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Marseille, le 4 mars 2021

Essai Yamaha MT-09 2021 : moi, moche et méchant !

Essai Yamaha MT-09 2021 : moi, moche et méchant !

Beauté et raffinement ne sont peut-être pas les qualités premières de la nouvelle MT-09, mais peu de motos rivales lui arrivent aux jantes forgées en matière de sensations. A 9499 euros, le turbulent roadster Yamaha - plus puissant, plus léger et mieux équipé - reste une "méchante" bonne affaire ! Essai.

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Essai MT-09 page 1 : bête de phare !

Si la beauté est dans l'oeil de celui qui regarde, MNC a probablement besoin de lunettes pour apprécier le look radical de la nouvelle MT-09… Son spectaculaire nouveau phare - composé d'un lenticulaire entouré de deux traits de LED verticales - nous intimide plus qu'il nous séduit. Quelle tronche !

Le roadster Yamaha - lancé en 2013 puis retouché en 2017 - n'a jamais été un modèle d'harmonie visuelle : cette troisième génération ne fait pas exception ! Elle repousse même encore d'un gros cran le parti pris esthétique qui caractérise toutes les motos de la saga "MT", sans craindre pourtant de rebuter sa cible. 

Au contraire même : leur succès prouve la pertinence de ce style sans concession, n'en déplaise aux amateurs de lignes fluides et sensuelles. Produite à "plus de 63 000" unités, la MT-09 s'accapare en moyenne "23%" de parts de marché en Europe, soit presque une vente sur quatre dans cette catégorie. Elle ne vous plaît pas ? Ce n'est pas le cas de beaucoup, beaucoup d'autres motards ! Dont acte.

Au-delà de cette appréciation éminemment subjective, le Journal Moto du Net tique toutefois sur sa présentation par endroits négligée : son klaxon et ses cosses apparentes posés à la va-comme-je-te-pousse sous le phare forment notamment une véritable "verrue visuelle". L'intégration des torons de câbles autour de la colonne de direction n'est pas non plus très soignée...

L'absence de caches latéraux met également en évidence un vilain régulateur sous la selle à droite, tandis que le dispositif de récupération des gaz imbrûlés s'expose au regard derrière le banc de cylindre. La visserie moteur et la pédale de frein extrêmement basiques ainsi que certains éléments en plastique brut comme le garde-boue avant et les écopes de radiateur font aussi froncer les sourcils.

Yamaha nous a habitués à mieux en matière de finition, quand bien même le côté volontairement "dépouillé" de son roadster explique en partie cette peu gracieuse mise à nue. Certaines rivales toutes aussi déshabillées sont plus coquettes, comme la Triumph Street Triple R et la Kawasaki Z900, meilleure vente du segment en France... 

La découverte des nouveaux équipements de la MT-09 renseigne sur ses priorités : son package est incroyablement riche pour seulement 9499 euros (+ 300 €), à commencer par ses jantes en alu forgées inédites à ce niveau de prix. Autres nouveautés séduisantes : un maître-cylindre de frein radial, un shifter bidirectionnel, un écran TFT et une électronique de pointe gérée par centrale inertielle chipée à la R1 (détails en page 2).

Son nouveau 3-cylindres porté à 890 cc et homologué Euro5 ainsi que son cadre périmétrique en aluminium - affiné par ci et renforcé par là - s'inscrivent aussi dans cette tendance : plus puissante de 4 ch (119 ch) et plus légère de 4 kg (189 kg), la nouvelle MT-09 est prête à pointer son "méchant phare" vers la concurrence ! 

En selle sur la nouvelle MT-09

Peu de changements en termes d'ergonomie sur la MT-09 : le guidon large et droit induit à peine une légère flexion du buste, d'autant qu'il est relevé de "15 mm" pour un meilleur contrôle. Ce guidon peut par ailleurs s'avancer de "9 mm" et être relevé de "4 mm" en inversant les pontets. Même chose pour les repose-pieds, dont la hauteur varie sur "14 mm" et le recul sur "4 mm" : de quoi s'aménager de l'espace sur cette moto extrêmement courte !

 

Les jambes sont raisonnablement repliées pour un roadster, avec les talons presque à l'aplomb du bassin. La MT-09 perpétue son ergonomie entre roadster et trail aux bénéfices du confort, en évitant ainsi les postures exigeantes propres à certains modèles sportifs. Sa selle est accessible - 1m75 suffisent pour toucher à plat de chaque côté -, mais son étroitesse et sa finesse réservent un accueil spartiate.

