de terre de 5,5 degrés, juste pour que je ne sois pas trop dépaysée par rapport à San Francisco.

Ilwaco, Washington est un coin intéressant. En dehors de la beauté de l'endroit, il s'agit du point le plus à l'ouest des 48 Etats continentaux, et la fin du Lewis and Clark Trail. C'est aussi très certainement le seul endroit au monde où vous pourrez manger du cranberry fudge. Quant à savoir pourquoi vous voudriez faire ça, c'est une bonne question ! C'est probablement une question de goût...

Mon copain Steve Hursh, qui est en vacances, m'a rejoint à ce point de mon voyage (lui, il a BEAUCOUP aimé le fudge). On avait prévu de rouler dans l'Etat de Washington et dans l'Oregon, puis je rentrais chez moi pendant qu'il allait participer au tournoi Gold Bug à Placerville, en Californie. Notre première journée fut très très très humide, donc on s'est arrêtés à Morton, qui semblait être un bon camp de base pour des balades dans la région du Mt. Rainier. Le jour d'après, on est allés en direction du Cayuse Pass. Au fur et à mesure qu'on prenait de l'altitude, la pluie redoublait de violence et les températures chutaient... Quand on s'est dit qu'on allait bientôt trouver des pluies verglassantes, on a abandonné et on a fait demi tour. La vue est certainement splendide depuis cette route, mais ce n'était pas le cas ce 4 juillet. Après un repas 100% américain à base de dinde et de toutes ses garnitures, on a regardé le feu d'artifice à Randle. Il avait lieu sur le terrain de sport du lycée du coin, et les mômes gambadaient pendant que leurs parents discutaient des récentes suppressions d'emplois et du chômage dans la région.

On a finalement eu droit à une très belle journée en quittant Randle pour Mt. St. Helens. Sous un ciel bleu éclatant, sans aucun nuage, nous avons suivi une route serpentant entre les arbres dévastés. Cette route est un véritable enchantement. Il y avait d'énormes quantités de neige sur les bas-côtés, au lieu des fleurs violettes  que j'avais vues la dernière fois. La Route 14 qui longe la Columbia River au nord est un très bon choix, tant pour la beauté des paysages que pour la qualité du pilotage. Nous avons traversé la rivière sur un pont en métal, le Bridge of the Gods, près de The Dalles. Après un rapide petit bout vers l'est sur l'Interstate 84, nous sommes sortis à Mosier pour prendre une petite route, parallèle à l'autoroute et beaucoup plus agréable: nous roulions au milieu de vergers d'abricotiers et de cerisiers de l'Oregon, bordés par de jolis murs de pierres. L'aspect désertique et doré du terrain le long de la bordure sud de la Highway 197 m'a fait penser à la Californie, à chez moi.

Quitter Bend, Oregon par la Cascades Lakes Highway au lieu de prendre l'horrible Highway 97 était un excellent choix de la part de Steve. Le Mt. Bachelor était superbe dans la lumière du matin, et tout autour de nous se tenaient les silhouettes des volcans dans les tons bleus et violets. Chaque fois que je vais à Crater Lake, je suis impressionnée par son bleu éclatant. La route d'Applegate via Jacksonville est vraiment le meilleur moyen de rejoindre la Highway 199 depuis Medford. Elle est champêtre, belle, très peu fréquentée, et longe souvent l'Applegate River. De Selma à Crescent City, la Highway 199 était aussi plaisante que dans mon souvenir. Mais j'avais oublié à quel point elle quitte brusquement la forêt, pour plonger dans la banlieue de la ville, nettement moins jolie à regarder.

A partir de là, j'ai vraiment commencé à me sentir chez moi. J'ai décidé de prendre la California Highway 101 et la Pacific Coast Highway 1 jusqu'à la maison. La forêt de Richardson Grove, juste au sud de Benbow, m'a toujours donné l'impression de traverser une cathédrale de nature. C'est carrément magique. La Highway 1 de Leggett à la côte est TRES viroleuse et boisée. En plus j'ai eu de la chance, car au cours de ces 22 miles de virages, je n'ai doublé que 5 voitures, et la plupart se poussaient pour me laisser la place. Cette première vue sur l'océan Pacifique m'a redonné du tonus, et j'ai négocié ces merveilleuses grandes courbes le long de l'océan avec un réel enthousiasme. En contrebas je voyais des roses d'un rouge profond, des plumeaux géants oranges, et de la chicorée bleu pâle.

Je passai ma dernière nuit sur la route chez un ami Norm de Groot à Mendocino. Il m'avait réservé un accueil exceptionnel dans sa maison au bord de la mer, et nous avons passé de longs moments à parler de - à votre avis - voyages à moto. En allant prendre notre petit déjeuner à Little River, nous avons vu les restes d'une collision entre une biche et une moto: ambulance et autres véhicules d'urgence, bécane détruite sur le bord de la route, cadavre de biche. Mon dernier jour de voyage commençait très mal. Heureusement pour moi, les choses se sont nettement améliorées par la suite. Le temps et la température étaient juste comme je les aime. Le soleil levant illuminait la brume qui se dispersait au dessus des gros rochers, sur lesquels venaient s'écraser les vagues. Plus je me rapprochais de chez moi, plus les souvenirs affluaient dans ma mémoire. Essentiellement des souvenirs de balades précédentes avec de bons amis. C'était si bon de rentrer. La brume étincelante enveloppait la plus grande partie du Golden Gate Bridge, et c'est en souriant dans mon casque que je suis entrée dans San Francisco.

Plusieurs personnes m'ont demandé quelle avait été ma route préférée au cours de ce voyage, ou mon moment préféré. Je dois admettre que le meilleur moment fut la première vue sur l'océan Pacifique alors que je venais de quitter les forêts de la Highway 1. Quant à ma route préférée c'est la Pacific Coast Highway, en raison de ses grands virages en descente et de la beauté de son paysage. Au risque de me faire traiter de Dorothy, rien ne vaut un bon chez soi. Mais, après tout, il faut dire que j'habite dans la Cité d'Emeraude...

(1) "cage drivers", littéralement "conducteurs de cages"
(2)  Le "Dragon" est le surnom d'une portion de route dans les Smokey Mountains. Cette portion est réputés pour ses 300 virages, très connus des motards

© Saskia - Traduction française Moto-Net - Juillet 1999

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