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Paris, le 20 octobre 2021

Essai trail X-Cape : Moto Morini "s'é-Chine" avec succès !

Essai trail X-Cape : Moto Morini "s'é-chine" avec succès !

Moto Morini - sous capitaux chinois depuis 2018 - revient aux affaires avec un inédit trail de 649 cc plein d'ambitions et de qualités, comme MNC a pu le découvrir lors d'un bref galop d'essais organisé en Corse par l'importateur français SIMA. Test du nouveau X-Cape. 

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Essai Moto Morini X-Cape page 1 : recette italienne, cuisson chinoise

Elle a fière allure cette nouvelle X-Cape ! Ses lignes aériennes, son profil ciselé et son arrière compact avec sa sortie de silencieux adroitement biseautée font honneur à ses origines : design et développement sont réalisés au siège de Moto Morini à Trivolzio en Italie, d'où proviennent également ses freins Brembo, ses suspensions Marzocchi et ses pneus Pirelli.

Mais si la recette et bon nombre d'ingrédients sont transalpins, la cuisson, elle, se déroule en Chine : la X-Cape est fabriquée à Taizhou dans l'usine du géant industriel chinois Zhongneng - propriétaire de Moto Morini depuis 2018 - qui construit par ailleurs les scooters Mash pour la SIMA, l'importateur français de Moto Morini. La boucle est bouclée !

Sa motorisation est un bicylindre parallèle de 60 ch et 56 Nm homologué Euro5... qui ressemble comme deux grains de riz au moteur de 649 cc de feu la Kawasaki ER-6n, aujourd'hui remplacée par la Z650 ! Interrogé sur ce point, le directeur général de SIMA Jean-Michel Paquient avait dans un premier temps évoqué une exploitation "sous licence Kawasaki" avant de faire machine arrière sur cette collaboration - dont personne n'avait entendu parler - au motif que "l'usine ne souhaite pas communiquer sur ce sujet". 

La partie cycle de nouveau trail de moyenne cylindrée comprend un cadre treillis acier relié à un bras oscillant en alu de belle facture, des roues à bâtons en 19 et 17 pouces et des disques - Brembo - de 298 mm à l'avant. La X-Cape respire le sérieux et donne des envies d'évasion avec ses pneus à gros pavés, son ABS déconnectable et ses généreux débattements de 175 mm et 165 mm.

Mais si les caches sur les plongeurs de son énorme fourche de 50 mm (!) collent à cette ambition "passe-partout", certains détails trahissent sa préférence pour le bitume... Bulle réglable sans outils, pot en position basse, porte-paquets avec poignées intégrées et écran couleurs connecté de 7 pouces : la X-Cape est de série parée pour la route, tous types de routes ! 

Le recours aux options pour lui greffer des pare-mains, un sabot digne de ce nom en métal et des roues à rayons l'éloigne définitivement d'une Yamaha Ténéré 700, plus tout-terrain dans l'âme. La  Moto Morini est pour autant plus baroudeuse qu'une Versys 650, en témoignent ses repose-pieds crantés façon Enduro qui sont recouverts de gommes démontables. Intéressant compromis.

Présentation et finitions sont globalement satisfaisantes, à l'exception de quelques soudures un rien grossières et d'une intégration électrique par endroits perfectible. Loin d'être honteux, surtout au regard de son prix : à 7599 euros en version jantes à bâtons (+ 400 € avec rayons), la X-Cape en donne pour son argent compte tenu de son équipement !

Moto Morini frappe fort avec ce tarif un bon millier d'euros en dessous d'une V-Strom 650 et autres Tracer 7. De quoi lui pardonner l'absence d'une béquille centrale pour entretenir sa chaîne, qu'elle compense aussi en partie avec un grand ergot pour déplier la latérale, un lèche-roue et une double prise USB à gauche dans le cockpit. Une rareté dans la production moto !

Au guidon de la Moto Morini X-Cape

Malgré sa selle - non réglable - à 845 mm, la X-Cape réserve un accueil engageant : un pilote d'1,75 m pose les pieds à plat et se saisit naturellement du guidon large et relevé. La position est typiquement "trail" avec les bras écartés, le buste droit et les jambes à peine repliées. Le maniement des commodos est intuitif et MNC applaudit des deux gants leur rétro-éclairage : bravo !

La moto s'étire davantage en longueur qu'en largeur : son réservoir de 18 litres en est l'illustration avec ses volumes latéraux contenus pour limiter l'écartement, aux profils de l'accessibilité. Idem pour sa selle longue et assez étroite, qui ménage un bel espace pour se reculer… mais qui pêche en contrepartie par une surface d'assise et une épaisseur insuffisantes.