Son réservoir de 14 litres est fortement échancré pour favoriser le maintien, tandis que sa partie haute s'évase tellement qu'elle en dissimule presque les cuisses ! La MT-09 est d'une compacité saisissante, qui évoque davantage une 750 cc qu'une 1000 cc : difficile de réaliser que presque 900 cc logent dans un si petit format ! 

Seules ombres au tableau : le proéminent carter d'embrayage peut gêner le genou droit à l'arrêt, puis le tibia en roulant. Les talons viennent par ailleurs buter dans les repose-pieds arrière lorsqu'on pilote sur les pointes, en mode arsouille. De mauvais augure pour le duo, car les pieds risquent de se "télescoper" : déjà que le passager doit composer sans poignées de maintien et avec une selle minimaliste ! Revers du format "XXS" de la moto…

Moulin à baffes

Le truculent trois-cylindres de la MT-09 est son argument vedette depuis sa sortie, et ça ne change pas pour 2021 : souplesse, performances et caractère sont toujours l'apanage de ce moteur exceptionnel, dont la course s'allonge de 3 mm pour obtenir 42 cc supplémentaires (alésage identique). 

 

Son entreprise de séduction débute avec sa sonorité crapuleuse : le nouveau silencieux sous le moteur délivre une bande-son exquise, plus mélodieuse car moins métallique que précédemment. Le "trois-pattes" dévoile un timbre plus rauque - façon ancienne voiture de rallye - qui s'accorde à la perfection avec le ronflement caverneux de la boîte à air. 

Les inédites sorties d'échappement face au bitume amplifient cette voix cassée en créant une résonance sur la route, qui varie en fonction de l'inclinaison. Plus vous êtes penché, plus le moteur rugit fort dans les oreilles ! Du ralenti au rupteur, aucune fausse note : la MT-09 ne fera pas le bonheur des fabricants d'échappements adaptables. 

Son nouvel accélérateur électronique suscite un peu moins d'enthousiasme… Certes, le "ride-by-wire" présente un toucher agréable et précis à la rotation malgré l'absence de câbles (des aimants et ressorts simulent une résistance "naturelle"), mais la gestion du filet de gaz reste aussi délicate que sur le précédent modèle. 

 

La MT-09 conserve ce répondant rugueux et chaotique sur la remise de gaz, aussi agaçant en ville qu'inconfortable à l'intérieur d'une épingle. Le phénomène ne s'estompe jamais, quelle que soit la délicatesse déployée au poignet droit ou le mode de distribution de puissance : le "D-Mode 1" - le plus réactif - est même à la limite du brutal, tandis que les choix "2" et "3" font preuve d'un dosage plus progressif mais pas transparent pour autant. 

Le dernier mode "4" active un fonctionnement moins "On-off" de l'accélérateur, mais c'est en contrepartie d'une puissance copieusement dégradée : ce mode bridé est recommandé pour des conditions difficiles, notamment sur le mouillé. Chacun de ses modes est par ailleurs corrélé aux différentes assistances : l'action de l'anti-patinage, de l'ABS et des inédits contrôles du cabrage et du frein moteur est à son maximum en "D-Mode 4" et au minimum en "D-Mode 1".

Dommage, car le moteur ne mérite autrement que des éloges : le "CP3" (pour Cross Plane 3-cylindres) est même un monument de la production motocycliste, qui vaut à lui seul le détour sur la selle d'une MT-09 ! Jamais à court de répondant et toujours ludique, ce "3-pattes" repart sans un cahot en sixième à 50 km/h, relance ultra-fort de 3000 à 5000 tr/mn, avant d'accélérer avec une frénésie gourmande pratiquement jusqu'à la coupure électronique à 11 000 tr/mn !

Reine de la jungle mécanique !

Peu de moteurs de "seulement" 119 ch - voire aucun - ne procurent autant de sensations et de performances épicées. Cette mécanique aussi réactive qu'explosive semble totalement dénuée d'inertie, surtout à l'approche de sa crête de couple de 93 Nm désormais atteinte dès 7000 tr/mn soit 1500 tr/mn plus tôt qu'en 2020. 

 

Les relances y ont encore gagné en punch à bas régimes, ce qui n'est pas un mince exploit tant la vitalité de la précédente version était déjà redoutable - et redoutée ! L'accélération est tout bonnement dantesque, presque animale dans sa manière de se ruer vers l'avant avec une sauvagerie jouissive. Le tout accompagné de son râle entraînant : la MT-09 est la reine de la jungle mécanique !