MNC n'a parcouru qu'une soixantaine de kilomètres avec cette nouvelle Moto Morini, dont une courte excursion en tout-terrain "léger", mais cette trop courte distance suffit à révéler les limites de son confort de selle. Il lui manque du moelleux et un dessin plus enveloppant pour envisager sereinement de longues étapes. 

Dommage, car son pare-brise offre de son côté une protection à la hauteur de ses prétentions routières : cette "pelle à tarte" est efficace en position haute, en plus d'éviter les turbulences. Le casque d'un pilote d'1m75 est abrité jusqu'à son dernier tiers, ce qui permet de rouler l'écran du casque ouvert jusqu'à environ 70 km/h sans que le vent n'irrite les yeux.

Seul bémol : son maniement est loin d'être aussi simple qu'annoncé par Moto Morini, qui évoque un "réglage à une main en roulant". En réalité, sa cinématique est excessivement dure : desserrer d'un quart de tour l'écrou de verrouillage ne pose aucun problème, mais faire ensuite coulisser le pare-brise sur sa glissière exige une sacrée poigne. Voire le recours aux deux mains pour le faire remonter : s'arrêter est alors indispensable.

Cette bulle laisse par ailleurs une partie des épaules exposées en raison de son format évasé, qui manque de couverture sur sa partie haute. On perçoit ici une volonté de préserver l'allure dynamique de cette X-Cape : un pare-brise façon "véranda" serait certes plus protecteur, mais aussi moins esthétique. Une version plus haute et plus large est par ailleurs disponible en option, aux côtés d'une selle basse à 820 mm.

Les genoux sont partiellement protégés par les écopes en forme de boomerang. Les pieds sont pour leur part intégralement exposés faute de déflecteurs, comme sur la plupart des trails. Idem pour les mains en l'absence de protections de série... Notons enfin que les supports de valises ne sont pas intégrés : la ligne et la facture s'en trouveront alourdies avec les valises en alu optionnelles.

Plein écran

Le tableau de bord de 7 pouces constitue une autre particularité de cette X-Cape : rares sont ses concurrentes à disposer de série d'un aussi bel écran en couleurs, avec connexion Bluetooth qui plus est ! Cette instrumentation de grand format - 17,78 cm de diagonale - est digne de motos beaucoup plus haut de gamme.

Toutes les informations essentielles sont accessibles et lisibles, via un défilement déporté à gauche. MNC a manqué de temps pour se familiariser avec toutes ses fonctionnalités et raccorder un téléphone, mais apprécie de découvrir un autre équipement rarement fourni d'origine : un indicateur de pression des pneus. Moto Morini ne "re-Chine" décidément pas à la dépense !

L'affichage évolue en fonction du mode enclenché : "Ride" ou "Off-road", sachant que l'ABS est désactivé en configuration tout-terrain. Cette fonctionnalité permet de placer la X-Cape en dérive au frein arrière, qui se montre l'allié idéal pour ce genre de "travers" hors bitume grâce à l'excellent répondant de son étrier 2-pistons.

L'avant n'est pas en reste avec une puissance suffisante et facile à doser, le tout sous le discret contrôle d'un ABS Bosch 9.1 suffisamment perfectionné pour éviter les actions trop intrusives sur les étriers Brembo double piston. L'occasion de noter que le levier de frein est réglable en écartement, contrairement à son équivalent sur la gauche.

La cohésion et l'efficacité de l'amortissement Marzocchi complètent à merveille ce tableau extrêmement réjouissant : la fourche et le mono-amortisseur gomment admirablement bien les petits et gros chocs, avec un juste compromis entre la fermeté nécessaire au dynamisme et la douceur souhaitable pour le confort.

Progressivité et sensibilité sont toujours au rendez-vous, y compris au freinage où la fourche conserve une tenue suffisante pour limiter les transferts de masse. Moto Morini réussit le tour de force d'offrir des suspensions de qualité et bien réglées à son trail routier, aspects souvent négligés dans cette catégorie et à ce niveau de prix.

Leurs importants débattements assurent par ailleurs une absorption convaincante en tout-terrain, sans aucun talonnement sur les grosses compressions ni de réactions trop sèches sur des sentiers roulants. Malgré les 175 mm de garde au sol, mieux vaut toutefois éviter les franchissements trop costauds au risque d'abîmer les collecteurs très exposés !

Des arguments de poids

Les escapades hors bitume révèlent par ailleurs deux autres faiblesses de la X-Cape : son rayon de braquage limité par son énorme fourche inversée - plus le diamètre des fourreaux est important, plus la direction est vite en butée - et son poids relativement élevé de "213 kg à sec", selon la fiche technique fournie par Moto Morini.