La Yamaha est en cela une moto de caractère, presque caractérielle : si aller chercher le pain en quatrième au régime du ralenti est parfaitement dans ses cordes, son répondant instantané ne rate jamais une occasion de manifester ses velléités sportives. Impossible de résister à la tentation d'une sortie de courbe plein gaz, roue levée à la demande jusqu'en troisième à la faveur d'une bosse !

La marque d'Iwata - consciente de l'appétence naturelle pour les déplacements "monoroue" de sa moto - lui a greffé une électronique particulièrement élaborée qui autorise toutes les excentricités, y compris de déclencher et tenir des wheelings sans avoir à désactiver - à l'arrêt uniquement - le contrôle de traction. 

L'astuce ? La MT-09 reçoit comme la R1 un sophistiqué contrôle du cabrage qui oeuvre indépendamment de l'anti-patinage. Autrement dit : l'électronique possède la sensibilité nécessaire pour faire la différence entre un décollage de la roue avant parfaitement assumé, et une dérobade de la roue arrière totalement non désirée ! 

 

Cette capacité est autorisée par l'emploi d'une centrale à inertie (IMU) qui mesure en continue la position de la moto sur six axes. Un détour dans les menus du nouveau tableau de bord couleurs - via la petite molette crantée à droite - suffit à désactiver le contrôle des cabrages (Lift), tout en gardant actif le Traction control system (TCS). Oui aux wheelings, non aux high-side : balèze, le truc !

Autre équipement chipé à la R1 : son shifter double effet qui fonctionne sans débrayer à la montée et à la descente des rapports, à partir de 20 km/h et de 2000 tr/m. En pratique, ce dispositif s'est montré efficace et plutôt doux… dans la plupart des cas : MNC déplore quelques "ratés" sur des rétrogradages, durant lesquels la perception du verrouillage manque par ailleurs de franchise. Défaut de jeunesse sur "notre" moto à peine rôdée (1170 km) ?

"Une moto vivante"

"La MT-09, on le sait, est une moto vivante", reconnaît le responsable marketing de Yamaha Europe, Antoine Clémot, lors de sa description des nombreuses évolutions châssis de la MT-09. Gentil euphémisme pour dire que la partie-cycle de la moto est un peu à la peine face à son moteur si turbulent ! 

 

D'où un gros travail sur le train avant de ce millésime 2021, qui est dans cet objectif abaissé au niveau du tube de direction ("- 30 mm") alors que le cadre redessiné revendique "50%" de rigidité torsionnelle supplémentaires. Son moteur incliné de 5° et son nouveau point de pivot du bras-oscillant participent aussi à cet objectif de stabilité, souvent critiquée depuis 2013. 

Guidon en mains, les effets de ces modifications sont probants : la MT-09 s'inscrit avec davantage de sérénité en courbe, même à très vive allure. Le contrôle de la direction gagne en précision et en sûreté, sans rien perdre de sa vivacité diabolique : au contraire même grâce aux jantes forgées qui abaissent les masses non suspendues !

L'inscrire sur l'angle est d'une formalité déconcertante, presque trop : cette plume de seulement 189 kg demande plus à être retenue qu'à être contrainte, tant elle plonge vite à la corde ! Le moindre ordre au guidon ou sur les repose-pieds suffit à amorcer une trajectoire ou à la corriger, comme sur une petite cylindrée (si, si !).

Son empattement ultra-court de 1430 mm concourt aussi à ses placements éclairs, qui s'apprécient également en ville pour manoeuvrer aisément dans le flot de circulation. Un meilleur rayon de braquage ne serait toutefois pas du luxe pour s'affranchir des bouchons, tandis que l'absence d'espace sous la selle pose le problème de l'emport d'un antivol...

Mais si la MT-09 est désormais mieux posée sur son train avant, c'est sur un bitume lisse que ses progrès s'apprécient : ses suspensions ont été considérablement durcis pour réduire leur tendance aux mouvements parasistes, notamment les phénomènes de pompages rencontrés sur l'ancien modèle sous les assauts du turbulent moteur. 

Résultat : la MT-09 est quasiment passée d'un extrême à un autre, avec un compromis d'amortissement devenu extrêmement sec, voire cassant ! La fourche entièrement réglable comme le mono-amortisseur ajustable en précharge et détente réagissent vivement à la moindre cassure, faute de progressivité hydraulique.