La nouveauté de Moto Morini pèse par conséquent dans les 230 kg tous pleins faits, soit l'équivalent d'une Honda… Africa Twin de 1084 cc (229 kg pour la CRF1100L standard). Contrepartie logique de son équipement complet et du recours à certains périphériques "XXL", comme sa fourche.

Cette masse se ressent lors des évolutions moteur coupé et à basse vitesse, ainsi que dans les enchaînements de virages serrés où la moto présente une certaine inertie entre "pif" et "paf". La X-Cape n'est pas lourde pour autant : elle est simplement un soupçon moins maniable que ne le laisse présager sa cylindrée. Nuance !

Fort heureusement, son équilibre irréprochable et son train avant directif donnent le change : la moto se dirige avec confiance et précision en toutes circonstances. Moto Morini a par ailleurs intelligemment installé des pneus de faible largeur - 110 et 150 mm - qui favorisent son agilité, tout comme son empattement assez court de 1470 mm.

Au final, la X-Cape se révèle sacrément amusante dans le sinueux où elle autorise un rythme raisonnablement déraisonnable : la X-Cape pardonne bien des fantaisies, y compris des prises d'angle appuyées à l'excès et des courbes avalées à la vitesse d'un TGV ! Sa stabilité ne souffre d'aucune critique, pas plus que sa motricité. Sacré potentiel.

Quel "Karactère", ce moteur !

Le moteur, vraiment très inspiré de la production d'Akashi, est au diapason de son caractère ludique : le twin vertical dégage une belle joie de vivre, malgré ses performances limitées dans l'absolu. MNC retrouve avec délice l'ancien comportement sportif de feu l'ER-6, plus expressive dans les tours mais moins remplie à bas régimes que l'actuelle Z650 des Verts.

Cette motorisation est cependant un tantinet plus rugueuse et moins élastique que des blocs plus modernes comme le "CP2" de Yamaha : la reprise du filet demande un peu d'accompagnement pour éviter les à-coups d'injection, alors que des cognements se manifestent à très bas régimes. 

La X-Cape s'exprime plus fougueusement à partir de 4000 tr/mn sur les rapports intermédiaires et supérieurs, avant de dévoiler des montées en régimes bigrement énergiques ! L'accélération dans la deuxième partie du compte-tours est soutenue et sans temps mort... mais s'accompagne de vibrations fatiguantes dans les mains et pieds. Exactement comme sur son inspiratrice "verte" : une analogie dont on se serait bien passée, pour le coup !

L'embrayage souple et la boîte de vitesses bien étagée et précise comptent aussi parmi les qualités de ce moteur à la fiabilité reconnue, qui offre un tempérament à deux facettes à la Moto Morini : des relances en douceur ou des réactions beaucoup plus toniques. L'idéal, finalement, pour une moto qui joue la carte de la polyvalence !

Verdict : diversification réussie pour Moto Morini

Moto Morini signe un retour aux affaires pertinent et prometteur avec cette nouvelle X-Cape, qui diversifie de façon bienvenue une gamme devenue extrêmement restreinte ces dernières années. Cette nouveauté 2022 incarne par ailleurs avec brio la première réalisation de l'union "sino-italienne" mise en place en 2018.

Découverte en 2019 au salon de Milan (Italie), cette X-Cape sera prochainement suivie du roadster Seiemmezzo exposé à ses côtés à l'EICMA. Une troisième déclinaison typée Scrambler sera également lancée à la suite, nous révèle l'importateur français SIMA qui se frotte les mains devant cette salutaire impulsion donnée à la marque italienne.

A noter que si cette nouvelle plateforme de moyenne cylindrée est assemblée en Chine par Zhongneng, les Corsaro ZZ et Corsaro ZT, Milano et autres Super Scrambler propulsées par le tempétueux bicylindre "Bialbero Corsa Corta" de 1200 cc continuent, elles, à être fabriquées en Italie.

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CONDITIONS ET PARCOURS

 
  • Kilométrage au départ :  432 km
  • Options : jantes à rayons (400 €)
  • Parcours :  60 km sur petites routes très sinueuses autour d'Ajaccio + bref passage en tout-terrain
  • Pneus : Pirelli Scorpion Rally STR
  • Conso moyenne : non mesurée
 
 
 

POINTS FORTS X-CAPE

 
  • Design et équipements flatteurs
  • Moteur volontaire et performant
  • Amortissement réussi
  • Équilibre général
 
 
 

POINTS FAIBLES X-CAPE

 
  • Vibrations à partir des mi-régimes
  • Confort de selle limité
  • Poids
  • Certains aspects pratiques : rayon braquage, manipulation bulle, protège-mains en option
 
 
 
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