Hausser le ton sur revêtement dégradé devient rapidement physique et technique, car la moto tend à rebondir au lieu d'amortir l'obstacle : la précision directionnelle en pâtit, tout comme la motricité. Les actions finement calibrées du contrôle de traction deviennent salutaires à ce moment précis. 

Vive mais sèche

La rigidité de l'amortissement de la MT-09 fait finalement ressortir sa tendance "naturelle" à chahuter, qui découle de sa structure même : une moto aussi courte, légère et performante est fatalement remuante. La mener bon train exige des ordres à la fois doux sur le guidon et ferme sur les jambes, pour museler ses réactions parfois trop instantannées.

Plein angle, la MT-09 est une moto sans filtre : les informations transmises par son train avant sont extrêmement nombreuses et détaillées, mais le message tend à se brouiller quand la route n'est pas un billard. La moindre imperfection pertube la perception de l'adhérence du pneu avant, ce qui incite parfois à rendre la main en songeant aux vertues rassurantes de l'amortisseur de direction qui lui fait défaut... 

Cette raideur d'amortissement fait par ailleurs écho à celui de la selle, au détriment du confort général : la MT-09 s'est radicalisée sur cet aspect, devenant du coup un tantinet exclusive. Espérons que ce compromis ne soit pas encore davantage exacerbé sur sa version "SP" avec amortisseur Öhlins et fourche plus sophistiqués !

Fort heureusement, la MT-09 possède un freinage à la hauteur de ses prétentions dynamiques endiablées : le nouveau maître-cylindre radial convoque avec facilité et précision la puissance des étriers en position radiale. Bonne freineuse, la Yamaha évite habilement le piège du mordant excessif : le contrôle est excellent, la constance aussi. 

Même topo flateur pour le frein arrière, à la fois facile à doser et efficace : une bonne chose pour corriger une trajectoire optimiste… ou rediriger sa roue au sol lors d'un cabrage trop généreux ! Joueuse, la MT-09 ? Assurément ! Nerveuse ? Oui, aussi.

Verdict : pas que de la gueule

Beaucoup de choses changent sur la MT-09 2021, mais ses fondamentaux demeurent : le roadster Yamaha reste une usine à sensations, portée au premier plan par son moteur incroyable. Des défauts son 3-cylindres ? Allez, pour chipoter : citons ses quelques frémissements à 7000 tr/mn et sa consommation qui peut flamber en conduite très dynamique.

MNC a relevé 8,8 l/100 km (!) à l'ordinateur de bord après une première boucle de 130 km menée tambour battant sur les petites routes de l'arrière-pays marsellais. Mais cette donnée est à pondérer par le rythme effrené de cette portion avalée sans dépasser la quatrième : une conduite plus apaisée doit se rapprocher des "5 l/100 km" promis - avec un peu d'optimisme ? - par Yamaha. 

Ce moteur d'exception s'accompagne dorénavant d'une partie cycle aux diapasons de son tempéramement de feu, du moins tant que l'état de la route est au beau fixe : dans le cas contraire, l'absence de progressivité de son amortissement dessert cette moto pourtant si amusante.

L'occasion de regretter - une fois encore - le sens discutable des priorités parfois suivies par les constructeurs : le Journal Moto du Net échangerait volontiers l'écran TFT et l'optique Full laide LED contre des suspensions plus polyvalentes et une finition améliorée. Reste son énorme capital "fun", qui met tout le monde d'accord : la MT-09 est méchamment jouissive !

  • Suite de notre essai MT-09 avec nos photos légendées en page 2

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CONDITIONS ET PARCOURS

 
  • Modèle entièrement d'origine
  •  1170 km au départ
  • Parcours : 220 km autour de Marseilles, essentiellement sur réseau secondaire
  • Pneus : Bridgestone S22
  • Conso : non mesurée (jusqu'à 8,8 l/100 km de moyenne selon l'ordinateur de bord !)
  • Problèmes rencontrés : RAS
 
 
 

POINTS FORTS YAMAHA MT-09 2021

 
  •  Punch et son du 3-pattes jouissifs 
  •  Agilité exceptionnelle
  •  Contenu technologique impressionnant
 
 
 

POINTS FAIBLES YAMAHA MT-09 2021

 
  •  Amortissement sec
  •  Finition bâclée
  • Sang-froid et expérience exigés pour arsouiller
 
 
 
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